Bruxelles pousse Ankara dans les cordes

Publié le par Famagouste

La Commission européenne recommande de geler en partie les négociations avec Ankara.

Marre. La Commission européenne ne joue plus la montre avec la Turquie. Bruxelles a décidé hier d'avancer d'une semaine sa recommandation très attendue sur les négociations d'adhésion. La dernière avant le sommet européen de la mi-décembre. Jusqu'à présent, Ankara avait surtout été pointé du doigt. Le voici sanctionné. Tout bonnement. Les Etats membres de l'Union sont appelés à geler une partie des négociations d'adhésion.

«Demain est un autre jour», énonce le célèbre adage. Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en a fait hier la preuve. A grand regret. Vingt-quatre heures après avoir reçu, dit-il, la bénédiction du pape Benoît XVI à l'accession de son pays dans l'Union européenne, le chef du gouvernement turc voyait rouge à Riga. Présent dans la capitale lettone pour le sommet de l'OTAN, M. Erdogan a jugé «inacceptable» la recommandation de la Commission européenne, augurant ainsi d'une quinzaine houleuse entre Ankara et le club des 25.

Le vent a tourné

Le changement de ton est surprenant. Le 8 novembre, Bruxelles jouait encore la carte de la bienveillance, en publiant son rapport annuel sur l'élargissement. Mais le vent a tourné. L'échéance de la recommandation prévue le 6 décembre a soudain été avancée. Et en demandant le gel partiel des négociations, la Commission pousse Ankara dans les cordes. Sans pour autant sceller une rupture, il est vrai, que ni le président José Manuel Barroso ni le Commissaire Oli Rehn ne souhaitent vraiment.

Voyez plutôt: «Les négociations continuent, bien qu'elles soient ralenties. Nous serons en mesure de revenir à une vitesse normale lorsque la Turquie aura rempli tous les engagements pris dans le protocole d'Ankara», a déclaré M. Rehn, qui espérait il y a encore deux semaines que la présidence finlandaise de l'Union saurait arracher des compromis à M. Erdogan et son gouvernement sur le polémique dossier chypriote.

Embargo sur Chypre

Mais lundi, le ministre finlandais des affaires étrangères Errki Tuomioja devait se résoudre à constater que les conditions n'étaient pas réunies pour un accord avant la fin de l'année. Inutile donc, aux yeux de M. Barroso, d'attendre plus longtemps avant de se prononcer.

Car si la Commission a décidé de suspendre les chapitres des pourparlers ayant un lien avec les restrictions commerciales imposées par la Turquie à Nicosie (soit 8 sur les 35 chapitres des négociations), c'est bien pour sanctionner Ankara sur son refus d'appliquer en faveur de Chypre le protocole d'Ankara (lequel étend son union douanière avec l'UE aux dix nouveaux membres entrés en 2004).

La Turquie interdit ainsi aux navires et avions de l'Etat chypriote grec d'entrer dans ses ports et aéroports, exigeant au préalable la levée de l'embargo qui frappe la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par Ankara.

Si personne parmi les Etats membres de l'UE ne souhaite ouvertement l'interruption des discussions d'adhésion entamées fin 2005, pour la grande majorité, cependant, ne rien faire est également hors de question. La décision de la Commission, qui ne fixe aucun ultimatum à Ankara pour régler le problème chypriote, constitue donc un compromis. La porte est encore ouverte.

Les ministres des Affaires étrangères des 25 se réuniront le 11 décembre à Bruxelles pour se prononcer sur la recommandation de la Commission. Les Etats membres, seuls décideurs au final, rendront dans la foulée leur verdict après le sommet européen très attendu des 14 et 15 décembre.

24heures.ch - Benjamin Adler - 30 Novembre 2006

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Publié dans Dans la presse

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