Soldats turcs au Liban, Citoyenneté turque aux Arméniens de Turquie, Kurdes, Espagne et génocide arménien, en bref

Publié le par Famagouste

La Turquie enverra des soldats au Liban.
C’est fait : le Parlement d’Ankara a donné son aval à l’envoi de troupes turques au Liban. Par 340 voix contre 192, la motion du gouvernement a été approuvée par les députés. Mais les débats ont été particulièrement chauds, avec des partis d’opposition (le CHP de Deniz Baykal et le Parti de la Mère Patrie) qui ont multiplié les propositions pour rallonger les débats et retarder le vote.
Selon le Turkish Daily News, Bayram Meral, député CHP, a critiqué la décision d’envoyer des troupes au Liban, soulignant que le gouvernement « livrerait le pays aux Britanniques ou aux Français ». Réaction de Nevzat Pakdil, de l’AKP : « Personne ne capitulera devant des étrangers ! ». Et Bayram Meral de renchérir : « Les Israéliens découpent le peuple en morceaux en Palestine comme on coupe du fromage ! Pourquoi n’envoyez-vous pas de forces de maintien de la paix en Palestine ? ».
Sükrü Elekdag, un autre député CHP, a emboîté le pas à son collègue : « Cette motion ne correspond pas aux intérêts de la Turquie. Elle conduira à de nouveaux massacres dans la région. » Pour Önder Sav, toujours du CHP, la contribution de troupes turques est partie intégrante d’un « scénario minutieusement élaboré », en vue de modifier l’équilibre actuel au Moyen-Orient conformément aux ambitions américaines. Pour Erkan Mumcu, le leader du Parti de la Mère Patrie, la force internationale ne servira pas les intérêts de la paix. « Cette nation, a-t-il déclaré, ne doit sacrifier aucun de ses fils au nom de la sécurité d’Israël. »
La tension atteindra son paroxysme, dans l’enceinte du Parlement, lorsque Abdullah Gül reviendra à la tribune pour répondre aux critiques de l’opposition. Le député du CHP Halil Tiryaki et celui de l’AKP Öner Ergenç commenceront à se battre quand ce dernier hurlera à l’adresse des députés du CHP qui protestaient contre Abdullah Gül pendant que celui-ci s’expliquait. Une bagarre qui cessera grâce à l’intervention’ d’autres députés.
Abdullah Gül a tenté de rassurer la classe politique turque sur les intentions des autorités et le sens à donner à l’envoi de ces troupes au Liban. Après avoir réaffirmé, à l’instar du Premier ministre, que les troupes seraient retirées si on leur demandait de désarmer le Hezbollah, le chef de la diplomatie turque a souligné que la stabilité de la région « correspond aux intérêts de la Turquie ». « La sécurité de la Méditerranée orientale est importante pour nous, a-t-il déclaré devant les députés. Nous croyons qu’il ne serait pas opportun pour la Turquie de rester les bras croisés, pendant qu’un certain nombre de pays allant de la France au Portugal ont décidé d’envoyer des troupes. »
Un argument repris par le député de l’AKP Egemen Bagis. « Quand 22 pays de l’Union européenne envoient des soldats au Liban, la Turquie, qui poursuit sa marche en direction de l’UE, ne peut rester indifférente », a souligné Egemen Bagis devant ses collègues. « Nous ne pouvons tourner le dos aux terres que nos ancêtres nous ont léguées, a-t-il ajouté. Si nous voulons avoir notre mot à dire dans cette région, nous devons être du côté de ceux qui font les décisions. Nous devons aller au Liban. »
Dans le détail, le document adopté autorise, pendant une durée d’un an, le déploiement d’unités navales au large des côtes libanaises et la mise en place d’actions de formation de l’armée libanaise. Le document de 11 pages laisse également la porte ouverte à un possible déploiement de troupes terrestres, dans le cadre de missions d’aide humanitaire dans la région. Le nombre de soldats qui partiront n’est pas précisé, mais le ministre des Affaires étrangères Abdullah Gül a souligné que le contingent de troupes n’excèderait pas les 1 000 hommes, et que les soldats dépêchés sur place ne constitueraient pas une force de combat.
Les détails concernant le nombre, la composition, les responsabilités et la zone de déploiement des troupes turques devraient être connus après la visite à Ankara du secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, qui est arrivé mercredi dans la capitale turque, dans le cadre d’une tournée dans les pays de la région.

Rendre la citoyenneté turque aux Arméniens qui vivaient en Turquie.
Le quotidien turc The New Anatolian du lundi 4 septembre’ a publié un papier sur la visite au Liban du Dr Süleyman Gündüz, un député de l’AKP qui s’est rendu au pays du Cèdre dans le cadre d’une mission humanitaire.
Selon le Dr Gündüz, qui a rencontré dans le nord de Beyrouth « des Arméniens parlant le turc », ces derniers n’ont pas soulevé d’objection à la venue de troupes turques au Liban. « La zone dans laquelle je résidais était habitée principalement par une population arménienne, a-t-il déclaré. Aucun Arménien n’est opposé à notre venue. Environ 90% des Arméniens avec lesquels je me suis entretenu étaient originaires de Turquie. Cet endroit était également un bastion de l’ASALA. Et si la décision sur l’envoi des troupes turques n’était pas encore arrêtée lorsque je me trouvais là-bas, j’ai tout lieu de penser que les Arméniens ne s’opposeront pas à l’envoi de soldats turcs. »
Soulignant que son séjour lui avait permis de réfléchir aux moyens de rétablir un dialogue, dans les années à venir, avec la communauté arménienne du Liban, le Dr Gündüz a estimé qu’au vu « de la présence de milliers d’Arméniens d’Arménie en Turquie, où ils viennent travailler, l’établissement d’un dialogue avec la Diaspora arménienne semble dorénavant indispensable ». Une tâche à laquelle il entend se consacrer, s’il reste dans le monde politique après les prochaines élections. Le Dr Gündüz propose « de développer les relations d’amitié entre la Turquie et la Diaspora arménienne et de ne pas transmettre aux générations futures les problèmes actuels ». « Je suggère de résoudre le problème au travers de la citoyenneté, ajoute-t-il : nous devrions donner aux membres de la Diaspora arménienne qui ont émigré de Turquie la chance de devenir des citoyens de Turquie. »

Les Kurdes d’Irak du Nord, le cauchemar d’Ankara.
L’inquiétude croît en Turquie face à la présence de plus en plus incontournable du facteur kurde en Irak. Vendredi 1er septembre, Massoud Barzani, le leader de la région kurde d’Irak du Nord, donnait l’ordre à tous les organismes gouvernementaux de retirer le drapeau irakien, pour le remplacer par celui des Kurdes.
Réaction immédiate d’Ankara, par la voix d’Abdullah Gül, qui dénonce une « décision dangereuse ». « Si l’Irak accepte de voir un drapeau qui n’est pas le sien flotter sur son propre territoire, c’est fini », s’est exclamé le chef de la diplomatie turque, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision turque NTV. Abdullah Gül a appelé le gouvernement irakien à engager une action contre les instructions de Massoud Barzani, interprétées comme un pas symbolique vers la séparation de la région kurde du reste du pays.
Certes le Premier ministre irakien, Nuri al-Maliki, avait bien fait une déclaration exigeant le retour du drapeau tricolore sur tous les bâtiments officiels, mais le ministre turc des Affaires étrangères a estimé qu’il fallait « aller au-delà des mots ».
La Turquie’ craint par-dessus tout la montée en puissance des Kurdes en Irak du Nord, où les militants du PKK ont trouvé un sanctuaire, dans les monts du Kandil. Ankara a peur de la création d’un Etat kurde indépendant dans cette région, un mouvement qui pourrait faire tache d’huile ensuite sur le territoire turc.
Face à la polémique créée par le remplacement du drapeau irakien par l’emblème kurde, certains représentants des Kurdes d’Irak tentent de calmer le jeu, en rejetant toute velléité séparatiste. Selon le Turkish Daily News, Bahros Galali, représentant à Ankara de l’Union Patriotique du Kurdistan, a indiqué dans un communiqué que la décision de Massoud Barzani a été mal comprise. Selon M. Galali, le leader kurde d’Irak du Nord a voulu dire qu’il ne voulait plus du drapeau symbolisant le régime baasiste de Saddam Husseïn.
Des propos prolongés par le Cheikh Mustafa Jaafar, le leader des Peshmergas (le nom donné aux combattants kurdes). « Le nouveau drapeau irakien devrait représenter l’Irak dans sa diversité et toutes ses composantes. Ce devrait être un symbole d’unité et de fraternité. Nous ne voulons pas d’un Etat kurde, a-t-il assuré ; notre région est une partie de l’Irak fédéral. Nous ne réclamons pas un drapeau spécial pour nous, mais plutôt un drapeau qui nous unisse. »
N’empêche que cette volonté d’apaisement cache mal les intentions réelles des dirigeants kurdes du nord de l’Irak. Ankara a bien toutes les raisons de croire que ses craintes sont fondées, car selon le Turkish Daily News, le Parlement kurde de la région devait voter ces jours-ci un projet de Constitution, dans lequel la ville pétrolière de Kirkouk fait partie de la région kurde. Certes l’administration kurde du nord de l’Irak se considère partie intégrante d’un Irak fédéral, mais elle se réserve le droit d’opter pour le référendum sur l’établissement d’un Etat indépendant.
Selon des officiels de l’Union Patriotique du Kurdistan, le projet de Constitution se compose de 160 articles ; il définit le gouvernement régional comme une structure basée sur les principes du pluralisme, de la démocratie et de la séparation des pouvoirs. Les Peshmergas constituent les forces armées de la région, et Arbil en est la capitale, au moins jusqu’à ce que les frontières de la région soient bien fixées.

L’Espagne face au génocide arménien.
L’actualité du génocide arménien fait irruption pour la première fois, peut-être, de l’autre côté des Pyrénées. Deux députés catalans de la Gauche Républicaine, Rosa M. Bonas et Joan Puigcercos, ont en effet soumis en juin dernier, à la Commission des Affaires étrangères du Parlement espagnol, une proposition en vue de reconnaître le génocide arménien. Selon l’agence Anatolie, les deux députés ont motivé leur demande en soulignant qu’« un crime contre l’humanité [avait] été commis ».
Selon le Turkish Daily News, Rosa M. Bonas a déclaré qu’elle ressentait toujours un sentiment d’empathie à l’égard des communautés persécutées, ajoutant qu’elle n’avait appris l’existence du génocide arménien qu’après avoir reçu la lettre d’une organisation arménienne, laquelle n’est d’ailleurs pas nommée.
La Turquie a réagi, bien entendu, par la voix de son ambassadeur en Espagne. « Lorsque nous avons pris connaissance de cette motion, a indiqué Volkan Vural à l’agence Anatolie, nous avons lancé des initiatives en direction du ministère espagnol des Affaires étrangères et du Parlement. Nous avons adressé un courrier aux deux députés et au chef de la Commission des Affaires étrangères, dans lequel nous jugions cette démarche mauvaise, et nous leur avons dit que cela porterait atteinte aux relations turco-espagnoles. Quant au ministère turc des Affaires étrangères, il a exprimé ses préoccupations au gouvernement espagnol. »
Un Volkan Vural qui ne croit pas beaucoup aux chances d’adoption de la motion. « Quand bien même elle serait adoptée, dit-il, il est évident qu’elle n’aurait pas de valeur légale. Tout le monde verrait alors à quel point la démarche qui consiste à instrumentaliser des incidents historiques à des fins politiques est mauvaise et fâcheuse. »
L’ambassadeur de Turquie en Espagne a indiqué en outre que la députée Rosa M. Bonas lui a écrit une lettre, dans laquelle elle dit n’éprouver « aucun ressentiment à l’égard de la Turquie ». « Elle a également souligné, a-t-il ajouté, qu’elle a toujours soutenu la candidature de la Turquie à l’adhésion à l’Union européenne. » Enfin, toujours selon Volkan Vural, Rosa M. Bonas indique qu’elle et son collègue Joan Puigcercos vont modifier certains passages de la motion, et notamment « enlever l’article demandant à la Turquie de reconnaître le génocide arménien ».
L’ambassadeur de Turquie en Espagne compte rencontrer la députée catalane dans les prochains jours.
Affaire à suivre…

EN BREF…
Selon le quotidien Sabah du lundi 4 septembre, le chef de la diplomatie turque Abdullah Gül sera en France, le 13 septembre prochain, pour y discuter « du soutien apporté par la France aux Chypriotes Grecs au sein de l’Union européenne et de la proposition de loi sur le génocide arménien ». Abdullah Gül tentera de promouvoir les relations franco-turques, afin d’éviter le vote d’une loi pénalisant les négationnistes du génocide arménien, qui pourrait bien avoir lieu cet automne. M. Gül se rendra en France à la veille de s’envoler pour New York, où il assistera à l’Assemblée générale des Nations unies.
Le ministère arménien des Affaires étrangères a démenti les informations parues dans le quotidien turc Zaman du vendredi 1er septembre, lequel affirmait que des négociations se déroulent actuellement entre Ankara et Erévan, au niveau des ministères des Affaires étrangères, en vue d’établir une commission mixte d’historiens chargée de faire la lumière sur les événements de 1915. Vladimir Karapetian, le porte-parole du ministère arménien des Affaires étrangères, a exclu également toute rencontre à l’avenir, autour de ces questions, entre diplomates turcs et arméniens.
Le quotidien Yeni Safak a publié dans son édition du 4 septembre une déclaration du président de Chypre-Nord, le leader chypriote turc Mehmet Ali Talat, qui se plaint « de l’existence de réseaux criminels qui se sont infiltrés au sein de l’appareil d’Etat ». Il reproche à ces éléments de “l’Etat profond” – comme on les nomme en Turquie – de placer parfois Chypre-Nord dans une position difficile. Mehmet Ali Talat a indiqué, toujours selon Yeni Safak, qu’il avait été « présenté » à l’Etat profond au moment de prendre ses fonctions, avant d’ajouter’ que la Turquie avait connu des transformations positives sur cette question de l’Etat profond, depuis que l’AKP est aux affaires. Mehmet Ali Talat a admis que Chypre-Nord avait son Etat profond, soulignant que l’antenne chypriote turque était reliée à l’Etat profond opérant en Turquie.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article