Pré-campagne électorale, médiation finlandaise, Irak, initiative britannique, en bref

Publié le par Famagouste

La Turquie entre en pré-campagne électorale.
A l’image de la France, le calendrier électoral est chargé pour 2007 en Turquie. Y seront organisées, rappelons-le, des élections présidentielles au printemps et législatives à l’automne. La bataille pour la présidentielle, on le sait, se cristallise depuis un moment autour de la candidature du Premier ministre. Les partisans du camp laïc, soucieux de défendre l’héritage d’Atatürk, ne veulent pas d’un islamiste au palais présidentiel de Çankaya.
Depuis cette semaine, les leaders de l’opposition sont passés à la vitesse supérieure : ils appellent en effet à la tenue d’élections législatives anticipées, afin d’empêcher l’accession de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la République. Deniz Baykal, qui est à la fois le chef du CHP et le leader de l’opposition, a déclaré selon le Turkish Daily News que « l’actuel Parlement, à bout de souffle, ne devrait pas élire le futur président », et a affirmé que le peuple turc ne voulait pas d’un Erdogan président. Le leader du CHP a ajouté, selon Radikal, qu’il y avait une alternative pour sortir de la crise : « Soit M. Erdogan annonce l’organisation d’élections législatives anticipées en mars, soit il déclare qu’il n’a pas l’intention de se présenter à l’élection présidentielle. »
Au même moment, Ali Topuz, le vice-président du groupe parlementaire CHP, accusait le Premier ministre de vouloir modifier la structure de la Cour constitutionnelle et du Conseil de l’Enseignement supérieur, et de régler le problème du voile depuis le palais présidentiel. Il a averti qu’en cas d’élection de M. Erdogan ou du président du Parlement Bülent Arinç à la tête de l’Etat, la République laïque et démocratique changerait de visage. « Toutes les institutions de la République se dresseraient comme un seul homme, a prévenu M. Topuz selon le Turkish Daily News. Le président ne pourrait plus gouverner. (…) Mais ils ne pourront pas transformer la Turquie en un pays comme l’Iran. »
De son côté, Mehmet Agar, le leader du Parti de la Juste Voie (le DYP), a rappelé que l’on « ne pouvait pas jouer, dans des élections, avec les principes de la République ». Accusant l’AKP de ne pas avoir tenu ses promesses de campagne électorale et le CHP de polariser sciemment la société au lieu de défier le parti gouvernemental, il a appelé à l’organisation d’élections législatives anticipées au plus tard début mars 2007.
Le CHP est aussi dans le viseur d’Erkan Mumcu, le leader du Parti de la Mère-Patrie (ANAVATAN), mais pour une autre raison. Erkan Mumcu reproche au CHP d’avoir « perdu le sens des réalités » en Turquie. « Penser que tout se résume à la lutte pour la présidence et à la question de la laïcité est absurde, dit-il, au moment où des millions de gens en Turquie ont faim et vivent dans la pauvreté. La bonne chose à faire est de modifier la Constitution et de faire élire le président par le peuple. »
Voilà donc l’autre sujet de controverse qui secoue la Turquie depuis des mois : doit-on continuer à faire élire le président par le Parlement, comme le prévoit la Constitution à ce jour, ou le président doit-il tirer sa légitimité directement du peuple, autrement dit être élu au suffrage universel direct ?
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui est la cible de tous les tirs en ce moment, a répondu lundi 20 novembre à la fois sur la question du calendrier électoral et sur le mode d’élection du président : pas d’élections anticipées, et un président toujours élu par le Parlement. Le Premier ministre accuse ses opposants de vouloir forcer le gouvernement à organiser des élections anticipées. « Ils s’épuisent en vain, a-t-il déclaré. Les élections seront organisées à la date prévue, et le gouvernement ne reviendra pas là-dessus. » M. Erdogan a précisé que les dispositions constitutionnelles sur l’élection du président seront respectées à la lettre, ajoutant que ce processus ne pouvait être sujet à interprétation. Il a rappelé enfin qu’en Turquie, les législatives ont lieu tous les cinq ans, et les présidentielles tous les sept ans.
De semaine en semaine, Recep Tayyip Erdogan prend les traits d’un candidat de plus en plus probable à la présidentielle. Fehmi Koru, du quotidien progouvernemental Yeni Safak, a estimé que dans son long discours prononcé le 11 novembre au Congrès de l’AKP, Erdogan « semblait définir les orientations que son parti devait suivre après son départ ». Un départ qui semblerait avoir été préparé dans ses moindres détails, puisque selon le quotidien Sabah, qui partage en cela l’avis de bon nombre d’observateurs, Recep Tayyip Erdogan aurait déjà choisi Abdullah Gül pour lui succéder à la présidence de l’AKP s’il devenait président de la République.
Pour Mehmet Ali Birand, le doute n’est plus permis : « Les choses sont plus claires qu’il y a quelques semaines, écrit-il dans le Turkish Daily News. Aujourd’hui, Erdogan semble certain de vouloir briguer la présidence. » Et il suit une « stratégie très intelligente », poursuit le chroniqueur. « Il sait parfaitement quels centres de pouvoir deviendront des obstacles à ses ambitions présidentielles. C’est pourquoi il ne donne pas un caractère solennel à l’annonce de sa candidature. Un jour, il laisse entendre qu’il envisage d’être candidat, et le lendemain il se cache en coulisses. Nous sommes perpétuellement dans le doute. Cela exacerbe aussi les débats, mais chaque déclaration nous prépare un peu plus à l’idée d’une candidature. »
De l’autre côté, « le “bloc républicain” durcit son discours (…), la voix du front laïc se fait de plus en plus entendre ». Le chef du CHP, Deniz Baykal, s’est érigé en « porte-parole du bloc », et tente de présenter le Premier ministre comme « celui qui veut modifier le système laïc », dont il serait lui-même l’incarnation. Aux côtés du CHP, note Birand, l’on trouve l’armée, la présidence, le Conseil de l’Enseignement Supérieur, quelques universités et ONG, ainsi que la plupart des médias.
« Dans les mois qui viennent, prédit le journaliste, et particulièrement après le mois de mars, cette tension va monter d’un cran. La présidence va faire des élections présidentielles prévues pour mai 2007 une bataille autour du destin du système laïc. Un Erdogan qui remporterait la présidence signifierait la chute du dernier bastion laïc. Certains diraient alors que le système laïc a vécu et que la Turquie est sur le chemin de la théocratie. »
Mais Birand pense que la pression qui va s’exercer sur l’actuel Premier ministre et futur candidat à la présidence « ne fera que renforcer la détermination d’Erdogan » à aller jusqu’au bout. Celui-ci ne pense pas, selon le chroniqueur, que ses vues sur la présidence entraîneront un coup d’Etat militaire. « L’armée renversera-t-elle le gouvernement si le Parlement et la majorité AKP élisent Erdogan président ?, s’interroge Birand. (…) Je crois savoir comment les choses se passent chez les militaires. Lorsque j’ai écrit un livre sur ce thème, j’ai noté leurs points forts et leurs faiblesses. Nous devons envisager ce qui se passerait à l’aune des développements internationaux. Imaginons juste un instant comment réagiraient les Etats-Unis et l’Union européenne ! Et les conséquences sur le problème kurde ! ».
Pour Mehmet Ali Birand, il est évident que l’état-major des forces armées « ne permettra jamais qu’un coup d’Etat ait lieu ». « A la lumière des événements, il jugera si les développements constituent une menace pour la république ou la laïcité. S’il estime que la menace est réelle, il étudiera les options possibles et prendra ses décisions plus tard. L’état-major des forces armées est préoccupé par le fait que quelqu’un dont l’épouse porte le voile occupe le palais de Çankaya ; mais au lieu de prendre des mesures, il préférera laisser aux civils le soin d’agir. »

Les efforts de la Finlande pour éviter l’accident de train euro-turc.
Echéance 6 décembre : la présidence finlandaise de l’Union européenne a annoncé lundi 20 novembre qu’Ankara avait jusqu’au 6 décembre pour aboutir à un accord sur la question de l’ouverture de ses ports et aéroports aux Chypriotes grecs. Le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen a indiqué que la Commission européenne devait faire ses recommandations sur le processus d’adhésion de la Turquie durant la première semaine de décembre, et que les ministres des Affaires étrangères de l’Union devaient prendre une décision le 11 décembre, soit trois jours avant le sommet des 25 pays membres de l’UE.
Le calendrier se resserre donc pour la Turquie, et l’avertissement du chef du gouvernement finlandais est clair : « Si aucun accord n’est conclu et si la Turquie ne remplit pas ses engagements, l’UE devra en tirer les conséquences pour le processus d’adhésion. Ce n’est pas un bon scénario, et cela laisserait entrevoir un avenir incertain. »
Comme on pouvait s’y attendre, Ankara a répondu sèchement, dès le lendemain, au Premier ministre finlandais. « Des problèmes comme celui de Chypre ne peuvent être réglés en faisant du chantage ou en posant des échéances », a déclaré le chef de la diplomatie turque, comme le rapporte le Turkish Daily News, au terme d’une réunion à huis clos avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le ministre d’Etat Ali Babacan, qui est également le chef-négociateur de la Turquie aux pourparlers d’adhésion.
Abdullah Gül a néanmoins précisé qu’Ankara ne rejetait pas la proposition finlandaise, et que les négociations se poursuivaient. Il a d’ailleurs indiqué qu’il se rendrait dimanche 26 novembre à Tampere, en Finlande, pour des pourparlers sur la question en marge de la rencontre des ministres des Affaires étrangères du sommet euro-méditerranéen. Selon le Turkish Daily News, qui s’appuie sur des sources proches des pourparlers, le diplomate turc Ertughrul Apakan s’est déjà rendu en Finlande, mardi 21 novembre, pour préparer le terrain à la rencontre entre Abdullah Gül et son homologue finlandais Erkki Tuomioja.
A cette occasion, toujours selon les mêmes sources, la Finlande pourrait faire de nouvelles propositions incluant notamment le retrait de la question de Varosha du deal actuel. Dans la première version du deal proposé par la Finlande, la ville de Varosha, inhabitée depuis son occupation en 1974, était placée sous le contrôle des Nations unies, en échange de l’ouverture du port de Famagouste (également en zone occupée) à un commerce libre pour les Chypriotes turcs, sous contrôle international, pour une durée de deux ans. Un deal qui devait être assorti en principe de l’ouverture par Ankara de certains de ses ports et aéroports aux Chypriotes grecs. Mais la partie turque insiste pour que soit ajoutée à la proposition finlandaise l’ouverture au trafic international de l’aéroport d’Ercan, situé à Chypre-Nord ; une mesure qui contribuerait, selon Ankara, à la levée de l’isolement des Chypriotes turcs.
Mais les chances de succès de cette nouvelle initiative finlandaise paraissent relativement limitées, car on imagine assez mal la partie chypriote grecque accepter sans sourciller le retrait de la clause sur le passage de Varosha sous contrôle onusien, sans compter que Nicosie s’oppose bien évidemment à l’ouverture de l’aéroport d’Ercan, situé en zone occupée, au trafic international.
Dans deux éditoriaux publiés à quatre jours d’intervalle par le Turkish Daily News, Yusuf Kanli revient sur cette impasse autour de la question chypriote et ses conséquences sur les négociations euro-turques. Dans le premier, l’éditorialiste se demande si un règlement est possible aujourd’hui à Chypre. « Pour comprendre pourquoi les efforts de la présidence finlandaise ne sont pas couronnés de succès, il faut se poser la question de savoir qui veut un règlement à Chypre, écrit Yusuf Kanli. Ankara, avant les élections présidentielles et législatives, ne peut faire de compromis sur Chypre sans obtenir de compromis solide, en retour, vers la levée de l’isolement de Chypre-Nord, par l’ouverture notamment de l’aéroport d’Ercan aux vols directs. Athènes ne veut pas d’un accident de train euro-turc, mais ne peut agir indépendamment des Chypriotes grecs. Les Chypriotes grecs, en tant que membres de l’UE, n’ont aucune motivation à rechercher un compromis et ont démarré depuis longtemps une campagne visant à régler le problème par l’assimilation des Chypriotes turcs. Seuls les Chypriotes turcs veulent un règlement, mais eux aussi, dans la mesure où Ankara continue de soutenir leur Etat politiquement et économiquement, ne diront pas oui à n’importe quel prix. »
Pour Yusuf Kanli, les choses sont claires : « Tant que l’on ne signifiera pas aux Chypriotes grecs qu’ils ont quelque chose à perdre en cas d’échec des négociations, il ne pourra y avoir aucun progrès à Chypre. »
Du coup, le mois de décembre s’annonce difficile, comme il l’écrit dans son deuxième éditorial. Un mois de décembre « qui déterminera l’avenir politique de la Turquie », selon Yusuf Kanli. Et à moins d’une solution miracle inspirée de la proposition finlandaise, il y a fort à parier que Bruxelles et Ankara « entreront en collision » vers le 11 décembre. Selon les prévisions optimistes, note l’éditorialiste, la suspension des négociations euro-turques pourrait concerner de trois à onze chapitres sur 35 ; en revanche, les plus pessimistes tablent sur un nombre variant entre 15 et 20 chapitres.
Pour Yusuf Kanli, ce probable accident de train euro-turc s’inscrit dans le contexte électoral actuel en Turquie. Au vu des derniers sondages, l’AKP n’obtiendrait « qu’entre 24 et 27% des suffrages aux législatives, contre 34% aux dernières élections ». Selon ces sondages, hormis l’AKP, trois autres partis entreraient au Parlement : le CHP, le Parti de la Juste Voie et le MHP du nationaliste Devlet Bahçeli. « Cela signifie que le prochain gouvernement sera probablement de coalition, en déduit Yusuf Kanli. L’AKP préférera-t-il sauver le processus d’intégration européenne et faire des compromis qui pourraient provoquer la colère de l’électorat, ou sortir du processus et aller aux élections avec une rhétorique nationaliste, en espérant faire grimper son score à 35% ou plus, pour retourner seul au pouvoir ? Les développements du mois de décembre, conclut-il, seront déterminants pour l’avenir politique de la Turquie. »

Irak : la Turquie face à son impuissance.
Ankara se plaint de l’inefficacité du mécanisme tripartite américano-turco-irakien mis en place pour lutter contre le PKK en Irak. Du côté des militaires, le général turc Ergin Saygun, en visite à Washington, a indiqué que cette structure tricéphale ne parvenait même pas à se réunir « en raison d’un problème dans la représentation des délégations ». En réalité, souligne le Turkish Daily News, la controverse tourne autour de la manière dont les Kurdes irakiens seraient représentés aux pourparlers. Ces derniers voudraient y prendre part en qualité de “gouvernement régional du Kurdistan”, une entité non reconnue par Ankara, qui souhaite voir les Kurdes irakiens inclus dans la délégation représentant le gouvernement central de Bagdad, une hypothèse rejetée par les Kurdes d’Irak.
Les autorités civiles, elles aussi, pressent les acteurs de ce mécanisme tripartite d’agir concrètement pour endiguer la menace du PKK. C’est ce qu’a demandé Recep Tayyip Erdogan la semaine dernière à son homologue irakien Nuri al-Maliki, en visite à Ankara.
Un Nuri al-Maliki qui a tenté de rassurer le Premier ministre turc sur la question du pétrole de Kirkouk, fortement convoité par les Kurdes irakiens, en rappelant que les ressources naturelles de l’Irak appartenaient à tous les Irakiens.
La tension dans la région est montée d’un cran ces derniers temps entre la région kurde et le reste du pays, lorsque les Kurdes d’Irak ont commencé à réclamer leur part du gâteau dans les contrats pétroliers signés avec l’étranger, et à menacer de faire sécession face au refus du gouvernement central irakien d’accéder à leurs demandes.
Mais le problème est loin d’être réglé, puisque quelques heures à peine avant que Nuri al-Maliki ne tente de rassurer la Turquie sur la question de Kirkouk, Netchirvan Barzani, le Premier ministre de la région kurde d’Irak, déclarait qu’il se rendrait prochainement à Bagdad pour obtenir un contrôle partagé des ressources pétrolières du nord de l’Irak et une partie significative des revenus pétroliers. Les autorités centrales espèrent aboutir à un accord, d’ici à la fin de l’année, sur une loi concernant les investissements pétroliers qui mettrait fin à cette polémique ; mais il reste à savoir, aux termes de la nouvelle Constitution, jusqu’où peut s’étendre le contrôle par les gouvernements régionaux des gisements pétroliers existants et des nouveaux qui seront découverts. Sur cette question, Netchirvan Barzani a souligné que la Constitution octroyait aux régions le droit d’être des partenaires dans l’exploitation de tous les gisements, et a réclamé davantage de transparence dans la manière dont les revenus pétroliers sont distribués aux provinces. M. Barzani a clairement indiqué qu’il ne quitterait pas Bagdad tant que ses revendications ne seraient pas satisfaites.
Le problème de Kirkouk fait décidément couler beaucoup d’encre, et l’Irak envoie des messages contrastés à la Turquie sur cette question. Si le Premier ministre irakien, comme nous venons de le voir, s’est chargé de rassurer la Turquie, son ministre des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a souligné quant à lui, au micro de CNN-Türk, que Kirkouk n’était pas une province turque mais irakienne. « Nous comprenons la sensibilité de la Turquie [sur Kirkouk], a-t-il déclaré. Mais le respect doit être mutuel. La sensibilité de l’Irak devrait également être prise en considération. » M. Zebari a rappelé que le statut de Kirkouk sera décidé par référendum, vers la fin 2007, conformément à la Constitution irakienne.
Entre le problème de Kirkouk et la montée incessante de la violence en Irak, la Turquie vit dans la crainte d’une fragmentation du pays, qui pourrait conduire à l’émergence d’un Kurdistan indépendant à ses frontières. Avec, en prime, le risque de voir le phénomène kurde faire tache d’huile en Turquie, à travers le PKK, dont les militants sont présents par milliers dans les monts irakiens du Kandil.
Des militants du PKK qu’aucune menace ne semble devoir effrayer. Depuis son sanctuaire des monts du Kandil, Saydo Husseïn Afshin, l’un des commandants de l’organisation, a carrément nargué ceux qui croient pouvoir se débarrasser de la présence du PKK dans les monts du nord de l’Irak. « Aucune puissance, aucun pays ne peut nous déloger de ces montagnes. Vingt fois les Turcs nous ont attaqués, et ils ne sont jamais sortis victorieux de cette confrontation, a-t-il dit. C’est nous qui avons gagné. »
Signe des temps : les militaires turcs font eux-mêmes leur constat d’impuissance. Edip Baser, le général à la retraite nommé récemment coordinateur anti-PKK pour la Turquie, dans le cadre du mécanisme tripartite, a reconnu en fin de semaine dernière qu’Ankara n’était pas en mesure de frapper le PKK dans les monts du Kandil. Il a souligné, comme le rapporte le Turkish Daily News, que la lutte contre le terrorisme ne pouvait se résumer à sa dimension purement militaire.
Un mécanisme tripartite qui ne jouit déjà plus trop de la confiance des militaires turcs, car il ne tient pas compte selon eux de la coopération entre le PKK et les Kurdes irakiens. Les militaires turcs affirment que les Kurdes d’Irak continuent à fournir des armes et un soutien logistique aux militants du PKK. Exemple concret de cette coopération, selon le Turkish Daily News : la diffusion récente, sur une chaîne de télévision contrôlée par le Parti Démocratique du Kurdistan du leader kurde irakien Massoud Barzani, d’un discours d’une heure prononcé par Murat Karayilan, un haut dirigeant du PKK.
Et la situation pourrait fort bien se compliquer dans la région, si l’on en croit le journaliste américain Seymour Hersh. Celui-ci affirme, en s’appuyant sur une source gouvernementale américaine proche de la direction civile du Pentagone, que les Etats-Unis et Israël travaillent actuellement à renforcer leur soutien au Parti pour la Vie Libre au Kurdistan, une organisation connue pour être la branche iranienne du PKK. Objectif de Washington et de Tel-Aviv, selon le journaliste américain : « explorer des moyens alternatifs d’exercer une pression sur l’Iran ».
Les Etats-Unis, par la voix de leur ambassadeur en Turquie Ross Wilson, ont beau avoir vigoureusement démenti ces informations publiées dans le New Yorker Magazine, il n’en demeure pas moins que du côté d’Ankara, on ne met pas en doute la crédibilité du travail du journaliste américain. Deux députés – l’un de l’AKP et l’autre du CHP – ont d’ailleurs réagi à la publication de ces informations. Le député de l’AKP Turhan Çömez, qui s’est rendu récemment dans le nord de l’Irak, a estimé selon le Turkish Daily News que les dirigeants turcs ne devaient pas négliger le rapport de Seymour Hersh. De son côté, le député du CHP Inal Batu a déclaré au Turkish Daily News que les affirmations du journaliste américain lui paraissaient « crédibles ».
Résultat : mardi 21 novembre, l’ambassadeur de Turquie en Iran, Gürcan Türkoglu, annonçait selon Zaman qu’Ankara et Téhéran avaient décidé de former une commission pour lutter contre ce Parti pour la Vie Libre au Kurdistan, décrit par Seymour Hersh comme la branche iranienne du PKK. Les parties turque et iranienne, a-t-il précisé, ont convenu d’organiser des réunions pour examiner les moyens de combattre cette organisation. L’ambassadeur de Turquie en Iran en a profité pour ajouter, toujours selon Zaman, qu’Ankara soutient le projet iranien de développement d’un programme nucléaire à des fins pacifiques, et espère qu’une solution sera trouvée à la crise par la voie diplomatique.

Une initiative britannique au Parlement européen contre la proposition de loi française.
Trois députés britanniques siégeant au Parlement européen ont sévèrement critiqué dans un communiqué l’adoption par l’Assemblée nationale française, le 12 octobre dernier, de la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien. Selon le quotidien Zaman, deux de ces députés – Michaël Cashman et Richard Howitt – sont issus des rangs du Parti Travailliste, et le troisième, Andrew Duff, est membre du Parti Libéral.
Les signataires du communiqué déplorent l’initiative de l’Assemblée nationale française, qui bafoue selon eux la liberté d’expression. Cette proposition de loi, affirment-ils, ne contribuera à améliorer ni la liberté d’expression en Turquie, ni les relations entre la Turquie et l’Arménie. Ils appellent le Sénat français à rejeter cette proposition de loi, et la présidence du Parlement européen à transmettre ce document à l’Assemblée nationale française, au gouvernement français, au Conseil européen et à la Commission européenne.
L’initiative de ces trois députés, note le quotidien Zaman, doit être approuvée par 367 de leurs collègues pour devenir une résolution au Parlement européen. Michaël Cashman a affirmé que la proposition de loi française visait à « saper la candidature d’Ankara » à l’adhésion à l’UE, et Richard Howitt a estimé pour sa part que la décision du Parlement français était « hypocrite et provocante ».
Quant au troisième larron, Andrew Duff, il a déclaré à Zaman que la plupart des députés européens étaient hostiles à l’initiative du Parlement français, ajoutant néanmoins qu’il était difficile de prévoir jusqu’où irait leur soutien à cette déclaration commune.
Mais surtout, Andrew Duff s’est signalé par des déclarations négationnistes qui lui ont valu d’être traité comme tel par les Arméniens, comme il le rappelle d’ailleurs lui-même. Il estime que les Turcs devraient pouvoir affronter leur histoire, mais en glissant un tempérament qui ne laisse guère de place au doute : « Cependant, dit-il, je ne pense pas qu’il faudrait pour autant reconnaître les allégations arméniennes. L’Etat ottoman n’était pas suffisamment fort pour perpétrer un génocide. Il y a eu des massacres ; cependant, parler de génocide est trop fort pour décrire ce qui est arrivé. » Andrew Duff a déclaré enfin au correspondant de Zaman à Bruxelles, Selçuk Gültasli, qu’il n’était « pas correct » de forcer la Turquie à reconnaître l’existence d’un génocide arménien, alors que la plupart des pays européens avaient « des pages sombres dans leur propre histoire ».

EN BREF…

Yighit Alpogan, le secrétaire général du Conseil national de sécurité de Turquie, a eu des entretiens, lundi 20 novembre à Tbilissi, avec son homologue géorgien Konstantin Kemularia, ainsi qu’avec le Premier ministre Zurab Noghaideli, sur les moyens d’améliorer la coopération turco-géorgienne en matière de sécurité nationale. A l’issue de ses entretiens, Yighit Alpogan a déclaré à l’agence Anatolie que la Turquie attachait « une grande importance à l’intégrité territoriale de la Géorgie et à son indépendance », et que les relations politiques et économiques entre les deux pays étaient satisfaisantes. Il a rappelé à cet égard que l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzeroum et le projet de ligne ferroviaire Kars-Akhalkalak-Tbilissi-Bakou donneraient une forte impulsion au développement de ces relations bilatérales. Enfin, Yighit Alpogan a souligné que la Turquie « soutient la candidature de la Géorgie à l’adhésion à l’OTAN », et est « prête à aider la Géorgie à rejoindre l’Union européenne ». La visite de Yighit Alpogan, note le Turkish Daily News, arrive en écho de celle que Gela Bezhuashvili, son homologue géorgien d’alors, devenu aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, avait effectuée en avril 2005 en Turquie.
La municipalité de Bandirma, une ville du nord-ouest de la Turquie, a approuvé à l’unanimité selon Zaman une proposition de construction d’un monument dédié aux victimes du “génocide algérien”, en réponse au vote des députés français du 12 octobre dernier sur la pénalisation de la négation du génocide arménien. Le maire de Bandirma, Cemal Öztaylan, a indiqué que sa municipalité avait demandé conseil auprès de l’ambassade d’Algérie à Ankara sur la manière de traiter cette question du “génocide algérien”. Selon le maire, l’ambassade répondra dans un délai d’un mois à la requête de la municipalité. Cemal Öztaylan a ajouté enfin que plusieurs de ses administrés s’étaient déjà adressés à la municipalité pour faire des dons en vue de la construction du monument.

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