Visite du Pape, le Père fondateur, relations avec l'Arménie

Publié le par Famagouste

Pas de tapis rouge en Turquie pour le Pape !
Veni, vidi… mais pas tout à fait vici ! Benoît XVI est donc arrivé en Turquie, mardi 28 novembre, pour une visite qui alimente la polémique depuis de longues semaines. Le 12 septembre dernier, dans une conférence donnée en Allemagne, le Pape avait fait l’amalgame entre islam et violence, déclenchant la colère du monde musulman.
Un dérapage qui s’ajoutait à un couac, pour Ankara, puisque Benoît XVI avait exprimé auparavant son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. En cette période délicate pour le dialogue euro-turc, les propos que le Pape prononcerait à Ankara étaient très attendus.
Cette visite pontificale soulevait donc pas mal d’interrogations. La première incertitude a été levée dès l’arrivée du Pape sur le sol turc, où il sera finalement accueilli par le Premier ministre, dont l’absence était pourtant quasiment un fait acquis. Durant ces dernières semaines, Recep Tayyip Erdogan avait répété que son absence s’expliquait uniquement par l’ouverture le même jour du sommet de l’OTAN à Riga, démentant par-là même qu’il s’agissait d’une réplique aux propos de Benoît XVI sur l’islam et la violence. Au final, M. Erdogan allait bien s’envoler pour Riga, du même aéroport Esenboga d’Ankara, après y avoir rencontré le Pape durant une petite vingtaine de minutes. Comme s’il s’était ravisé au dernier moment, mais en traînant les pieds !
Cette première entrevue à l’aéroport d’Ankara s’est déroulée apparemment dans un climat assez détendu. Durant la conférence de presse qui a suivi la rencontre, le Premier ministre turc a indiqué que le Pape avait envoyé « un message de paix à l’islam ». Un Benoît XVI qui, avant de quitter Rome pour Ankara, avait placé sa visite, selon le Turkish Daily News, sous le signe du « dialogue entre les cultures et les religions, en vue d’une réconciliation ».
Recep Tayyip Erdogan a saisi l’occasion pour rappeler que la visite du Pape « coïncide pratiquement » avec la publication le 18 décembre prochain aux Nations unies de la Déclaration finale de l’Alliance des Civilisations – cette structure coprésidée par Ankara et Madrid’ qui permet à la Turquie de se présenter comme passerelle entre l’Islam et l’Occident. « Nous pensons que l’Alliance des Civilisations est le projet de paix globale du XXIe siècle, a déclaré M. Erdogan, selon l’agence Anatolie. Je suis heureux de constater que le Pape et moi-même partageons le même point de vue. »
Deuxième grand souci pour Ankara : l’attitude négative de Benoît XVI sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Le Premier ministre turc a indiqué à ce sujet qu’il avait demandé au Pape de soutenir la candidature d’Ankara. Et selon lui, Benoît XVI a déclaré qu’il « souhaite que la Turquie rejoigne l’UE ».
Après cette rencontre à l’aéroport avec le Premier ministre, le souverain pontife est passé par l’étape rituelle et obligée, celle qui marque le début de toute visite officielle à Ankara de personnalités politiques ou de délégations étrangères : le mausolée d’Atatürk, à Anitkabir, devant lequel Benoît XVI déposera une gerbe et fera une prière.
Un peu plus tard, dans l’après-midi, c’est le président Ahmet Necdet Sezer qui recevra son illustre invité au palais présidentiel de Çankaya. L’agence Anatolie rapporte que durant cette entrevue, le président turc a remis au Pape deux ouvrages en anglais, dont les titres ne laissent guère de doute sur leur contenu : le premier, écrit par Sabahattin Ismaïl, s’intitule “Sincérité contre calomnie sur la préservation de l’héritage culturel” ; quant au second, il a pour titre “Effacer le passé : l’héritage religieux de la culture chypriote turque sous le contrôle de l’administration chypriote grecque”.
Puis ce fut au tour d’Ali Bardakoglu, le Directeur des Affaires religieuses de Turquie, de recevoir le souverain pontife, pour une rencontre placée sous le signe du dialogue entre les religions. Ali Bardakoglu en a profité pour répondre aux propos sur l’islam et la violence, tenus par le Pape le 12 septembre dernier. « Nous, Musulmans, condamnons vigoureusement toute forme de violence et de terrorisme, d’où qu’elle vienne et quelles que soient les victimes. Nous les considérons comme des crimes commis contre l’ensemble de l’humanité », a souligné Ali Bardakoglu, selon Zaman.
Quelques heures avant cette rencontre, un groupe d’une vingtaine de personnes représentant le Syndicat des Fonctionnaires de Turquie (Memur-Sen) avait organisé un rassemblement de protestation, contre la visite du Pape, précisément devant le bâtiment de la Direction des Affaires religieuses.
Dans le contexte que l’on connaît, on craignait quelque peu en Turquie les manifestations de protestation contre la venue du Pape. Elles ont bien eu lieu, mais ont rassemblé moins de monde que prévu, à l’image de celle du dimanche 26 novembre, qui n’a réuni que 20 000 personnes dans les rues d’Istanbul, à l’appel d’un parti islamiste qui en avait annoncé 100 000.
Des manifestations qui font dire au quotidien Posta que cette visite papale sera « un grand test pour la Turquie, qui va montrer sa capacité d’ouverture au dialogue avec d’autres religions ».
Mehmet Ali Birand, lui aussi, parlait dans le Turkish Daily News, cinq jours avant l’arrivée du Pape, d’un « test très important pour la Turquie ». « Car nombreux sont ceux, disait-il, qui voudraient voir cette visite tourner au fiasco. Chacun pour des raisons différentes. Certains veulent ternir l’image de la Turquie sur la scène internationale, pendant que d’autres veulent troubler notre équilibre sur le plan intérieur. (…) Si le moindre incident fâcheux venait à se produire, les médias internationaux s’en donneraient à cœur joie. Ils représenteraient la Turquie comme un pays intolérant. Ils décriraient comment les tensions entre civilisations ont éclaté en Turquie. »
D’autres, en revanche, ne voient pas du tout dans cette visite pontificale un test pour la Turquie. Le Professeur Niyazi Öktem, Directeur de la Plate-Forme pour le Dialogue inter-religieux en Turquie, a estimé dans une interview au quotidien Radikal que cette visite du Pape n’entraînera aucune incidence pour la Turquie. Selon Niyazi Öktem, l’objectif de cette visite est de mettre fin au conflit historique entre les églises orthodoxe et catholique, en essayant « de ranimer l’utopie œcuménique d’une chrétienté universelle » qui associerait les deux églises.
Niyazi Öktem pense bien évidemment à la rencontre phare du mercredi 29 novembre, que Benoît XVI a eue avec le Patriarche grec orthodoxe Bartholomée Ier, après une visite à Izmir à la Maison de la Vierge Marie. « Cette visite [du Pape en Turquie] ne traduit pas un désir d’établir un dialogue avec l’islam, affirme-t-il. Elle n’a pour seul but que d’améliorer le dialogue entre les églises catholique et orthodoxe. » Niyazi Öktem affirme que Benoît XVI « n’est pas favorable au dialogue avec l’islam », non seulement en raison de ses propos sur le prophète Mahomet, mais aussi parce que l’une de ses premières décisions fut de nommer à la tête du secrétariat pour le dialogue entre les religions, au Vatican, un cardinal « foncièrement opposé au dialogue inter-religieux en lieu et place de Mgr Fitzgerald », que Niyazi Öktem appréciait pour sa contribution dans ce domaine.
Vakit, le quotidien islamiste, abonde plus ou moins dans le sens du Professeur Niyazi Öktem, en affirmant lui aussi que l’objectif principal de la visite de Benoît XVI est bien d’unifier les églises orthodoxe et catholique. Pour les dresser contre les Musulmans, selon le quotidien.
Vakit tire à boulets rouges sur le Pape, qui « surpasse ses prédécesseurs dans la haine ». Après ses « insultes dégoûtantes » sur le prophète Mahomet, « si le Pape persiste à se rendre en Turquie, bien que parfaitement conscient de la colère qu’il a suscitée, cela montre que son insolence n’a aucune limite », écrit le journaliste Ali Eren.
Mehmet Altan, dans le quotidien Star, est plus nuancé. S’il affirme, à l’image de la plupart des journalistes turcs, que cette visite a pour principal but d’améliorer les relations entre les Eglises catholique et orthodoxe, s’il note lui aussi qu’elle intervient juste après les « remarques blessantes » du Pape sur l’islam, il y voit néanmoins « des messages chaleureux » envoyés à la Turquie. Exemple : le fait que le Pape aille visiter la Mosquée du Sultan Ahmet « n’est pas un événement ordinaire ». « La première fois qu’un Pape a visité une mosquée, c’était en 2001, souligne Mehmet Altan. Ce sera une deuxième visite historique. Ce sont là des gestes pour réparer les dégâts qui ont été faits. »
Du coup, le journaliste s’insurge contre ceux qui criaient “la Turquie sera la tombe du Pape” lors des manifestations. Car les images de ces rassemblements sont diffusées sur les chaînes de télévision du monde entier, et donnent finalement une « image incorrecte » de la Turquie. Il appelle les Turcs à « offrir le meilleur accueil possible au Pape, pour détruire les préjugés » que le monde entretient à l’endroit de la Turquie.
D’autant que cette visite a débuté plutôt sous de bons auspices, aux yeux de Yusuf Kanli, l’éditorialiste du Turkish Daily News. « Les premiers contacts et les premiers mots du Pape sur le sol turc ont été plutôt encourageants », souligne le journaliste, qui fait valoir qu’à Anitkabir, où il a été le premier Pape à visiter le mausolée d’Atatürk, Benoît XVI a délivré un message de paix. « Sur cette terre où se rencontrent différentes religions et cultures, qui est un pont entre l’Asie et l’Europe, je sens le bonheur, a écrit le Pape à Anitkabir, de répéter les mots du fondateur de la République de Turquie : “Paix à la maison, paix à l’étranger”. »
Yusuf Kanli espère que Benoît XVI parlera également de paix lors des prochaines étapes de son voyage. Après la visite mercredi 29 novembre à la Maison de la Vierge Marie, à Izmir, et la rencontre avec le Patriarche grec orthodoxe Bartholomée Ier, que nous avons évoquées tout à l’heure, le Pape Benoît XVI devait se rendre le lendemain, jeudi 30 novembre, à la Mosquée Bleue et rencontrer ensuite les représentants des communautés non musulmanes de Turquie.
Nous verrons la semaine prochaine si le vœu formé par l’éditorialiste turc est exaucé par Benoît XVI.

Touche pas au Père fondateur !
« Le kémalisme a apporté la régression au lieu du progrès… A l’avenir, les Européens nous demanderont pourquoi les photographies et les statues d’Atatürk étaient partout. » L’auteur de cette déclaration incendiaire à l’encontre du Père fondateur de la Turquie est un professeur d’université du nom d’Atilla Yayla, qui a tenu ces propos récemment, dans un discours prononcé à Izmir devant des membres de l’AKP.
Des critiques à la tonalité quasiment blasphématoire en Turquie, a fortiori au moment où la polémique fait rage autour de la menace que ferait peser l’islam réactionnaire sur la laïcité. Résultat : Atilla Yayla a été limogé de l’Université de Gazi. Dans une conférence de presse, Kadri Yamaç, le Recteur de l’Université, a notamment reproché à Atilla Yayla de parler de “cet homme-là” lorsqu’il évoque la mémoire d’Atatürk, signe évident pour lui qu’il « manque de bonnes manières ». Or, en Turquie, fait observer le Turkish Daily News, l’usage veut qu’on se réfère à Atatürk par l’emploi de titres tels que “Notre aïeul” ou “Le chef suprême”.
Une enquête a même été ouverte contre le Professeur Atilla Yayla, car il s’est rendu à Izmir sans l’autorisation de son Université. Comme le rappelle le quotidien turc, les universitaires en Turquie doivent recevoir au préalable l’autorisation des universités d’Etat pour voyager en dehors des limites de la ville dont dépend leur établissement. « Cette règle généralement méconnue est utilisée parfois, note le Turkish Daily News, pour harceler des universitaires dont les déplacements pourraient créer des problèmes. »
Pour justifier leur décision, note Gülay Göktürk, dans Bugün, les dirigeants de l’Université ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas laisser un professeur en Sciences politiques empoisonner les étudiants, car la Constitution et les lois disposent que « les universités doivent former des étudiants voués aux idéaux d’Atatürk ». Faisant observer qu’il a suffi d’une seule phrase prononcée par le Professeur Yayla pour atteindre « un nouveau stade dans la crise du kémalisme », le journaliste de Bugün se demande « comment appréhender » cette décision d’exclusion. Et d’oser cette comparaison : « Peut-on imaginer un département psychiatrique qui interdirait l’enseignement de l’approche comportementale et n’inclurait que la psychanalyse dans son programme ? Si des discussions sur le kémalisme sont insupportables, conclut Gülay Göktürk, alors je recommande humblement au Recteur de l’Université de Gazi de fermer totalement et aussi rapidement que possible le département de Sciences politiques, ainsi que les autres départements en Sciences sociales. »
Dans Radikal, Ismet Berkan déplore que le Professeur Yayla soit « crucifié » pour ses critiques envers Atatürk. Il note que la décision de le révoquer a été prise après avoir entendu des gens dire dans les médias : « Comment cet homme peut-il enseigner à l’Université ? Virez-le ! ». Dans la Constitution, souligne Ismet Berkan, la seule limite posée à l’autonomie scientifique des universités, pourtant inscrite dans la Loi fondamentale, est l’interdiction « d’activités contre l’existence ou l’indépendance de l’Etat et l’intégrité ou l’unité du pays ». Comme la Loi sur l’Enseignement Supérieur dispose que le but de cette éducation est de former des individus « voués aux principes d’Atatürk », Ismet Berkan aboutit à la même conclusion que son confrère de Bugün : « Notre loi sur l’Université interdit la critique d’Atatürk. »
Pour Ali Bayramoglu, du quotidien progouvernemental Yeni Safak, c’est cette Loi sur l’Enseignement Supérieur qui est en cause. « Lorsqu’on voit la pression exercée par cette loi sur la liberté de recherche et d’expression, les déclarations de Yayla ne doivent même plus susciter la curiosité. Peu importe ce qu’il a dit, car il est essentiel de produire librement des idées et de les exprimer comme on le souhaite. L’histoire ne retiendra pas ceux qui tentent de lyncher Yayla, conclut le journaliste de Yeni Safak, mais plutôt lui et des gens comme lui. »
Face à ses accusateurs, le Professeur Atilla Yayla persiste et signe. « Galilée aussi a été persécuté pour avoir dit ce qu’il pensait, a-t-il déclaré. Les réactions à mes propos montrent simplement que la liberté d’expression n’existe pas en Turquie. »
Et Atilla Yayla n’est sans doute pas seul à le penser. Un groupe de jeunes étudiants a exprimé à sa façon, dimanche dernier à Sirkeci, son soutien à celui dont « [le] seul crime est d’avoir une pensée hérétique ». Les étudiants portaient un masque du professeur, ainsi que des banderoles avec des inscriptions reprenant des phrases d’Atatürk : « On ne peut faire taire des idées par des canons et des fusils », ou bien « Ne vous abstenez jamais de dire ce que vous pensez ! ».
Face à cette manifestation de soutien à ce professeur “hérétique”, les gardiens du temple laïc ne pouvaient rester sans réaction. Dès le lendemain, lundi 27 novembre, la jeunesse fidèle à Atatürk répondait aux étudiants solidaires du professeur limogé : Osman Yilmaz, le secrétaire général de l’Association des Jeunes de Turquie, tenait conférence de presse devant le bâtiment du Conseil de l’Enseignement Supérieur pour réclamer ni plus ni moins l’exclusion d’Atilla Yayla de la profession et son interdiction d’exercer des fonctions dans le domaine public. Osman Yilmaz, qui était accompagné d’une délégation formée d’organisations et de clubs kémalistes issus d’une quarantaine d’universités, a accusé Atilla Yayla d’avoir « repris à son compte les mensonges et les calomnies des Etats-Unis et de l’Union européenne dirigées contre Atatürk et la République de Turquie ». « Yayla, qui ne nie pas qu’il reçoit de l’argent des Etats-Unis et de l’Union européenne, renvoie aujourd’hui l’ascenseur. (…) Mais personne, souligne Osman Yilmaz, ne peut s’abriter derrière la liberté d’expression pour inciter à l’hostilité envers Atatürk. »
« C’est un non-sens de dire à propos d’un leader révolutionnaire (comprenez Atatürk) qu’il n’était pas progressiste, alors qu’il a déclaré lui-même que la raison et la science constituaient son héritage spirituel », souligne Hulki Cevizoglu dans le journal Yeniçagh. Il s’insurge contre les propos d’Atilla Yayla, qui s’est plaint des limites de sa liberté d’expression. « Il a été invité à participer la semaine dernière au show télévisé “Nutshell”. Il a d’abord accepté l’invitation, mais l’a ensuite déclinée, au motif qu’il avait de la fièvre. Pourquoi quelqu’un qui touche tant d’argent de l’Union européenne au nom de la liberté d’expression refuse-t-il d’exprimer ses idées durant un programme télévisé de cinq à six heures ? ».
Ses idées, le Pr Layla les avait exposées dans une lettre ouverte à Gündüz Aktan, l’ancien ambassadeur de Turquie à Londres et ex-membre de la défunte Commission de réconciliation arméno-turque, publiée le 4 novembre dernier dans Zaman. Son destinataire y a répondu dans le Turkish Daily News du 29 novembre, non sans la juger « fortement polémique ». « Il n’y a rien de mal à avoir des discussions libres sur de tels sujets, estime l’ancien diplomate. Mais il en va autrement lorsqu’il s’agit d’enseigner ces questions à des étudiants d’université. Aux Etats-Unis, par exemple, si vous êtes un “négationniste” du “génocide arménien”, vous ne pourrez devenir membre du staff d’une Université, et ce que vous soyez turc ou pas. »
Gündüz Aktan souligne que pendant très longtemps, les critiques formulées à l’encontre d’Atatürk et de la République étaient « bien plus sévères encore » que celles d’Atilla Yayla. « D’un autre côté, poursuit-il, aussi bien dans le pays qu’à l’étranger, il y a un large consensus sur un point : le kémalisme incarne la modernité. Mais le problème semble ailleurs. Nous aurions certainement été effacés de la carte si Atatürk n’était pas apparu sur la scène politique au moment historique où l’Empire ottoman s’effondrait et où l’existence de la nation turque était menacée. (…) Il n’y a peut-être aucun autre cas dans l’histoire que celui du peuple turc et d’Atatürk, où toute une société doit sa survie à une seule personne. »

Oui à des relations avec l’Arménie sous conditions.
82% des Turcs seraient favorables à l’établissement de relations entre Ankara et Erévan sous certaines conditions : c’est le résultat d’un sondage effectué durant trois mois, auprès de 8 714 personnes, par l’Association pour le Combat contre les Allégations Infondées de Génocide, basée à Erzeroum, et dont le Turkish Daily News publie les conclusions.
Pour 53% des personnes interrogées, les conditions à remplir par les Arméniens sont les suivantes : « faire leurs excuses à la nation turque pour les massacres qu’ils ont commis durant la Première Guerre mondiale, détruire un monument en Arménie dédié à ce soi-disant génocide, se débarrasser dans leur Constitution d’expressions hostiles aux Turcs et contre l’intégrité territoriale de la Turquie, rompre leurs relations avec la Diaspora arménienne, abandonner les allégations de génocide et se retirer du Haut-Karabagh ».
Pour 16% des personnes interrogées, la rupture des relations entre l’Arménie et la Diaspora arménienne d’Europe et des Etats-Unis ainsi que l’abandon des allégations de génocide suffiraient à justifier l’ouverture de relations diplomatiques entre Ankara et Erévan. 6% des sondés se contenteraient d’« excuses à la nation turque pour les massacres commis par les Arméniens durant la Première Guerre mondiale ». 5% des personnes interrogées posent comme seules conditions « la destruction du monument dédié au soi-disant génocide en Arménie », ainsi que « la suppression dans la Constitution arménienne d’expressions hostiles aux Turcs et contre l’intégrité territoriale de la Turquie ». Ils ne sont que 2% à subordonner l’établissement de relations diplomatiques au « retrait de l’Arménie du Haut-Karabagh ». Dernier élément intéressant : 18% des sondés refusent par principe l’établissement de relations diplomatiques entre la Turquie et l’Arménie.
Savas Egilmez, le directeur de l’association qui a effectué le sondage, voit dans les résultats « la propension naturelle des Turcs au pardon, une philosophie qu’ils ont embrassée tout au long de leur histoire ».

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