Attentat contre Erdogan, Affaire du Conseil d'Etat, Initiative anti-négationniste
L’attentat déjoué contre le Premier ministre turc. Recep Tayyip Erdogan dans la ligne de mire des ultranationalistes : la police turque a arrêté la semaine dernière un gang d’une dizaine de personnes suspectées de préparer un attentat contre le chef du gouvernement.
Les membres du gang ont été appréhendés lors d’un raid mené par la police dans une maison d’Eryaman, dans la banlieue d’Ankara. Butin saisi par les policiers : des explosifs, une bombe à retardement, des grenades, des bâtons de dynamite et une arme automatique. Et ce n’est pas tout : les enquêteurs ont également trouvé sur place des plans détaillés des domiciles de M. Erdogan et de son conseiller Cüneyt Zapsu, mais aussi un croquis – dont le quotidien Aksam a publié une copie – montrant le trajet qu’emprunte habituellement le Premier ministre, lorsqu’il se rend de son domicile au district de Keçiören, ainsi qu’un plan des magasins de la chaîne de supermarchés BIM, propriété de M. Zapsu.
Selon le quotidien Vatan, le raid de la police a fait suite à un e-mail envoyé à la police d’Ankara, fournissant des informations sur l’existence de ce gang, que ses propres membres ont baptisé “Guerilla Atabey”. Sans que l’on sache vraiment quel est le but de ce gang, on apprend malgré tout dans Vatan que des cartes de Turquie et un serment à vocation ultranationaliste ont été également trouvés dans la maison perquisitionnée. « En tant que membres de la Guerilla Atabey, lit-on dans le serment, nous resterons fidèles à notre nation. En toutes circonstances, nous défendrons les intérêts de notre nation et de son peuple jusqu’au dernier moment, et nous protégerons le drapeau glorieux qui nous a été confié’ jusqu’à la dernière goutte de notre sang. »
Au total, sur la dizaine d’individus appréhendés lors du raid policier, la justice turque a déjà inculpé trois officiers de l’armée et un civil, pour préparatifs d’attentat contre la personne du Premier ministre. Ils sont accusés de détention d’explosifs et de formation d’un gang ayant pour but de rompre l’unité du pays. Ils risquent jusqu’à 15 ans de prison, s’ils sont reconnus coupables des faits qui leur sont reprochés.
Mais ces interpellations ont donné lieu à une polémique entre la police et l’armée, cette dernière reprochant à la police de ne pas l’avoir informée de la détention des officiers militaires. Selon Radikal, à la police d’Ankara qui affirme avoir informé l’armée « dès lors qu’il est apparu clairement que les suspects étaient des militaires », l’armée a répondu par un communiqué publié samedi 3 juin, dans lequel elle déplore avoir pris connaissance de ces arrestations par les médias le lendemain. Radikal ajoute que le porte-parole de la police, Ismaïl Çaliskan, a démenti toute tension entre la police et l’armée sur l’arrestation du gang, soulignant que l’enquête est menée « en coordination » entre la police et l’armée.
Par ailleurs, selon Hürriyet, les procureurs militaires ont découvert que deux chefs de la police avaient identifié et suivi le groupe de malfaiteurs depuis six mois, et n’avaient pris aucune mesure contre lui. Toujours selon les procureurs militaires, les individus formant ce groupe se sont séparés en avril 2006, sans avoir fait quoi que ce soit, autrement dit deux mois environ avant le raid de la police. A noter que les suspects seront jugés séparément par un tribunal militaire, pour « recel et détournement de matériel militaire ».
La presse turque a donc révélé le caractère ultranationaliste de ce gang baptisé “Guérilla Atabey”. Le porte-parole de la police a beau avoir démenti que les individus appréhendés fomentaient un complot contre le Premier ministre et des personnalités politiques qui lui sont proches, il paraît difficile d’accorder quelque crédit à ses déclarations, au regard des documents trouvés durant l’opération policière. Le quotidien Zaman affirme même que les membres du gang « n’ont pas nié leur projet d’attaquer le Premier ministre Erdogan et son conseiller politique Cüneyt Zapsu ». Vatan livrait même en fin de semaine dernière une information assez troublante, selon laquelle l’un des individus arrêtés travaillait dans les bureaux mêmes du Premier ministre à Ankara.
Par ailleurs, lorsque ces interpellations surviennent deux semaines à peine après la tuerie du Conseil d’Etat, la question se pose de savoir s’il y a un lien entre ces deux affaires. Et là aussi, la police est catégorique : à ce jour, pas de preuve accréditant l’hypothèse d’une connexion.
A voir. Ce n’est pas ce qui ressort, en tout cas, des révélations de la presse turque. Toujours selon Vatan, l’e-mail informant la police d’Ankara de l’existence du gang mentionnait la présence dans l’appartement perquisitionné d’« explosifs liés à l’attaque contre le Conseil d’Etat ». Le même quotidien Vatan rapporte également le témoignage des voisins de l’appartement utilisé par les membres du gang Atabey : « Ils s’y sont installés il y a trois ou quatre mois. Nous ne les voyions que lorsqu’ils donnaient leurs ordures au concierge. Ils ne dérangeaient personne. Ils se tenaient à l’écart. » Des habitants du quartier ont ajouté que « de nombreuses personnes portant des sacs entraient et sortaient, spécialement la nuit ».
Dans la foulée de l’attentat contre le Conseil d’Etat, les éditorialistes de la presse turque se répandent bien évidemment en commentaires abondants. Ergun Babahan, du quotidien Sabah, tente une réflexion sur le traitement par la presse de cette affaire. Il note que certains chroniqueurs, en Turquie, ont repris à leur compte le mot de l’ancien président Süleyman Demirel, qui a évoqué un « incident isolé » pour qualifier cette affaire. Volontiers ironique, le chroniqueur de Sabah écrit : « Nos vies sont remplies de ces “événements isolés”. Semdinli était un “événement isolé”. L’assassinat d’Abdi Ipekçi l’était, aussi. Et que dire de l’attentat à la bombe à l’Université d’Istanbul ? Un événement isolé, également. Et les incidents à Kahramanmaras et Çorum ? Tous totalement isolés ! ».
« Tous les morts de ces incidents ont péri en victimes isolées, poursuit-il. C’est pourquoi personne ne leur a porté d’attention. Et maintenant, notre pays est devenu le royaume des gangs d’individus isolés. » Pour le journaliste, c’est le prix à payer pour le silence observé lorsque l’injustice devient la règle plutôt que l’exception.
Ergun Babahan critique sévèrement ceux qui font passer l’affaire du gang Atabey comme une machination simplement destinée à créer une tension entre les forces armées turques et l’administration. Il rappelle à ses lecteurs que les individus formant ce type de gangs ne cherchent qu’une chose : « créer un climat dans lequel personne n’est inquiété pour ses activités illicites ».
Du coup, le chroniqueur avertit ceux qui font passer des gangs comme la Guérilla Atabey pour des “exemples isolés”, qu’ils laissent en réalité l’image de gens soutenant ces gangs. Et il se lance pour conclure dans une critique en règle de la manière dont la presse turque couvre ce genre d’événements sur la durée : « Le premier jour, les informations sur le gang sont dans les premières pages. Le lendemain, on les renvoie aux dernières pages, alors que les critiques visant la police qui a arrêté le gang sont mises en début de journal. » Dernière pique envoyée à ses confrères et consœurs : « Si seulement ceux qui parlent de ces “événements isolés” attachaient un petit peu plus d’importance aux problèmes de société, il serait beaucoup plus facile de créer un climat démocratique qui consacrerait la suprématie de la justice. »
Cette suprématie de la justice, Hürriyet s’y attarde sous la plume d’Oktay Eksi. Revenant sur l’affaire du gang Atabey et le climat ambiant régnant dans le pays, le journaliste souligne que si la Turquie a vu « beaucoup de complots visant à renverser des gouvernements », la tuerie du Conseil d’Etat, selon lui, a incroyablement élargi en très peu de temps le spectre des suspects, lequel s’étend à présent « des extrémistes religieux aux plus patriotes des kémalistes ».
Dans ce contexte troublé, le chroniqueur appelle l’armée à « ne pas ignorer » l’attraction que suscite chez certains de ses jeunes membres ce type d’activités illicites. « Pour autant qu’il faille maintenir en haute estime nos forces armées, écrit-il, si celles-ci ignorent ces groupes, cette estime finira un jour par s’effondrer. (…) Or, ce que nous attendons de nos forces armées, c’est précisément de conserver ce principe de suprématie de la justice, que le général Hilmi Özkök a tenté de maintenir pendant son mandat de chef d’état-major. »
Une armée dont le rôle semble plus que trouble dans cette affaire. Outre le fait que trois des individus appréhendés en sont issus (deux en activité et un ancien de la maison), Ergun Babahan, toujours dans Sabah, fait observer que les explosifs et les armes saisis par la police sont du même type que ceux utilisés lors de l’attaque contre le Conseil d’Etat. Par ailleurs, ajoute le journaliste de Sabah, les bombes utilisées le mois dernier pour l’attaque contre le journal Cumhuriyet – dont les auteurs sont impliqués aussi dans la tuerie du Conseil d’Etat – provenaient des stocks d’armes de l’armée.
Parmi les personnes arrêtées, c’est justement un militaire, le capitaine Murat Eren, qui retient tout particulièrement l’attention avec son témoignage. Ou plutôt ses témoignages. En effet, comme le soulignent Vatan et Sabah, l’un des principaux inculpés a dû être interrogé séparément par les procureurs civils et militaires. Et il en ressort des contradictions plus que troublantes.
Aux procureurs civils, Murat Eren a déclaré que le gang conservait ses explosifs en vue de combattre le PKK. « Nous avions développé notre propre stratégie de lutte contre eux », a-t-il confié. Mais il a démenti que le gang ait jamais eu l’intention d’utiliser ces explosifs contre la chaîne de magasins possédés par Cüneyt Zapsu, le conseiller de M. Erdogan. « Nous n’approuvions pas l’attitude du propriétaire de ces magasins. C’est vrai, je voulais que BIM (le nom de la chaîne de magasins) aille à la faillite. Tout ce que nous avons fait, c’est de demander à notre entourage de ne pas s’approvisionner dans ces magasins. »
Interrogé également par les procureurs militaires, Murat Eren n’a pas joué la même partition que devant les procureurs civils, comme le souligne Vatan. Selon le quotidien, le capitaine Eren voyait en Zapsu « un nationaliste kurde qui travaillait contre les intérêts de la Turquie ». « Nous avions décidé de faire entendre nos voix en mettant une bombe dans les magasins BIM, a déclaré Eren. J’en ai parlé à Erkut et Akkaya. Au départ, l’idée les a effrayés, et puis ils s’y sont ralliés. (…) Selon notre plan, après le plastiquage de deux ou trois magasins de la chaîne BIM, les gens auraient commencé à se demander pourquoi BIM était la cible de ces attaques, ce qui aurait conduit les médias à s’interroger sur Zapsu, lequel aurait peut-être fini par abandonner son poste de conseiller d’Erdogan. »
Branle-bas de combat, on le devine, au sein du gouvernement. Selon Sabah, l’enquête sur le gang Atabey était le sujet numéro un, cette semaine, à l’ordre du jour du Conseil des ministres. La plupart des questions furent adressées directement soit au ministre de la Justice Cemil Çiçek, soit au ministre de l’Intérieur Abdülkadir Aksu, lequel a déclaré que la police n’était pas responsable des fuites communiquées le jour même de son raid dans l’appartement du gang Atabey. A la question de savoir qui était intéressé à tenir les médias informés des développements de l’affaire, les ministres ont considéré selon Sabah qu’il s’agissait là d’une « tentative de dresser différentes composantes de l’Etat l’une contre l’autre ».
Pour les ministres du cabinet Erdogan, « ce type d’incident, qui vise à déstabiliser la Turquie, ne doit pas être toléré ». Questionné sur les tensions rapportées entre la police et l’armée autour des interrogatoires des militaires membres du gang Atabey, le ministre de la Justice, Cemil Çiçek, a déclaré que l’Etat turc est « dirigé sur la base d’une Constitution ». « Les responsabilités et les prérogatives de chacune des composantes et organisations de l’Etat sont claires, a souligné M. Çiçek. Les frontières tracées autour de certaines responsabilités sont claires. »
Tel est en tout cas le credo que soutient le ministre de la Justice. Si l’on lit, en revanche, les conclusions du rapport du Centre d’études européennes sur la sécurité, qui a trait aux relations entre les civils et l’armée en Turquie, on s’aperçoit une nouvelle fois que l’armée tient un rôle trop envahissant dans la société. Ce droit de regard des militaires sur la vie politique va « à l’encontre d’un contrôle démocratique de l’armée et est par conséquent un obstacle à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ».
A un an des élections présidentielles, pour lesquelles M. Erdogan pourrait se porter candidat, et au moment où doivent s’ouvrir – en principe le 12 juin prochain – les pourparlers d’adhésion avec l’Union européenne, la tuerie du Conseil d’Etat et l’attentat déjoué contre le Premier ministre, qui viennent s’ajouter à l’affaire de Semdinli et à d’autres provocations semblables, pourrissent singulièrement le climat politique en Turquie. La multiplication de ces gangs – cinq en sept mois, fait observer Zaman – semble tomber à point nommé pour ceux qui voudraient tuer dans l’œuf les ambitions présidentielles du Premier ministre et faire capoter le processus d’intégration européenne de la Turquie.
Affaire du Conseil d’Etat : Ayhan Parlak s’est rendu, Muzaffer Tekin a été relâché.
Nouveau rebondissement, cette semaine, dans l’enquête sur la tuerie du Conseil d’Etat : Ayhan Parlak, suspecté d’être l’un des personnages-clés de l’affaire, s’est rendu à la police en fin de semaine dernière. Rappelons que Parlak, selon certaines sources, serait celui qui aurait transmis les instructions de Muzaffer Tekin, le probable chef du gang, à Alparslan Arslan, l’auteur de l’attentat. Or, selon l’avocat de Parlak, Osman Oghuzhan, la seule raison qui liait son client à Arslan était que ce dernier, avocat de profession, était le défenseur de son frère. Selon le Turkish Daily News, l’avocat de Parlak a démenti en outre la fuite de son client à l’étranger après l’attaque du Conseil d’Etat – une fuite que la presse turque faisait même remonter au lendemain de l’attaque à la bombe contre le journal Cumhuriyet.
Le quotidien Sabah rapporte pour sa part que Parlak affirme avoir rencontré Arslan lorsqu’il a fait de la prison en 2005 pour un autre délit. « J’ai demandé à mon frère aîné Ilhan Parlak de me trouver un avocat, a-t-il dit. Il m’a envoyé Alparslan Arslan. C’est comme cela que nous nous sommes rencontrés. J’avais demandé à l’époque à Arslan de prendre en charge mon divorce d’avec ma femme en Allemagne. Après ma sortie de prison, Arslan s’est occupé des affaires de mon frère. Toutes mes rencontres avec lui ne se sont déroulées que dans le cadre des relations avocat-client. Je ne l’ai pas vu depuis deux mois. J’ai appris l’attaque du Conseil d’Etat par la télévision, et je ne connais aucun des autres suspects qui ont été arrêtés. »
A ce jour, rappelons-le, ils sont cinq à être sous les verrous : Alparslan Arslan, l’auteur de l’attentat, ainsi que Ismaïl Sagir, Osman Yildirim, Tekin Irsi et Erhan Timuroglu, celui qui a révélé que les Arméniens d’Istanbul devaient être pris pour cible.
Ayhan Parlak, quant à lui, dément donc presque tout en bloc. Selon Radikal, il ne reconnaît – depuis sa cellule de la prison de Sincan, où il est détenu – qu’une seule conversation avec Muzaffer Tekin, le probable chef du gang. « C’était en novembre 2005, a-t-il déclaré. L’homme (comprenez Tekin) est un patriote, quant à moi je suis un nationaliste. Il n’y a aucun lien politique entre nous. »
Une version qui semble avoir bien du mal à tenir la route. Toujours selon Radikal, comme nous vous le rapportions la semaine dernière, les écoutes de portables pratiquées par la police ont laissé apparaître qu’entre novembre 2005 et mai 2006, Parlak et Arslan se sont parlés 67 fois, et Parlak et Tekin à 49 reprises. Radikal révèle en outre que « Parlak et Tekin étaient partenaires dans une société nommée Dogus, dont la partie juridique était prise en charge par Alparslan Arslan », autrement dit l’auteur de l’attentat contre le Conseil d’Etat.
La polémique n’a donc pas fini de s’amplifier, en Turquie, à plus forte raison depuis que Muzaffer Tekin – fortement suspecté d’être le chef du gang – a été relâché pour des raisons restées plutôt obscures. Un élargissement commenté par le Premier ministre Erdogan en ces termes : « Cela ne signifie pas que Tekin n’est plus un suspect. Ses relations, ses conversations téléphoniques et le fait qu’il se soit poignardé sont des éléments très intéressants. »
Ce commentaire de M. Erdogan a provoqué la colère de l’opposition. Le député CHP Kemal Anadol a reproché au Premier ministre de « s’ingérer dans le processus judiciaire, en violation de la Constitution ». « Lors d’une conférence de presse, écrit Radikal, Anadol a déclaré que l’administration a trompé le pays après l’attaque du Conseil d’Etat, affirmant que les propos du gouvernement sur la responsabilité de l’Etat profond ou de militaires dans l’attaque constituait une tentative de modifier le cours de l’enquête. »
Une enquête qui n’est décidément pas près d’apaiser le climat politique en Turquie, où les relations entre le camp islamiste du Premier ministre et les gardiens du temple kémaliste, représentés par l’Etat profond, risquent fort de se détériorer dans la période à venir, doublement marquée – comme nous l’avons dit tout à l’heure – par les négociations euro-turques et la perspective de l’élection présidentielle en Turquie.
Initiative anti-négationniste aux Pays-Bas, chantage turc au génocide congolais en Grande-Bretagne.
Après le report du vote le 18 mai dernier, au Parlement français, de la proposition de loi sur la pénalisation du négationnisme, les députés néerlandais tentent à leur tour de présenter un texte similaire. Zaman se fait l’écho de l’initiative des parlementaires du groupe Union chrétienne, qui compte trois sièges sur les 150 du Parlement des Pays-Bas. Une initiative soutenue par la Fédération arménienne des Pays-Bas et l’Organisation néerlandaise contre le racisme (la LBR).
Selon le quotidien turc, Mme Tineke Huizinga-Heringa, la députée qui a présenté la proposition de loi, a souligné que cette dernière n’entraverait pas les libertés de pensée et d’expression. Elle a ajouté que sa formation espérait recueillir le soutien des autres partis représentés au Parlement.
Mais la communauté turque ne l’entend bien évidemment pas de cette oreille, et sa voix se fait entendre jusque dans le Parlement, puisque Fadime Orgu, député d’origine turque du Parti Libéral, considère que cette initiative s’enlisera dans les travaux de la commission chargée d’examiner le texte. Fadime Orgu souligne que « le lobby arménien, qui cherche à gagner le soutien de l’opinion publique dans différents pays, essaie à présent de provoquer les Pays-Bas, “le pays de la tolérance”, et les Turcs des Pays-Bas ne le permettront pas ». Et d’ajouter : « Nous allons traiter cette question avec nos amis à l’intérieur et à l’extérieur du parti. Nous avons besoin de calme, de stratégie et de diplomatie. Les institutions civiles, les hommes d’affaires et les Turcs en général se voient confier une énorme responsabilité. Si nous renforçons notre lobby, nous pouvons stopper cette proposition de loi dans sa phase initiale. »
Pendant ce temps-là, le lobby turc continue à pratiquer le chantage au génocide en direction des pays qui tentent de pénaliser le négationnisme anti-arménien. Après le chantage au “génocide algérien”, qui s’exerce contre la France, c’est maintenant la Belgique, où la pénalisation du négationnisme anti-arménien fait également débat, qui est visée.
En effet, le journal turc The Anatolian Times rapporte dans son édition du 2 juin qu’une résolution « pour la reconnaissance du génocide perpétré par la Belgique au Congo a été présentée au Parlement britannique ». Le Comité pour le Dialogue turco-britannique, qui est à l’initiative de cette résolution, appelle la Belgique « à reconnaître les massacres qu’elle a commis dans l’actuelle République Démocratique du Congo (anciennement nommée Congo belge et Zaïre) entre 1885 et 1908, et à demander pardon au peuple congolais ».
The Anatolian Times fait observer que les membres du Comité pour le Dialogue turco-britannique « ont eu une série de discussions avec des parlementaires britanniques, après qu’une résolution a été soumise au Parlement belge afin de sanctionner les individus qui nieraient le soi-disant génocide arménien ». Ils ont également rencontré Andrew Dismore, présenté comme « l’un des architectes de la résolution sur les allégations arméniennes ». Les membres du Comité ont affirmé à M. Dismore que « la tragédie de la guerre turco-arménienne était une tragédie mutuelle », qu’elle « ne pouvait pas être définie comme un génocide », et ont réclamé le soutien du parlementaire britannique pour une résolution « sur les massacres commis par la Belgique au Congo ».
Une étude détaillée a été menée, souligne The Anatolian Times, sur la base des documents officiels de la bibliothèque du Parlement britannique, et Andrew Dismore a présenté la résolution au Parlement le 24 mai dernier. 13 parlementaires britanniques ont signé en faveur de la résolution à ce jour, note le journal, qui précise qu’il en faut 50 pour inscrire le texte à l’ordre du jour du Parlement.
The Anatolian Times conclut en rappelant qu’en 1998, le Parlement belge a voté une résolution « condamnant le soi-disant génocide arménien et appelant la Turquie à le reconnaître ». Les membres du Comité pour le Dialogue turco-britannique ont estimé que la Belgique n’avait pas le droit de lancer de tels appels, et qu’elle devrait d’abord s’occuper de sa propre histoire.
EN BREF…
Ali Babacan, le ministre turc de l’Economie et chef-négociateur de la Turquie dans ses pourparlers avec l’Union européenne, a démenti selon Zaman avoir demandé le retrait de toute référence au système éducatif turc laïc dans le document présenté par Ankara à l’UE pour ses négociations dans le domaine de l’éducation. M. Babacan a précisé que la mention « le système éducatif turc est laïc » avait été rajoutée par le Secrétariat Général de l’UE après l’attaque contre le Conseil d’Etat, avant qu’il ne la retire lui-même. Mais selon la partie turque, « il n’y a jamais eu une telle expression dans le document officiel portant le cadre des négociations ». Des négociations sur l’éducation, la culture, la science et la recherche qui marqueront le véritable début des pourparlers d’adhésion. Coup d’envoi prévu en principe le 12 juin prochain.
Abdullah Demirbas, le maire kurde de Sur, dans la région de Diyarbekir, a comparu mardi 6 juin devant un tribunal, pour propagande en faveur du PKK. Membre du DTP (le Parti pour une Société Démocratique), le maire kurde a nié les charges retenues contre lui. « Je ne crois pas que dire que la Turquie est un pays multiculturel, avec des langues et des identités distinctes, revienne à promouvoir le séparatisme », a déclaré Abdullah Demirbas, selon le Turkish Daily News. En face, le procureur a souligné que les opinions du maire kurde étaient les mêmes que celles du PKK, et il a accusé M. Demirbas d’encourager l’utilisation de langues autres que le turc dans tous les travaux municipaux. S’il est reconnu coupable, Abdullah Demirbas risque jusqu’à trois ans de prison.
Les membres du gang ont été appréhendés lors d’un raid mené par la police dans une maison d’Eryaman, dans la banlieue d’Ankara. Butin saisi par les policiers : des explosifs, une bombe à retardement, des grenades, des bâtons de dynamite et une arme automatique. Et ce n’est pas tout : les enquêteurs ont également trouvé sur place des plans détaillés des domiciles de M. Erdogan et de son conseiller Cüneyt Zapsu, mais aussi un croquis – dont le quotidien Aksam a publié une copie – montrant le trajet qu’emprunte habituellement le Premier ministre, lorsqu’il se rend de son domicile au district de Keçiören, ainsi qu’un plan des magasins de la chaîne de supermarchés BIM, propriété de M. Zapsu.
Selon le quotidien Vatan, le raid de la police a fait suite à un e-mail envoyé à la police d’Ankara, fournissant des informations sur l’existence de ce gang, que ses propres membres ont baptisé “Guerilla Atabey”. Sans que l’on sache vraiment quel est le but de ce gang, on apprend malgré tout dans Vatan que des cartes de Turquie et un serment à vocation ultranationaliste ont été également trouvés dans la maison perquisitionnée. « En tant que membres de la Guerilla Atabey, lit-on dans le serment, nous resterons fidèles à notre nation. En toutes circonstances, nous défendrons les intérêts de notre nation et de son peuple jusqu’au dernier moment, et nous protégerons le drapeau glorieux qui nous a été confié’ jusqu’à la dernière goutte de notre sang. »
Au total, sur la dizaine d’individus appréhendés lors du raid policier, la justice turque a déjà inculpé trois officiers de l’armée et un civil, pour préparatifs d’attentat contre la personne du Premier ministre. Ils sont accusés de détention d’explosifs et de formation d’un gang ayant pour but de rompre l’unité du pays. Ils risquent jusqu’à 15 ans de prison, s’ils sont reconnus coupables des faits qui leur sont reprochés.
Mais ces interpellations ont donné lieu à une polémique entre la police et l’armée, cette dernière reprochant à la police de ne pas l’avoir informée de la détention des officiers militaires. Selon Radikal, à la police d’Ankara qui affirme avoir informé l’armée « dès lors qu’il est apparu clairement que les suspects étaient des militaires », l’armée a répondu par un communiqué publié samedi 3 juin, dans lequel elle déplore avoir pris connaissance de ces arrestations par les médias le lendemain. Radikal ajoute que le porte-parole de la police, Ismaïl Çaliskan, a démenti toute tension entre la police et l’armée sur l’arrestation du gang, soulignant que l’enquête est menée « en coordination » entre la police et l’armée.
Par ailleurs, selon Hürriyet, les procureurs militaires ont découvert que deux chefs de la police avaient identifié et suivi le groupe de malfaiteurs depuis six mois, et n’avaient pris aucune mesure contre lui. Toujours selon les procureurs militaires, les individus formant ce groupe se sont séparés en avril 2006, sans avoir fait quoi que ce soit, autrement dit deux mois environ avant le raid de la police. A noter que les suspects seront jugés séparément par un tribunal militaire, pour « recel et détournement de matériel militaire ».
La presse turque a donc révélé le caractère ultranationaliste de ce gang baptisé “Guérilla Atabey”. Le porte-parole de la police a beau avoir démenti que les individus appréhendés fomentaient un complot contre le Premier ministre et des personnalités politiques qui lui sont proches, il paraît difficile d’accorder quelque crédit à ses déclarations, au regard des documents trouvés durant l’opération policière. Le quotidien Zaman affirme même que les membres du gang « n’ont pas nié leur projet d’attaquer le Premier ministre Erdogan et son conseiller politique Cüneyt Zapsu ». Vatan livrait même en fin de semaine dernière une information assez troublante, selon laquelle l’un des individus arrêtés travaillait dans les bureaux mêmes du Premier ministre à Ankara.
Par ailleurs, lorsque ces interpellations surviennent deux semaines à peine après la tuerie du Conseil d’Etat, la question se pose de savoir s’il y a un lien entre ces deux affaires. Et là aussi, la police est catégorique : à ce jour, pas de preuve accréditant l’hypothèse d’une connexion.
A voir. Ce n’est pas ce qui ressort, en tout cas, des révélations de la presse turque. Toujours selon Vatan, l’e-mail informant la police d’Ankara de l’existence du gang mentionnait la présence dans l’appartement perquisitionné d’« explosifs liés à l’attaque contre le Conseil d’Etat ». Le même quotidien Vatan rapporte également le témoignage des voisins de l’appartement utilisé par les membres du gang Atabey : « Ils s’y sont installés il y a trois ou quatre mois. Nous ne les voyions que lorsqu’ils donnaient leurs ordures au concierge. Ils ne dérangeaient personne. Ils se tenaient à l’écart. » Des habitants du quartier ont ajouté que « de nombreuses personnes portant des sacs entraient et sortaient, spécialement la nuit ».
Dans la foulée de l’attentat contre le Conseil d’Etat, les éditorialistes de la presse turque se répandent bien évidemment en commentaires abondants. Ergun Babahan, du quotidien Sabah, tente une réflexion sur le traitement par la presse de cette affaire. Il note que certains chroniqueurs, en Turquie, ont repris à leur compte le mot de l’ancien président Süleyman Demirel, qui a évoqué un « incident isolé » pour qualifier cette affaire. Volontiers ironique, le chroniqueur de Sabah écrit : « Nos vies sont remplies de ces “événements isolés”. Semdinli était un “événement isolé”. L’assassinat d’Abdi Ipekçi l’était, aussi. Et que dire de l’attentat à la bombe à l’Université d’Istanbul ? Un événement isolé, également. Et les incidents à Kahramanmaras et Çorum ? Tous totalement isolés ! ».
« Tous les morts de ces incidents ont péri en victimes isolées, poursuit-il. C’est pourquoi personne ne leur a porté d’attention. Et maintenant, notre pays est devenu le royaume des gangs d’individus isolés. » Pour le journaliste, c’est le prix à payer pour le silence observé lorsque l’injustice devient la règle plutôt que l’exception.
Ergun Babahan critique sévèrement ceux qui font passer l’affaire du gang Atabey comme une machination simplement destinée à créer une tension entre les forces armées turques et l’administration. Il rappelle à ses lecteurs que les individus formant ce type de gangs ne cherchent qu’une chose : « créer un climat dans lequel personne n’est inquiété pour ses activités illicites ».
Du coup, le chroniqueur avertit ceux qui font passer des gangs comme la Guérilla Atabey pour des “exemples isolés”, qu’ils laissent en réalité l’image de gens soutenant ces gangs. Et il se lance pour conclure dans une critique en règle de la manière dont la presse turque couvre ce genre d’événements sur la durée : « Le premier jour, les informations sur le gang sont dans les premières pages. Le lendemain, on les renvoie aux dernières pages, alors que les critiques visant la police qui a arrêté le gang sont mises en début de journal. » Dernière pique envoyée à ses confrères et consœurs : « Si seulement ceux qui parlent de ces “événements isolés” attachaient un petit peu plus d’importance aux problèmes de société, il serait beaucoup plus facile de créer un climat démocratique qui consacrerait la suprématie de la justice. »
Cette suprématie de la justice, Hürriyet s’y attarde sous la plume d’Oktay Eksi. Revenant sur l’affaire du gang Atabey et le climat ambiant régnant dans le pays, le journaliste souligne que si la Turquie a vu « beaucoup de complots visant à renverser des gouvernements », la tuerie du Conseil d’Etat, selon lui, a incroyablement élargi en très peu de temps le spectre des suspects, lequel s’étend à présent « des extrémistes religieux aux plus patriotes des kémalistes ».
Dans ce contexte troublé, le chroniqueur appelle l’armée à « ne pas ignorer » l’attraction que suscite chez certains de ses jeunes membres ce type d’activités illicites. « Pour autant qu’il faille maintenir en haute estime nos forces armées, écrit-il, si celles-ci ignorent ces groupes, cette estime finira un jour par s’effondrer. (…) Or, ce que nous attendons de nos forces armées, c’est précisément de conserver ce principe de suprématie de la justice, que le général Hilmi Özkök a tenté de maintenir pendant son mandat de chef d’état-major. »
Une armée dont le rôle semble plus que trouble dans cette affaire. Outre le fait que trois des individus appréhendés en sont issus (deux en activité et un ancien de la maison), Ergun Babahan, toujours dans Sabah, fait observer que les explosifs et les armes saisis par la police sont du même type que ceux utilisés lors de l’attaque contre le Conseil d’Etat. Par ailleurs, ajoute le journaliste de Sabah, les bombes utilisées le mois dernier pour l’attaque contre le journal Cumhuriyet – dont les auteurs sont impliqués aussi dans la tuerie du Conseil d’Etat – provenaient des stocks d’armes de l’armée.
Parmi les personnes arrêtées, c’est justement un militaire, le capitaine Murat Eren, qui retient tout particulièrement l’attention avec son témoignage. Ou plutôt ses témoignages. En effet, comme le soulignent Vatan et Sabah, l’un des principaux inculpés a dû être interrogé séparément par les procureurs civils et militaires. Et il en ressort des contradictions plus que troublantes.
Aux procureurs civils, Murat Eren a déclaré que le gang conservait ses explosifs en vue de combattre le PKK. « Nous avions développé notre propre stratégie de lutte contre eux », a-t-il confié. Mais il a démenti que le gang ait jamais eu l’intention d’utiliser ces explosifs contre la chaîne de magasins possédés par Cüneyt Zapsu, le conseiller de M. Erdogan. « Nous n’approuvions pas l’attitude du propriétaire de ces magasins. C’est vrai, je voulais que BIM (le nom de la chaîne de magasins) aille à la faillite. Tout ce que nous avons fait, c’est de demander à notre entourage de ne pas s’approvisionner dans ces magasins. »
Interrogé également par les procureurs militaires, Murat Eren n’a pas joué la même partition que devant les procureurs civils, comme le souligne Vatan. Selon le quotidien, le capitaine Eren voyait en Zapsu « un nationaliste kurde qui travaillait contre les intérêts de la Turquie ». « Nous avions décidé de faire entendre nos voix en mettant une bombe dans les magasins BIM, a déclaré Eren. J’en ai parlé à Erkut et Akkaya. Au départ, l’idée les a effrayés, et puis ils s’y sont ralliés. (…) Selon notre plan, après le plastiquage de deux ou trois magasins de la chaîne BIM, les gens auraient commencé à se demander pourquoi BIM était la cible de ces attaques, ce qui aurait conduit les médias à s’interroger sur Zapsu, lequel aurait peut-être fini par abandonner son poste de conseiller d’Erdogan. »
Branle-bas de combat, on le devine, au sein du gouvernement. Selon Sabah, l’enquête sur le gang Atabey était le sujet numéro un, cette semaine, à l’ordre du jour du Conseil des ministres. La plupart des questions furent adressées directement soit au ministre de la Justice Cemil Çiçek, soit au ministre de l’Intérieur Abdülkadir Aksu, lequel a déclaré que la police n’était pas responsable des fuites communiquées le jour même de son raid dans l’appartement du gang Atabey. A la question de savoir qui était intéressé à tenir les médias informés des développements de l’affaire, les ministres ont considéré selon Sabah qu’il s’agissait là d’une « tentative de dresser différentes composantes de l’Etat l’une contre l’autre ».
Pour les ministres du cabinet Erdogan, « ce type d’incident, qui vise à déstabiliser la Turquie, ne doit pas être toléré ». Questionné sur les tensions rapportées entre la police et l’armée autour des interrogatoires des militaires membres du gang Atabey, le ministre de la Justice, Cemil Çiçek, a déclaré que l’Etat turc est « dirigé sur la base d’une Constitution ». « Les responsabilités et les prérogatives de chacune des composantes et organisations de l’Etat sont claires, a souligné M. Çiçek. Les frontières tracées autour de certaines responsabilités sont claires. »
Tel est en tout cas le credo que soutient le ministre de la Justice. Si l’on lit, en revanche, les conclusions du rapport du Centre d’études européennes sur la sécurité, qui a trait aux relations entre les civils et l’armée en Turquie, on s’aperçoit une nouvelle fois que l’armée tient un rôle trop envahissant dans la société. Ce droit de regard des militaires sur la vie politique va « à l’encontre d’un contrôle démocratique de l’armée et est par conséquent un obstacle à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ».
A un an des élections présidentielles, pour lesquelles M. Erdogan pourrait se porter candidat, et au moment où doivent s’ouvrir – en principe le 12 juin prochain – les pourparlers d’adhésion avec l’Union européenne, la tuerie du Conseil d’Etat et l’attentat déjoué contre le Premier ministre, qui viennent s’ajouter à l’affaire de Semdinli et à d’autres provocations semblables, pourrissent singulièrement le climat politique en Turquie. La multiplication de ces gangs – cinq en sept mois, fait observer Zaman – semble tomber à point nommé pour ceux qui voudraient tuer dans l’œuf les ambitions présidentielles du Premier ministre et faire capoter le processus d’intégration européenne de la Turquie.
Affaire du Conseil d’Etat : Ayhan Parlak s’est rendu, Muzaffer Tekin a été relâché.
Nouveau rebondissement, cette semaine, dans l’enquête sur la tuerie du Conseil d’Etat : Ayhan Parlak, suspecté d’être l’un des personnages-clés de l’affaire, s’est rendu à la police en fin de semaine dernière. Rappelons que Parlak, selon certaines sources, serait celui qui aurait transmis les instructions de Muzaffer Tekin, le probable chef du gang, à Alparslan Arslan, l’auteur de l’attentat. Or, selon l’avocat de Parlak, Osman Oghuzhan, la seule raison qui liait son client à Arslan était que ce dernier, avocat de profession, était le défenseur de son frère. Selon le Turkish Daily News, l’avocat de Parlak a démenti en outre la fuite de son client à l’étranger après l’attaque du Conseil d’Etat – une fuite que la presse turque faisait même remonter au lendemain de l’attaque à la bombe contre le journal Cumhuriyet.
Le quotidien Sabah rapporte pour sa part que Parlak affirme avoir rencontré Arslan lorsqu’il a fait de la prison en 2005 pour un autre délit. « J’ai demandé à mon frère aîné Ilhan Parlak de me trouver un avocat, a-t-il dit. Il m’a envoyé Alparslan Arslan. C’est comme cela que nous nous sommes rencontrés. J’avais demandé à l’époque à Arslan de prendre en charge mon divorce d’avec ma femme en Allemagne. Après ma sortie de prison, Arslan s’est occupé des affaires de mon frère. Toutes mes rencontres avec lui ne se sont déroulées que dans le cadre des relations avocat-client. Je ne l’ai pas vu depuis deux mois. J’ai appris l’attaque du Conseil d’Etat par la télévision, et je ne connais aucun des autres suspects qui ont été arrêtés. »
A ce jour, rappelons-le, ils sont cinq à être sous les verrous : Alparslan Arslan, l’auteur de l’attentat, ainsi que Ismaïl Sagir, Osman Yildirim, Tekin Irsi et Erhan Timuroglu, celui qui a révélé que les Arméniens d’Istanbul devaient être pris pour cible.
Ayhan Parlak, quant à lui, dément donc presque tout en bloc. Selon Radikal, il ne reconnaît – depuis sa cellule de la prison de Sincan, où il est détenu – qu’une seule conversation avec Muzaffer Tekin, le probable chef du gang. « C’était en novembre 2005, a-t-il déclaré. L’homme (comprenez Tekin) est un patriote, quant à moi je suis un nationaliste. Il n’y a aucun lien politique entre nous. »
Une version qui semble avoir bien du mal à tenir la route. Toujours selon Radikal, comme nous vous le rapportions la semaine dernière, les écoutes de portables pratiquées par la police ont laissé apparaître qu’entre novembre 2005 et mai 2006, Parlak et Arslan se sont parlés 67 fois, et Parlak et Tekin à 49 reprises. Radikal révèle en outre que « Parlak et Tekin étaient partenaires dans une société nommée Dogus, dont la partie juridique était prise en charge par Alparslan Arslan », autrement dit l’auteur de l’attentat contre le Conseil d’Etat.
La polémique n’a donc pas fini de s’amplifier, en Turquie, à plus forte raison depuis que Muzaffer Tekin – fortement suspecté d’être le chef du gang – a été relâché pour des raisons restées plutôt obscures. Un élargissement commenté par le Premier ministre Erdogan en ces termes : « Cela ne signifie pas que Tekin n’est plus un suspect. Ses relations, ses conversations téléphoniques et le fait qu’il se soit poignardé sont des éléments très intéressants. »
Ce commentaire de M. Erdogan a provoqué la colère de l’opposition. Le député CHP Kemal Anadol a reproché au Premier ministre de « s’ingérer dans le processus judiciaire, en violation de la Constitution ». « Lors d’une conférence de presse, écrit Radikal, Anadol a déclaré que l’administration a trompé le pays après l’attaque du Conseil d’Etat, affirmant que les propos du gouvernement sur la responsabilité de l’Etat profond ou de militaires dans l’attaque constituait une tentative de modifier le cours de l’enquête. »
Une enquête qui n’est décidément pas près d’apaiser le climat politique en Turquie, où les relations entre le camp islamiste du Premier ministre et les gardiens du temple kémaliste, représentés par l’Etat profond, risquent fort de se détériorer dans la période à venir, doublement marquée – comme nous l’avons dit tout à l’heure – par les négociations euro-turques et la perspective de l’élection présidentielle en Turquie.
Initiative anti-négationniste aux Pays-Bas, chantage turc au génocide congolais en Grande-Bretagne.
Après le report du vote le 18 mai dernier, au Parlement français, de la proposition de loi sur la pénalisation du négationnisme, les députés néerlandais tentent à leur tour de présenter un texte similaire. Zaman se fait l’écho de l’initiative des parlementaires du groupe Union chrétienne, qui compte trois sièges sur les 150 du Parlement des Pays-Bas. Une initiative soutenue par la Fédération arménienne des Pays-Bas et l’Organisation néerlandaise contre le racisme (la LBR).
Selon le quotidien turc, Mme Tineke Huizinga-Heringa, la députée qui a présenté la proposition de loi, a souligné que cette dernière n’entraverait pas les libertés de pensée et d’expression. Elle a ajouté que sa formation espérait recueillir le soutien des autres partis représentés au Parlement.
Mais la communauté turque ne l’entend bien évidemment pas de cette oreille, et sa voix se fait entendre jusque dans le Parlement, puisque Fadime Orgu, député d’origine turque du Parti Libéral, considère que cette initiative s’enlisera dans les travaux de la commission chargée d’examiner le texte. Fadime Orgu souligne que « le lobby arménien, qui cherche à gagner le soutien de l’opinion publique dans différents pays, essaie à présent de provoquer les Pays-Bas, “le pays de la tolérance”, et les Turcs des Pays-Bas ne le permettront pas ». Et d’ajouter : « Nous allons traiter cette question avec nos amis à l’intérieur et à l’extérieur du parti. Nous avons besoin de calme, de stratégie et de diplomatie. Les institutions civiles, les hommes d’affaires et les Turcs en général se voient confier une énorme responsabilité. Si nous renforçons notre lobby, nous pouvons stopper cette proposition de loi dans sa phase initiale. »
Pendant ce temps-là, le lobby turc continue à pratiquer le chantage au génocide en direction des pays qui tentent de pénaliser le négationnisme anti-arménien. Après le chantage au “génocide algérien”, qui s’exerce contre la France, c’est maintenant la Belgique, où la pénalisation du négationnisme anti-arménien fait également débat, qui est visée.
En effet, le journal turc The Anatolian Times rapporte dans son édition du 2 juin qu’une résolution « pour la reconnaissance du génocide perpétré par la Belgique au Congo a été présentée au Parlement britannique ». Le Comité pour le Dialogue turco-britannique, qui est à l’initiative de cette résolution, appelle la Belgique « à reconnaître les massacres qu’elle a commis dans l’actuelle République Démocratique du Congo (anciennement nommée Congo belge et Zaïre) entre 1885 et 1908, et à demander pardon au peuple congolais ».
The Anatolian Times fait observer que les membres du Comité pour le Dialogue turco-britannique « ont eu une série de discussions avec des parlementaires britanniques, après qu’une résolution a été soumise au Parlement belge afin de sanctionner les individus qui nieraient le soi-disant génocide arménien ». Ils ont également rencontré Andrew Dismore, présenté comme « l’un des architectes de la résolution sur les allégations arméniennes ». Les membres du Comité ont affirmé à M. Dismore que « la tragédie de la guerre turco-arménienne était une tragédie mutuelle », qu’elle « ne pouvait pas être définie comme un génocide », et ont réclamé le soutien du parlementaire britannique pour une résolution « sur les massacres commis par la Belgique au Congo ».
Une étude détaillée a été menée, souligne The Anatolian Times, sur la base des documents officiels de la bibliothèque du Parlement britannique, et Andrew Dismore a présenté la résolution au Parlement le 24 mai dernier. 13 parlementaires britanniques ont signé en faveur de la résolution à ce jour, note le journal, qui précise qu’il en faut 50 pour inscrire le texte à l’ordre du jour du Parlement.
The Anatolian Times conclut en rappelant qu’en 1998, le Parlement belge a voté une résolution « condamnant le soi-disant génocide arménien et appelant la Turquie à le reconnaître ». Les membres du Comité pour le Dialogue turco-britannique ont estimé que la Belgique n’avait pas le droit de lancer de tels appels, et qu’elle devrait d’abord s’occuper de sa propre histoire.
EN BREF…
Ali Babacan, le ministre turc de l’Economie et chef-négociateur de la Turquie dans ses pourparlers avec l’Union européenne, a démenti selon Zaman avoir demandé le retrait de toute référence au système éducatif turc laïc dans le document présenté par Ankara à l’UE pour ses négociations dans le domaine de l’éducation. M. Babacan a précisé que la mention « le système éducatif turc est laïc » avait été rajoutée par le Secrétariat Général de l’UE après l’attaque contre le Conseil d’Etat, avant qu’il ne la retire lui-même. Mais selon la partie turque, « il n’y a jamais eu une telle expression dans le document officiel portant le cadre des négociations ». Des négociations sur l’éducation, la culture, la science et la recherche qui marqueront le véritable début des pourparlers d’adhésion. Coup d’envoi prévu en principe le 12 juin prochain.
Abdullah Demirbas, le maire kurde de Sur, dans la région de Diyarbekir, a comparu mardi 6 juin devant un tribunal, pour propagande en faveur du PKK. Membre du DTP (le Parti pour une Société Démocratique), le maire kurde a nié les charges retenues contre lui. « Je ne crois pas que dire que la Turquie est un pays multiculturel, avec des langues et des identités distinctes, revienne à promouvoir le séparatisme », a déclaré Abdullah Demirbas, selon le Turkish Daily News. En face, le procureur a souligné que les opinions du maire kurde étaient les mêmes que celles du PKK, et il a accusé M. Demirbas d’encourager l’utilisation de langues autres que le turc dans tous les travaux municipaux. S’il est reconnu coupable, Abdullah Demirbas risque jusqu’à trois ans de prison.
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