Procès de journalistes, Système judiciaire turc, Capitale de la Culture, Turquie - Etats-Unis, Internet, en bref

Publié le par Famagouste

Procès des journalistes de Radikal et Milliyet : un goût d’inachevé.
Quatre sur cinq : la justice turque a abandonné les poursuites engagées contre quatre des cinq journalistes inculpés pour avoir critiqué dans leurs journaux respectifs la décision de justice sur le report de la conférence arménienne de septembre 2005. Rappelons que les cinq journalistes risquaient jusqu’à dix ans de prison, pour insulte au système judiciaire et tentative d’influencer le cours de la justice.
Ismet Berkan, rédacteur en chef de Radikal, Haluk Shahin et Erol Katircioglu, du même quotidien, ainsi que Hassan Cemal, de Milliyet, ne sont plus poursuivis au motif que la justice turque n’a pas établi le dossier d’accusation dans le délai requis de deux mois suivant la publication des articles incriminés. En revanche, la justice turque a décidé de poursuivre l’action judiciaire contre Murat Belge, chroniqueur au quotidien Radikal.
Dans la presse turque, on retiendra l’éditorial de Yusuf Kanli, dans le Turkish Daily News, qui exprime sa « tristesse » face à la décision de la justice turque. Il déplore que quatre des cinq inculpés doivent l’abandon des charges retenues contre eux au dépassement de ce délai de deux mois, et « non parce que le tribunal aurait considéré qu’ils n’ont commis aucun délit ». Quant au cinquième inculpé, Murat Belge, il fait toujours l’objet de poursuites, sur la base de l’article 301, au motif que son papier – en l’occurrence un appel lancé par les organisateurs de la conférence arménienne (dont il faisait partie) à la tenir malgré tout – était « une tentative illicite d’influencer le cours de la justice turque ». « Apparemment, écrit Yusuf Kanli, Belge a publié son article quelques jours après ses confrères, et du coup, son dossier d’accusation a pu être bouclé dans le délai requis de deux mois. » L’éditorialiste du Turkish Daily News dit sa crainte « de voir de nombreux autres intellectuels continuer à être traduits devant les tribunaux pour des motifs absurdes, si cet article 301 et les autres porteurs de cette mentalité étroite demeurent dans le Code pénal ».
« Pour certaines raisons difficiles à comprendre, souligne le journaliste, et en dépit de tous les avertissements lancés par les intellectuels, l’actuelle majorité parlementaire a introduit dans un Code pénal vieux de plus de 80 ans, pendant qu’elle le réformait, des dispositions qui ne devraient pas avoir la moindre place dans n’importe quelle démocratie en n’importe quel endroit de la planète. Je veux parler de ces articles litigieux du Code pénal, tels que le 301 ou d’autres, que le gouvernement s’était engagé avant et après la réforme du Code pénal à amender en cas de problème quant à leur application ».

Le système judiciaire turc dans la ligne de mire de l’UE.
Hans-Jörg Kretschmer, le chef de la Délégation de la Commission européenne en Turquie, a critiqué la manière dont la Turquie met en œuvre ses réformes du système judiciaire, soulignant que dans de nombreux cas, la liberté d’expression n’était pas respectée. S’il a bien qualifié, lors d’une conférence organisée à Ankara, de « mesure positive » l’adoption du nouveau Code pénal turc, M. Krestchmer a cependant fait valoir que celui-ci renfermait encore certains articles limitant la liberté d’expression. Principales cibles : l’article 301, qui sanctionne le délit « d’insulte à l’identité turque », et l’article 216, qui punit « l’incitation à la haine ». « La fréquence avec laquelle les juges et les procureurs appliquent ces articles distingue la Turquie des autres pays de l’Union européenne », a déclaré M. Kretschmer, selon l’agence Anatolie.
« Nous observons que certains juges n’ont pas saisi l’esprit des réformes et instruisent des actions judiciaires sans respecter la liberté d’expression », a-t-il souligné, ajoutant que ces problèmes doivent être résolus durant le processus de négociations entre la Turquie et l’Union européenne. Les standards concernant l’indépendance et l’impartialité du système judiciaire, qui sont respectés par les pays membres de l’UE, doivent également être appliqués en Turquie, a indiqué Hans-Jörg Kretschmer.
Le chef de la Délégation de la Commission européenne en Turquie s’est exprimé à ce sujet au lendemain d’une intervention des avocats turcs, qui avaient reproché au gouvernement une influence trop grande du politique sur le judiciaire dans un certain nombre de dossiers. Le président de l’Association des Juristes turcs, Özdemir Özok, a accusé le gouvernement de « parti-pris » parmi les juristes, et affirmé que les sympathisants de l’AKP au pouvoir étaient injustement nommés à des postes gouvernementaux-clés. « L’appareil judiciaire n’a jamais été autant l’objet de suspicions et de critiques pour ses actions », a déclaré M. Özok, qui s’est plaint d’une politisation croissante du système judiciaire. De son côté, Kazim Kolcuoglu, le président de l’Association des Juristes d’Istanbul, a déploré que les procureurs soient incapables d’agir sans l’intervention et la pression de l’administration turque.

La culture, un tremplin vers l’adhésion à l’Union européenne.
Istanbul sur le point d’être choisi Capitale européenne de la Culture pour l’année 2010 ! Un jury de sept membres a recommandé mardi 11 avril à la Commission européenne de désigner Istanbul plutôt que les villes d’Essen en Allemagne ou de Pecs en Hongrie. « C’est un challenge passionnant non seulement pour Istanbul mais aussi pour la Turquie », a déclaré au Turkish Daily News Nuri Çolakoglu, le chef du Comité exécutif soutenant la candidature de la cité stambouliote. « L’année 2010 coïncide avec la dernière phase des négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, et la candidature d’Istanbul revient à promouvoir le visage moderne et européen de la Turquie. Je crois que la décision de faire d’Istanbul la capitale culturelle de l’Europe offrira une grande opportunité à la Turquie de prouver qu’elle reste plus que jamais attachée à ses aspirations européennes. »
Le jury a rejeté les candidatures d’autres villes en compétition, parmi lesquelles la capitale ukrainienne Kiev ou la cité allemande de Görlitz. Istanbul et Kiev étaient en concurrence, au titre de villes candidates ne faisant pas partie d’un pays membre de l’UE. Selon le Turkish Daily News, « le fait qu’Istanbul soit le berceau de nombreuses cultures et civilisations, ainsi que sa position entre l’Asie et l’Europe, sont les raisons majeures pour lesquelles le jury a préféré Istanbul à Kiev ».
La Commission européenne va soumettre à présent la recommandation du jury aux pays membres de l’UE, et c’est aux ministres de la Culture des « 25 » que le dernier mot reviendra en novembre prochain. Mais Nuri Çolakoglu a des raisons d’être optimiste, car comme il l’a lui-même rappelé, « le choix de la Commission européenne n’a jamais été différent durant ces vingt dernières années de la recommandation faite par le jury ».
Le Turkish Daily News souligne que la campagne pour la désignation de la ville d’Istanbul a déjà reçu le soutien du Premier ministre turc, des autorités municipales, des leaders religieux d’Istanbul (dont le Patriarche grec orthodoxe) et de nombreuses organisations non-gouvernementales. « La décision de faire d’Istanbul une capitale européenne de la culture en 2010 contribuera dans une large mesure à la promotion de la ville, a précisé M. Çolakoglu. Une série de travaux de rénovation prévus à Istanbul vont prendre un nouvel élan. »
Chaque année, différentes villes d’Europe sont désignées capitales de la culture. A Patras la grecque, choisie pour 2006, doivent succéder Luxembourg et Sibiu (Roumanie) en 2007, Liverpool et Stavanger (Norvège) en 2008, Linz (Autriche) et Vilnius (Lituanie) en 2009.
Le choix des ministres de la Culture de l’UE va être « très important », souligne Mehmet Ali Birand dans la rubrique “ Opinions ” du Turkish Daily News, car si Istanbul était désigné, « elle deviendrait une ville–hôte de grands congrès et rassemblements, et une impulsion décisive serait donnée au tourisme ». « Pour la première fois sur un tel sujet, écrit-il, les organisations de la société civile et les officiels de l’Etat ont bien coopéré. (…) Reste à présent à transformer Istanbul en véritable centre de la culture ! ».

Turquie – Etats-Unis : chronique d’une crise.
Dans un contexte encore durablement marqué par la visite-surprise, en février dernier, d’une délégation du Hamas à Ankara, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a envoyé à Washington deux de ses conseillers, Cüneyd Zapsu et Shaban Dishli, juste après l’annulation de la visite du chef de la diplomatie, Abdullah Gül, pour raisons de santé.
Mais ces rencontres de Washington n’ont pas apaisé les tensions entre les deux pays. Loin s’en faut ! Selon Fatih Altayli, de Hürriyet, Cüneyd Zapsu n’a pas franchement donné dans la dentelle sur le Hamas. « S’il y avait même une chance sur mille qu’ils changent, nous nous mettrions autour d’une table avec les terroristes ! ». Ce à quoi les Américains auraient répondu : « Cela veut-il dire que nous devrions discuter avec le PKK ? ». Réplique du conseiller de M. Erdogan : « Mais vous le faites, déjà ! ».
« Ce que Zapsu a dit n’est pas faux », a commenté le journaliste de Hürriyet. Néanmoins, Fatih Altayli critique le choix d’avoir envoyé Cüneyd Zapsu représenter la Turquie aux Etats-Unis. Et ce, pour deux raisons. La première est que Zapsu « n’utilise pas le langage diplomatique ». « Il dit certaines vérités, renchérit le journaliste de Hürriyet. Et comme il n’occupe pas un poste de responsable, il est libre de le faire. » Quant à la deuxième raison, plus importante aux yeux de Fatih Altayli, elle tient au fait que Zapsu « n’est pas aimé des Américains ». Depuis le refus par le Parlement d’Ankara, en mars 2003, de laisser passer par le territoire turc les troupes américaines qui devaient envahir l’Irak, Washington n’a « aucune sympathie » envers Cüneyd Zapsu, perçu au Département d’Etat et au Pentagone comme « un architecte de la politique turque ». « A un moment où nos relations connaissent un creux historique, écrit Hürriyet, envoyer quelqu’un comme Zapsu ne peut que tirer ces relations vers le bas. Et voilà où nous en sommes à présent ! ».
Pour Asli Aydintashbash, chroniqueur au quotidien Sabah, « la crise turco-américaine, devenue chronique, notamment après la visite du Hamas et la sortie du film Irak, la Vallée des Loups, ne peut être résolue par l’envoi d’un conseiller ».
Un conseiller dont les propos tenus aux Etats-Unis ne feront que jeter de l’huile sur le feu. A leur retour, Cüneyd Zapsu et Shaban Dishli ont publié un communiqué, dans lequel ils disent avoir souligné durant leurs entrevues que le Hamas et le PKK ne pouvaient être mis dans le même sac : « le premier, ont-ils fait observer, a remporté une élection en Palestine, alors que le second est une organisation terroriste responsable de l’assassinat de milliers de soldats et d’officiers de police ».
Ce n’est pas tout. Aux Etats-Unis, les conseillers de M. Erdogan ont tenté à leur manière d’alléger la pression exercée par Washington sur le Premier ministre turc. « Nous allons rester au pouvoir pour six ou sept années de plus, a dit M. Zapsu à Washington. Le Premier ministre m’a envoyé pour clarifier certaines questions. Vous devriez savoir comment utiliser cet homme [comprenez Erdogan]. Utilisez-le au lieu d’exercer une pression pour le déloger du pouvoir ! ».
En Turquie, Deniz Baykal, le chef de l’opposition, crie à l’irresponsabilité des autorités. « Le Premier ministre vend la Turquie et maintenant son conseiller vend le Premier ministre lui-même », ironise le chef du CHP. Mehmet Dülger, le président de la Commission des Affaires étrangères au Parlement, s’est dit « très peiné » par les remarques de M. Zapsu. « Je ne peux accepter ces propos sur “ l’exploitation du Premier ministre ” ! », a-t-il ajouté.
Des déclarations qui ont provoqué des remous jusque dans les rangs de l’AKP. « Pourquoi Zapsu est-il allé là-bas et avec ce titre ? C’est notre droit d’être informés », a protesté le député Ertughrul Yalçinbayir, selon Milliyet.
Et ce n’est pas le voyage cette semaine à Ankara de Robert Wexler, l’un des membres les plus influents des lobbies juif et pro-turc au Congrès américain, qui risque d’apaiser les tensions américano-turques. M. Wexler a exprimé la « déception » des Etats-Unis quant à la visite du Hamas à Ankara, ajoutant que les amis de la Turquie ne comprenaient pas quels intérêts nationaux cette invitation du gouvernement turc au Hamas pouvait bien servir. « Il ne saurait y avoir aucune justification à la rencontre avec une organisation terroriste, a affirmé M. Wexler. Je crois que chaque Turc sait, au fond de lui, ce qu’est le Hamas. Et pourquoi chaque Turc saurait-il ce qu’est le Hamas ? Parce que vous avez été victimes du terrorisme. Ce n’est pas en Amérique que 35 000 personnes en ont été victimes, mais en Turquie que 35 000 personnes ont été tuées. Et cela continue. »
L’allusion au PKK est claire. Mehmet Ali Birand résume on ne peut mieux, dans la rubrique “ Opinions ” du Turkish Daily News, l’impasse dans laquelle sont plongées aujourd’hui les relations américano-turques. Face aux interrogations des Américains sur le sens à donner à la visite du Hamas à Ankara, la partie turque rétorque à Washington que les Etats-Unis ont bien reçu récemment le maire kurde de Diyarbekir Osman Baydemir. « Comment se fait-il que vous receviez officiellement une personne qui soutient le PKK ? », demande Ankara à Washington. Réponse des Américains : « Mais Baydemir est un homme politique élu. Et c’est à ce titre que nous l’avons reçu. » Réplique attendue d’Ankara : le Hamas aussi, comme Baydemir, a été élu. « Même le Parti pour une Société démocratique (le DTP kurde) a mis cet exemple en avant, souligne le journaliste, demandant à Erdogan pourquoi un Premier ministre qui a reçu le Hamas ne rencontre pas les Kurdes du DTP. »
« Mon terroriste est bon, le tien est mauvais ! » : voilà comment Birand décrit « le cercle vicieux » dans lequel s’enfoncent les relations entre Ankara et Washington. « Chacun a une définition différente de ce qu’est un terroriste. On en arrive presque au point où l’on dit : “ Si vous regardez d’un œil amical la personne que je nomme un terroriste, je traiterai comme des amis les gens que vous considérez comme des terroristes ”. Comme vous le voyez, personne n’est honnête. Chacun agit en fonction de ses propres intérêts. »

Internet pour contrer les « allégations arméniennes ».
Le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gül, a affirmé en réponse à une question d’un député de l’opposition que les efforts de son ministère pour « réfuter via Internet les allégations arméniennes sur le génocide » attiraient de plus en plus l’attention des visiteurs. Abdullah Gül a souligné, selon le Turkish Daily News, que la campagne d’information menée par son ministère visait à « fournir des informations historiques factuelles au monde entier » sur cette question.
Il a ajouté que les Parlements de 18 pays avaient adopté des résolutions reconnaissant ce « soi-disant génocide », et qu’Ankara avait fait part à ces pays de sa réaction négative par les canaux diplomatiques. Le chef de la diplomatie turque a même rappelé qu’en représailles, certaines actions prévues avec ces pays ont été suspendues par Ankara.
Abdullah Gül a précisé enfin que son ministère suivait « toutes les publications soutenant les thèses arméniennes ». « Il y a plus d’un million de sites Web en d’autres langues que le turc sur la question arménienne, a souligné M. Gül. Si l’on tient compte des efforts déployés par la Diaspora arménienne pour diffuser sa propagande dans presque toutes les langues, cela prendra beaucoup de temps pour déterminer le nombre exact des publications existant dans d’autres langues que le turc. Il y a approximativement 450 000 sites Web qui soutiennent les thèses arméniennes et les diffusent dans différentes langues, et notamment en anglais, français, allemand, italien et espagnol. »
Le Turkish Daily News rappelle enfin que l’an dernier, la Turquie a proposé à l’Arménie « la création d’une commission mixte composée d’experts turcs et arméniens, en vue d’étudier les allégations arméniennes ». La proposition de M. Erdogan, explique le quotidien turc, a été rejetée par Robert Kotcharian, qui a suggéré « l’établissement d’une commission intergouvernementale afin d’explorer les moyens de résoudre l’ensemble des problèmes entre les deux pays ».

EN BREF…
- Ararat sera diffusé finalement à la télévision turque : suite au sondage dont nous vous avions parlé la semaine dernière, les dirigeants de la chaîne privée Canal Türk ont décidé de diffuser jeudi 13 avril le film d’Atom Egoyan. La veille, un responsable de la chaîne annonçait officiellement que « le film va être diffusé sans coupure ni censure ». De son propre aveu, ce sont les 72% de sondés favorables à la diffusion qui ont fait pencher la balance du bon côté.
- La FIFA (la Fédération internationale de football) a rejeté l’appel formé par la Turquie et un joueur suisse en réponse aux sanctions qui avaient été prises le 7 février dernier, après les incidents graves survenus à l’issue du match Turquie-Suisse qualificatif pour la Coupe du Monde. Rappelons les sanctions décidées par la FIFA : les six prochains matches officiels de la Turquie prévus à domicile seront disputés à huis clos, un an de suspension pour l’entraîneur-adjoint de la sélection nationale turque, plus six matches de suspension pour trois joueurs turcs et un joueur suisse, deux matches pour le kinésithérapeute suisse et un autre joueur turc, ainsi que des amendes pour tous les suspendus. Le vice-président de la Fédération turque de Football, Kemal Kapulluoglu, s’est dit « choqué par cette décision » et a fait savoir, selon l’agence Anatolie, que les dirigeants turcs la contesteraient auprès du Tribunal Arbitral du Sport.
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article