Visite du Hamas, en bref

Publié le par Famagouste

La visite du Hamas à Ankara : une bombe à retardement.

Le sujet domine l’actualité turque depuis deux semaines : la visite-surprise d’une délégation du Hamas à Ankara a suscité une avalanche de réactions dans les milieux politiques et les médias turcs. Rarement depuis un an – si l’on excepte les sommets de Bruxelles et de Luxembourg, ainsi que la conférence arménienne d’Istanbul – un sujet aura autant dominé l’actualité turque.
Au cœur de la polémique : l’invitation adressée par la Turquie à une délégation du Hamas, conduite par un de ses dirigeants en exil, Khaled Mashaal. Lequel a indiqué à Téhéran, l’étape suivante de son voyage, que le Hamas tirerait profit de l’expérience turque, en particulier sur les questions de gouvernance et de progrès économique et culturel. « Mais je dois dire que chaque pays retire les bienfaits de la démocratie en fonction de son environnement culturel propre et des caractéristiques de sa nation », a déclaré M. Mashaal, selon l’agence Anatolie.
Cette initiative d’Ankara a été plutôt mal accueillie en Turquie, où Deniz Baykal, le chef de la principale force de l’opposition, le CHP, a estimé que la politique étrangère de la Turquie avait perdu de sa crédibilité avec cette visite du Hamas à Ankara. Le CHP et d’autres mouvements politiques reprochent notamment à M. Erdogan d’avoir arrangé la visite avec son conseiller en chef sur les questions internationales, Ahmet Davutoglu, dans le dos du ministère des Affaires étrangères.
En Israël aussi, pour d’autres raisons, cette visite-surprise de la délégation du Hamas à Ankara a provoqué une vive réaction. Raanan Gissin, un porte-parole du gouvernement, a déclaré qu’elle causerait un tel préjudice aux relations bilatérales qu’il serait difficile de réparer les dégâts. Tel-Aviv a comparé ces discussions entre la Turquie et le Hamas à une rencontre qui aurait lieu entre des officiels israéliens et le leader kurde Abdullah Öcalan, le chef du PKK en prison depuis sept ans en Turquie.
Puis l’ambassadeur d’Israël en Turquie, Pinhas Avivi, a refusé de répondre à l’invitation de Bozkurt Aran, du ministère turc des Affaires étrangères, pour un briefing sur la visite en Turquie de la délégation du Hamas. M. Avivi a décliné l’invitation, sur ordre du ministère israélien des Affaires étrangères.
Selon Cumhuriyet, après avoir informé les Etats-Unis, l’Union européenne, les Nations unies et la Russie des détails de la visite de la délégation du Hamas à Ankara, le ministère turc des Affaires étrangères s’est donc heurté au refus d’Israël d’accepter toute offre de briefing, l’ambassadeur israélien à Ankara motivant cette fin de non-recevoir en ces termes : « Le Hamas a dit qu’il ne déposerait pas les armes. Il est clair que l’initiative de la Turquie est un échec. Par conséquent, le briefing est inutile. »
Il a fallu une rencontre entre M. Avivi et des responsables de l’AKP pour désamorcer les tensions entre Israéliens et Turcs. Selon le Turkish Daily News, l’ambassadeur d’Israël en Turquie a jugé « très positive » l’entrevue qu’il a eue, au siège de l’AKP au pouvoir, avec les vice-présidents du parti, Akif Gülle et Shaban Dishli. « La rencontre a permis de passer en revue les bonnes relations actuelles entre les deux pays, a déclaré Akif Gülle. Les deux parties ont indiqué que les liens israélo-turcs ne seraient pas affectés par les commentaires faits par certains médias. »
Pour preuve, la réaction du ministre turc de la Défense, Vecdi Gönül, qui a affirmé dimanche 26 février que cette visite du Hamas n’aurait pas d’incidence négative sur les relations israélo-turques en matière de défense. Le projet de modernisation par l’armée israélienne de tanks M-60 destinés à la Turquie ira normalement jusqu’à son terme, a-t-il indiqué, selon le Turkish Daily News. Il a même ajouté que la production de ces tanks débuterait à Kayseri au plus tard cet été.
Par ailleurs, le président turc Ahmet Necdet Sezer doit effectuer une visite officielle en Israël l’été prochain, et d’autres hauts responsables turcs, comme le ministre de l’Agriculture Mehdi Eker, ont prévu de se rendre en Israël, dans un avenir proche, pour y rencontrer leurs homologues israéliens.
Le Premier ministre turc, quant à lui, a soutenu la décision de son gouvernement d’engager des discussions avec le Hamas, soulignant selon le Turkish Daily News que la Turquie ne pouvait pas rester indifférente au conflit du Moyen-Orient et que les responsables du Hamas avaient reçu les messages qu’ils devaient recevoir durant les pourparlers. « La Turquie ne peut se contenter du rôle de spectateur », a déclaré M. Erdogan, rappelant les siècles de domination ottomane sur cette région du monde.
Il a ajouté que le résultat des élections palestiniennes avait créé une situation nouvelle qui, bien mise à profit, pouvait ouvrir de nouveaux horizons pour la paix au Moyen-Orient. « J’appelle les deux parties concernées et la communauté internationale tout entière à bien évaluer le contexte qui émerge de ces élections, et à transformer cette situation en opportunité pour la paix », a déclaré M. Erdogan.
Le Premier ministre turc a répliqué aux critiques d’Israël, en émettant à son tour des réserves sur la décision de Tel-Aviv d’imposer des sanctions économiques aux Palestiniens pour avoir porté le Hamas au pouvoir, précisant que la nouvelle direction palestinienne ne devait pas être ramenée à la raison par des moyens économiques. Dimanche 19 février, en effet, Tel-Aviv annonçait l’arrêt du transfert tous les mois des 40 millions d’euros récoltés en revenus fiscaux pour l’Autorité palestinienne, soulignant que les dirigeants israéliens ne traiteraient pas avec un gouvernement dominé par le Hamas. « Si l’on tente de domestiquer cette nouvelle structure par des moyens économiques, on ne peut pas appeler cela une démocratie, a déclaré M. Erdogan. Cela serait une démocratie sous contrôle, ce qui serait une marque d’irrespect vis-à-vis du peuple palestinien. »
Mais cette visite du Hamas a suscité également les critiques du PKK, qui en a profité pour appeler la Turquie à engager un dialogue, accusant Ankara de pratiquer la politique du deux poids deux mesures en menant des pourparlers avec le Hamas. « N’est-ce pas du sang que l’on verse dans le combat entre l’armée turque et le mouvement pour la liberté du Kurdistan, à l’image du conflit israélo-palestinien ? », a déclaré Murat Karayilan, un haut commandant du PKK, dans une interview accordée à l’agence pro-kurde Firat. « Pourquoi Abdullah Gül ne fait-il pas des efforts pour arrêter le bain de sang dans son propre pays ? N’y a-t-il pas là une contradiction ?, s’est-il interrogé. Peut-être est-ce parce que les Kurdes n’ont pas mené autant d’attaques suicides que le Hamas. C’est un deux poids deux mesures ! ». Murat Karayilan croit pourtant que la perspective d’un dialogue entre Ankara et le PKK n’est pas une vue de l’esprit. « Ils parleront avec nous. Nous sommes un peuple, nous sommes une réalité. Ils ont beau refuser de nous parler aujourd’hui, mais tout refus équivaut à une perte de temps », a affirmé le responsable du PKK.
Interrogé par une chaîne de télévision privée turque, sur la comparaison faite par Israël entre le PKK et le Hamas, le chef de la diplomatie turque Abdullah Gül a déclaré selon Milliyet qu’il n’était « pas vexé, mais plutôt en colère ». « La Turquie est-elle un occupant sur sa propre terre ? Cette comparaison est apparue à cause des élections israéliennes. (…) Mais la partie israélienne a agi de façon honnête, car cette comparaison n’est pas apparue dans les médias israéliens. C’est en Turquie qu’elle a été établie. Je vois que la presse turque se laisse manipuler par les services et les diplomates étrangers », a déclaré Abdullah Gül.
Une accusation qui n’a pas laissé la presse turque indifférente. Dans son éditorial du Turkish Daily News du 24 février dernier, Yusuf Kanli rejette les critiques formulées par le ministre des Affaires étrangères. « Nous pensons qu’inviter le Hamas en Turquie avant la création d’un gouvernement en Palestine et avant sa renonciation à la violence était une erreur, écrit l’éditorialiste. Cela ne nous empêche pas de reconnaître que c’était une décision politique majeure de la part du gouvernement, laquelle a pu être dictée par d’autres développements dont nous n’avons aucune idée à ce stade, et dont le résultat final pourrait bien dissiper nos inquiétudes. Mais tant que nous ne savons rien des calculs qui se trament derrière cette invitation, tant que nous ignorons quels sont les intérêts de la Turquie que cette visite pourrait servir, pourquoi nous les médias turcs devrions-nous nous abstenir de critiquer ce que nous percevons comme une évolution dangereuse ? ».
Dans la presse turque, les commentaires vont bon train. Dans le quotidien Radikal, Nuray Mert tente de jauger la crédibilité de l’initiative turque. Faisant allusion à la polémique lancée autour de cette invitation, qui aurait été adressée à l’initiative du seul Ahmet Davutoglu, conseiller de M. Erdogan, Nuray Mert se demande s’il est possible pour le parti au pouvoir ou pour l’un de ses conseillers d’inviter le Hamas en Turquie de son propre chef.
« Et que dire de plus, écrit Nuray Mert, quand le parti au pouvoir subit une pression si forte des Etats-Unis : est-ce possible de s’engager dans des actions de défiance à l’égard de la politique étrangère américaine ? ». « Naturellement, poursuit Nuray Mert, l’AKP au pouvoir va tenter de présenter cette initiative comme un succès politique. Les milieux gouvernementaux et leurs sympathisants vont tenter d’en faire une initiative pour le Proche-Orient. Mais ce point de vue a du mal à être crédible, quand la Turquie cède sous la pression américaine au point d’annuler un voyage de vacances en Turquie du président syrien Bachar El-Assad. »
Deuxième élément, selon Nuray Mert, qui remet en question la crédibilité de l’initiative turque à l’égard du Hamas : « Pour pouvoir encourager le Hamas à suivre la voie de la démocratie, écrit Nuray Mert dans Radikal, il faudrait que la Turquie soit effectivement en position de le faire ». Traduction : pour pouvoir accompagner un processus démocratique si difficile, il faudrait que la Turquie soit elle-même une démocratie. « Or, en toute franchise, la réponse est non », écrit Nuray Mert.
D’autant que la Turquie n’a pas l’expérience d’une médiation, selon le chroniqueur de Radikal. « L’AKP peut-il développer son sens de la médiation grâce à sa culture islamique ? Non, répond Nuray Mert. Parce que le cabinet Erdogan est sous la pression américaine, et ne donne aucune indication laissant entrevoir qu’il est capable de s’en défaire. Les Etats-Unis pourraient vouloir utiliser l’AKP au Moyen-Orient en jouant sur leur expérience de la culture islamique, mais dans le cas présent, appelons un chat un chat et arrêtons de prétendre qu’il s’agit d’une “ initiative ”. »
« La Turquie pourrait payer un prix élevé pour ses initiatives lancées à l’aveuglette au Moyen-Orient, conclut Nuray Mert. Si elle veut faire quelque chose pour la paix dans la région, le mieux serait de garder une certaine distance vis-à-vis de la politique étrangère américaine. »
Cüneyt Ülsever, dans la rubrique “ Opinions ” du Turkish Daily News, fait observer en outre que Khaled Mashaal, qui s’est rendu à Ankara, est le leader de la branche militaire du Hamas. « C’est une organisation qui s’inscrit dans la politique moyen-orientale de l’Iran, menée avec l’aide de la Syrie, juste comme le Hezbollah. Mashaal est un leader financé par l’Iran et protégé par le Parti Baas au pouvoir en Syrie », écrit le chroniqueur turc. « Or, ajoute-t-il, l’Iran, tout comme les têtes pensantes de l’AKP en Turquie, rêvent d’une chose : devenir le leader au Moyen-Orient. Pour y parvenir, ils tentent de rallier le soutien de l’étoile qui monte en ce début de XXIe siècle, l’axe Chine-Inde-Russie. La Turquie et l’Iran sont adversaires au Moyen-Orient, et le Hamas est du côté de notre opposant. Sans compter, conclut Cüneyt Ülsever, que l’Iran est également l’ennemi de l’axe Etats-Unis – Union européenne, dans lequel la Turquie affirme vouloir s’inscrire. »
Dans son éditorial du Turkish Daily News, Yusuf Kanli n’est pas forcément moins sévère avec les dirigeants turcs. M. Erdogan ayant déclaré qu’Ankara n’avait besoin de la bénédiction de personne pour contribuer à la paix régionale dans le cadre du projet américain de Grand Moyen-Orient, Yusuf Kanli en déduit que le Premier ministre dit à ses opposants, à propos de la visite du Hamas : « Mêlez-vous de ce qui vous regarde, je n’ai pas l’intention de vous écouter ! ». Or, souligne l’éditorialiste, le gouvernement de l’AKP « est accusé en Turquie comme à l’étranger de trahir l’alliance internationale contre le terrorisme et de porter atteinte au prestige de la Turquie, en faisant de ce pays le premier à être visité par le groupe islamiste radical (donc le Hamas) après sa victoire électorale en Palestine ».
Rappelant l’embarras causé au ministère turc des Affaires étrangères par les déclarations israéliennes sur une hypothétique rencontre avec le chef du PKK Abdullah Öcalan, le journaliste tente de mettre en exergue les différences entre le PKK et le Hamas. « Le premier, écrit Yusuf Kanli, est un gang terroriste séparatiste qui tente de réaliser ses objectifs politiques par le recours à la violence ; le second utilise le terrorisme pour faire triompher les droits inaliénables du peuple palestinien, y compris celui de créer un Etat indépendant avec Jérusalem pour capitale. » Et lorsque Murat Karayilan, du PKK, demande à Ankara de dialoguer avec le PKK comme avec le Hamas, l’éditorialiste pense que le responsable kurde ne cherche à travers la visite du Hamas en Turquie qu’à créer une polémique susceptible de lui rapporter des points sur le terrain de la propagande.
Sur un autre plan, Burak Bekdil, dans la rubrique “ Opinions ” du Turkish Daily News, se demande « comment un pays dont le quart de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et qui accumule dans son voisinage une véritable pile de conflits internationaux peut assumer de façon convaincante un rôle d’intermédiaire sur une question que le monde entier n’a pu résoudre depuis un demi-siècle (…) MM. Erdogan et Gül ont-ils réellement cru que le Hamas déposerait les armes après avoir tiré les leçons de “ l’expérience turque de l’islamisme pragmatique ” ? ».
Burak Bekdil s’interroge sur l’avenir de la politique régionale de la Turquie. « Alors que la direction du Hamas, au moment où elle se rend en Iran, a déjà déclaré qu’elle ne reconnaîtrait jamais Israël, des questions restent sans réponse. Dans quelle mesure, par exemple, les Américains peuvent-ils faire confiance au gouvernement Erdogan sur l’Iran ? Quand les gènes sunnites d’Erdogan vont-ils refaire surface ? (…) La Turquie peut-elle continuer à jouer un rôle d’intermédiaire honnête entre la Palestine et Israël ? Une brèche ne s’est-elle pas ouverte avec la visite du Hamas dans les relations entre la Turquie et l’Occident ? La Turquie a-t-elle abandonné sa politique d’équilibre entre la Palestine et Israël, pour privilégier la “ profondeur stratégique ” ? ».
Le week-end dernier, à Istanbul, M. Erdogan a profité d’une réunion de l’AKP essentiellement consacrée à la situation explosive en Irak pour refaire une mise au point. « Nous dirigeons la République de Turquie, et non un Etat tribal », a-t-il dit, rappelant que le gouvernement dispose de conseillers à consulter et qu’il est libre de prendre ses décisions sans avoir à en référer obligatoirement à l’opposition. Optimiste sur la capacité du Hamas à « adoucir, avec le temps, sa rhétorique », M. Erdogan a ajouté qu’il s’était entretenu à deux reprises avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui lui a exprimé sa satisfaction au sujet de l’initiative turque. « Si la délégation du Hamas a été accueillie par l’AKP (sous-entendu : pas par le Premier ministre), c’est parce que le Hamas n’a pas encore assumé de responsabilité officielle au sein du gouvernement palestinien », a précisé M. Erdogan.
Lequel a reçu un autre appui de poids, en la personne de Kofi Annan, qui a réagi favorablement à l’initiative turque d’inviter une délégation du Hamas. Samedi 25 février, à Doha (au Qatar), juste avant le début d’un sommet onusien consacré à la crise des caricatures, le secrétaire général de l’ONU a confié à Abdullah Gül que les Nations unies étaient « redevables à la Turquie » pour le rôle « très important » qu’elle assume dans l’ensemble de ce processus.
Aux Etats-Unis, les réactions sont diverses, selon le quotidien turc Zaman : en dépit de la politique « isolationniste » pratiquée par l’administration Bush à l’égard du Hamas, Washington n’est pas encore parvenu à un consensus sur la question. Interrogé par Zaman, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, a estimé n’avoir rien à redire sur l’attitude de la Turquie, jugée irréprochable. « De nombreux partisans des écoles de pensée réaliste et arabisante approuvent le geste d’Ankara, alors que la plupart des défenseurs d’Israël, la communauté juive et les néo-conservateurs sont choqués et en colère contre l’AKP au pouvoir en Turquie. »
Le Département d’Etat a paru quelque peu embarrassé par l’initiative turque, exprimant sa désapprobation quant à l’invitation adressée au Hamas, mais demandant également à Ankara d’user de son influence pour forcer le Hamas à reconnaître Israël et à renoncer au terrorisme.
L’ambassadeur des Etats-Unis en Turquie, Ross Wilson, a indiqué selon Radikal que le Hamas avait prévenu les Etats-Unis par les canaux diplomatiques de l’imminence de sa visite en Turquie. « Ce qui compte pour nous est que les bons messages aient été transmis », a déclaré l’ambassadeur. Radikal en conclut que Washington n’a rien fait pour empêcher cette visite du Hamas à Ankara.
Dans la rubrique “ Opinions ” du Turkish Daily News, Mehmet Ali Birand considère cependant que si on lit entre les lignes, Washington envoie le message suivant à Ankara : « Ne permettez pas la répétition de telles visites avant que le Hamas ne condamne le terrorisme et reconnaisse Israël ! ».
Au Congrès, en revanche, on a enregistré une réaction très virulente : celle de Tom Lantos, qui a adressé une lettre de protestation, selon la chaîne de télévision turque NTV, au Premier ministre turc. Dans sa lettre, Tom Lantos souligne que la rencontre avec le Hamas nuira gravement aux intérêts nationaux de la Turquie, à sa lutte contre le terrorisme et à ses relations avec les Etats-Unis. « Quel que soit le message que vous avez transmis à Mashaal, celui-ci a quitté la Turquie avec une vraie légitimité », a écrit Tom Lantos, selon Cumhuriyet. Il a décrit Khaled Mashaal comme la variante palestinienne d’Abdullah Öcalan, le chef du PKK emprisonné en Turquie depuis sept ans.
« Américain par choix », comme le fait observer le Turkish Daily News, Tom Lantos, juif né à Budapest, est membre du Congrès depuis 1981 et est le seul survivant du génocide juif à avoir jamais été élu au Congrès américain.
Si au niveau étatique, on s’efforce de désamorcer les tensions, à l’image du Premier ministre israélien par intérim, Ehud Olmert, qui a déclaré au téléphone à M. Erdogan, selon le Turkish Daily News, que la visite du Hamas était un « problème mineur » comparé aux « relations stratégiques » turco-israéliennes, il n’en va pas de même dans les milieux juifs américains, qui pourraient faire payer Ankara pour cette invitation. Selon le quotidien turc, les organisations juives des Etats-Unis ont très mal pris une visite du Hamas à Ankara qui pourrait « ne pas rester sans conséquence ».
Rappelons que Tom Lantos, en septembre dernier, avait motivé son soutien inattendu à la résolution sur le génocide arménien – à laquelle il s’était opposé de toutes ses forces en octobre 2000 – par la nécessité de sanctionner le refus de la Turquie de faire passer les troupes américaines par son territoire lors de l’invasion de l’Irak. Traduction : puisque le refus de la Turquie est à l’origine d’une augmentation des pertes en vies humaines chez les soldats américains, nous allons la sanctionner au Congrès en votant là où ça fait mal, en clair la résolution sur le génocide arménien.
Justement, selon le Turkish Daily News, les parlementaires pro-arméniens au Congrès « pourraient utiliser la visite du Hamas comme moyen de propagande contre la Turquie, à l’approche du 24 avril ». Selon certaines sources, une délégation de responsables turcs de haut rang pourrait se rendre fin mars aux Etats-Unis. Abdullah Gül, voire même Recep Tayyip Erdogan, pourraient faire le voyage en vue d’assister à une réunion du Conseil turco-américain prévue du 26 au 29 mars prochain, et d’établir des contacts avec des membres du Congrès et des sénateurs de premier plan. « Le lobby juif aux Etats-Unis s’était opposé dans le passé à la résolution sur le soi-disant génocide arménien, écrit le Turkish Daily News, mais les observateurs avertissent cette fois-ci que leur colère pourrait les inciter à changer de politique. »

EN BREF…
- Les Etats-Unis ont annoncé vendredi 24 février que le commerce avec la partie occupée de l’île de Chypre n’était pas illégal. Néanmoins, un porte-parole du Département d’Etat, Adam Ereli, a précisé qu’il ne fallait pas en déduire une reconnaissance par Washington de Chypre-Nord. Le même jour, l’Union européenne donnait son accord au déblocage d’une enveloppe de 139 millions d’euros aux Chypriotes turcs, une aide refusée jusque-là par la République de Chypre, qui s’opposait à un accord simultané sur le commerce direct avec Chypre-Nord, voulu par certains pays membres de l’UE. Une décision de l’UE plutôt mal accueillie à Ankara, où Abdullah Gül, selon l’agence Anatolie, a déclaré que « la véritable mesure que la Turquie est en droit d’attendre, avec le déblocage de l’aide financière, est l’autorisation concomitante du commerce direct » avec Chypre-Nord.
- L’Union européenne se dit prête à entamer les négociations avec la Turquie, sur les 35 chapitres concernés par l’acquis communautaire. La science et la recherche devraient constituer le premier thème des pourparlers, qui pourraient débuter en avril ou mai prochain, après la présentation par la Turquie, dans un rapport envoyé à l’UE, de sa position sur ces deux sujets.

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