Débat sur l'envoi de troupes au Liban, Formule 1, Chine-Turquie

Publié le par Famagouste

Vif débat en Turquie sur l’envoi de soldats au Liban.
Pour le gouvernement, c’est oui, pour le président, c’est non : la question de l’envoi de troupes au Liban divise les autorités turques. Le week-end dernier, le président turc Sezer exprimait son opposition à l’intégration de soldats turcs au sein de la force de paix des Nations unies. « Nous n’avons pas à assumer la responsabilité de protéger les intérêts d’autres pays », avait-il déclaré aux journalistes. Lundi, en revanche, le gouvernement donnait son accord de principe à l’envoi de troupes turques au Liban. Un accord qui devra néanmoins obtenir l’aval du Parlement, mardi prochain, pour être entériné.
Et ce n’est peut-être pas gagné d’avance. Car même si l’AKP de M. Erdogan possède une confortable majorité au Parlement, certaines voix se sont déjà fait entendre, dans le parti, contre l’envoi de troupes au Liban. Abdullah Çaliskan, député d’Adana, Nurettin Aktas, de Gaziantep et Ertughrul Yalçinbayir, de Bursa, sont parmi ceux qui ont exprimé publiquement leur opposition sur la question. Et sans faire dans la dentelle, à l’image de M. Aktas, dont le Turkish Daily News a recueilli les propos. « L’administration Bush a entamé une croisade après le 11 septembre. Bush, qui a dit : “Il est temps à présent de créer un nouvel ordre au Moyen-Orient”, a essuyé un fiasco en Irak. Si la motion concernant l’Irak avait été approuvée à l’époque (comprenez par le Parlement turc), nous serions passés pour des complices des Etats-Unis. L’ONU a perdu sa fonction et son importance, et elle est sous commandement américain. Une guerre débute actuellement dans la région. La Turquie ne devrait pas s’enfoncer dans ce bourbier. Je suis contre l’envoi de troupes turques là-bas. »
L’opposition, quant à elle, s’est clairement rangée du côté du “non”. Le CHP de Deniz Baykal a même durci le ton, en début de semaine, en déclarant par la voix de son vice-président, Ali Topuz, qu’une telle décision équivaudrait à envoyer des soldats turcs à la mort. Accusant le gouvernement de l’AKP d’agir « comme les sultans de l’Empire ottoman », M. Topuz a ajouté, selon le Turkish Daily News : « La nation turque devrait savoir que si le Parlement venait à approuver le déploiement, nos soldats devraient affronter le Hezbollah. (…) Si nous allions au Liban, nous commettrions une faute historique. Les prochaines générations ne nous le pardonneraient pas. »
Du côté du gouvernement, on se montre confiant. Son porte-parole, le ministre de la Justice Cemil Çiçek, a écarté d’emblée tout vote négatif du Parlement. Un député de premier plan de l’AKP, Salih Kapusuz, a exprimé la même confiance, ajoutant que la situation était différente de celle qui prévalait en mars 2003. Allusion bien entendu au refus du Parlement turc d’autoriser les troupes américaines à emprunter le territoire turc pour l’invasion de l’Irak.
Sur la question du Hezbollah, le gouvernement répète à qui veut l’entendre que les troupes turques ne s’engageront pas dans des opérations de désarmement de la milice chiite libanaise. Dans un souci de dédramatisation, le cabinet Erdogan affirme vouloir minimiser les risques de clash avec le Hezbollah, en se concentrant sur des missions humanitaires telles que la reconstruction d’infrastructures détruites.
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a annoncé le lancement d’un programme d’aide humanitaire d’une durée de deux mois, à l’intention de la population libanaise touchée par la guerre. Tous les canaux d’acheminement de l’aide sont utilisés. Courant août, le gouvernement turc avait déjà fait parvenir une aide humanitaire d’un montant d’un million d’euros. De leur côté, le Croissant Rouge turc et plusieurs ONG caritatives avaient elles aussi envoyé une aide substantielle au Liban. Au total, selon l’ambassadeur de Turquie au Liban, le montant de l’aide turque s’élevait le 27 août dernier à 8 millions d’euros.
A noter que sur la question de la participation d’Ankara à la force multinationale, les deux parties au conflit (Israël et le Hezbollah) appellent chacune de leurs vœux l’envoi de troupes turques au Liban.
Tarrad Hamade, le ministre libanais du Travail, qui est l’un des deux ministres membres du Hezbollah dans le gouvernement libanais, a accueilli à son arrivée au port de Beyrouth, samedi dernier, un navire turc transportant de l’aide humanitaire. « Si des troupes turques arrivent au Sud-Liban, ce sera comme si elles étaient chez leur famille, a déclaré le ministre hezbollah. Le déploiement de l’armée turque serait le bienvenu pour nous. La Turquie, en tant que pays de la région, devrait jouer un rôle dans les développements de la situation au Liban. Si Israël s’opposait au déploiement de l’armée turque ici, la Turquie devrait réagir. »
Et qu’en est-il, justement, de la position des dirigeants israéliens à ce sujet ? Ils faisaient savoir le même jour à la Turquie qu’ils accueilleraient favorablement une contribution d’Ankara à la force multinationale.
Du côté des chroniqueurs de la presse turque, on discute beaucoup de la prise de position du président Sezer contre l’envoi de troupes turques au Liban. Mustafa Ünal, dans Zaman, porte un regard critique sur la position du chef de l’Etat. Il lui reproche de se comporter comme s’il était le chef de l’opposition. « Le président aurait dû être plus prudent et s’exprimer de façon plus délicate. Un désaccord étalé au grand jour entre la présidence et le gouvernement nuit à la stabilité du pays. » Pour le chroniqueur de Zaman, tout conflit ou toute querelle interne entre les différents organes de l’Etat « coûte cher à la Turquie ». Il rappelle qu’une crise économique majeure avait été déclenchée en 2000, en Turquie, lorsque le président Sezer avait jeté une copie de la Constitution au Premier ministre de l’époque, Bülent Ecevit. « Le président, qui doit quitter le palais présidentiel dans huit mois, devrait mieux choisir ses expressions », conclut Mustafa Ünal.
Taha Akyol, dans Milliyet, souligne que le président Sezer est le seul haut dirigeant au sommet de l’Etat à s’opposer à l’envoi de troupes turques au Liban. L’armée n’est pas catégoriquement opposée à une contribution à la force de maintien de la paix au Liban. Or, pour Taha Akyol, le président n’a aucun droit constitutionnel d’influencer par ses déclarations l’opinion publique et le Parlement.
Le journaliste de Milliyet estime que la décision du gouvernement d’envoyer des troupes au Liban est bonne. « Les gouvernements syrien, israélien et libanais, ainsi que le Hezbollah, voudraient voir la Turquie contribuer à la force de maintien de la paix au Liban. En outre, le Hezbollah a garanti qu’il n’entrera pas en conflit avec les forces armées turques », écrit Taha Akyol.
Okay Gönensin, dans Vatan, en est beaucoup moins sûr. Il se réfère pour cela à certaines informations de source onusienne, qui suggèrent que la force de paix aura bien pour tâche de désarmer le Hezbollah. Ce qui rend pratiquement inéluctable, selon lui, un affrontement armé entre la force de paix et la milice chiite libanaise. Par ailleurs, Okay Gönensin s’interroge sur le nombre de soldats turcs appelés à être déployés et sur leur grade. Ajoutant à cela la complexité des relations au Moyen-Orient, qui rend impossible à déchiffrer les intentions des différentes parties au conflit, le journaliste de Vatan préfère épargner à la Turquie un engagement « dans un tel chaos », qui aurait en tout état de cause « de graves répercussions ».
Quant à Yusuf Kanli, l’éditorialiste du Turkish Daily News, il estime que le président « s’est fait l’écho du bon sens des Turcs ». « Nous savons bien, écrit-il, que le gouvernement de l’AKP et le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan sont sous la pression intense des Etats-Unis, d’Israël, des capitales européennes ainsi que du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, non seulement pour prendre une décision sur la question mais pour que la réponse soit affirmative, avec un engagement significatif de troupes, incluant des unités de combat ainsi que des éléments logistiques. »
A ceux qui pensent, au sein du gouvernement, qu’il y va de l’intérêt de la Turquie de contribuer à la force des Nations unies, Yusuf Kanli oppose les inquiétudes liées tout d’abord aux réactions possibles des autres puissances régionales – l’Iran, la Syrie et la Russie. Deuxième élément de préoccupation soulevé par l’éditorialiste : d’éventuelles réactions à l’intérieur du pays, générées par l’idée généralement répandue selon laquelle la Turquie n’est pas autorisée par les Etats-Unis à prendre des mesures contre la présence du PKK dans le nord de l’Irak, mais est priée d’envoyer des soldats au Sud-Liban pour renforcer la sécurité d’Israël.
Or, qu’a dit le président Sezer, selon l’éditorialiste du Turkish Daily News ? Il a simplement « rejeté les règles » posées par les Nations unies pour l’engagement au sein de la force multinationale, et souligné qu’il préférait voir la Turquie « faire une contribution humanitaire, alors qu’elle a ses propres problèmes de sécurité ».

Formule 1 ou Formule Talat.
Le sport, c’est bien connu, est un tremplin souvent utilisé pour faire passer des messages politiques. On a pu le vérifier une nouvelle fois, dimanche dernier, à Istanbul, où les organisateurs du Grand Prix de Formule 1 nous ont réservé une surprise : à l’issue de la course, c’est en effet le président de la partie occupée de l’île de Chypre, Mehmet Ali Talat, qui a remis la coupe au vainqueur, le pilote Ferrari Felipe Massa. Un coup de pub politique, le tout devant près de 2 milliards et demi de téléspectateurs, selon le Turkish Daily News.
Officiellement, le Premier ministre Erdogan, qui devait être à la place du leader chypriote turc, n’a pu assister à la cérémonie protocolaire pour cause d’emploi du temps très chargé. Mais comment ne pas y voir une manœuvre politique, destinée à promouvoir le leader de la partie occupée de Chypre ? D’autant que les organisateurs du Grand Prix ont attendu le dernier moment pour dire qui remettrait le trophée lors de la cérémonie protocolaire, alors qu’ils auraient dû le faire, au plus tard, la veille de la course. En un mot, ils ont placé la Fédération Internationale de Sport Automobile (la FISA) devant le fait accompli.
Celle-ci a réagi, annonçant qu’une enquête allait être diligentée pour connaître les circonstances exactes dans lesquelles ce coup a pu être monté. « Aucune violation à la règle fondamentale du respect de la neutralité politique ne saurait être tolérable pour la FISA », a souligné l’instance suprême du sport automobile.
La Turquie pourrait recevoir un blâme, voire risquer une suspension de Grand Prix pour l’année prochaine, mais cela ne gâchera pas le plaisir des dirigeants turcs au bord de la jubilation. Cemil Çiçek, le porte-parole du gouvernement, a tenté de désamorcer toute polémique autour de cette affaire, soulignant que Mehmet Ali Talat était « le représentant élu d’un Etat légitime ». Quant à Yashar Yakis, le chef de la commission parlementaire chargée des questions d’harmonisation avec l’Union européenne, il a déclaré au Turkish Daily News qu’il n’y avait « rien de fâcheux au fait de présenter Talat comme président de la République Turque de Chypre du Nord, à une cérémonie de remise de trophées se déroulant en Turquie ».
« Cette promotion de la cause chypriote n’a pas de prix », s’est exclamé de son côté Murat Yalçintas, le directeur de la Chambre de Commerce d’Istanbul. Avant d’ajouter : « La course de Formule 1 était une grande opportunité. Chypre est notre cause nationale. (…) Alors que nous avions M. Talat à l’esprit, nous avons retardé l’annonce des informations (comprenez sur le protocole) aussi longtemps que possible. Nous avons donné l’information aux alentours de midi, le jour de la course. »
On le devine aisément, l’événement n’a pas du tout été perçu de la même façon par l’administration chypriote. Christodoulos Pashardis, l’un de ses porte-parole, a dénoncé « une manœuvre délibérée afin de promouvoir le leader chypriote turc comme le président supposé d’un Etat indépendant ». « Or, a-t-il ajouté, M. Talat n’est ni un citoyen ni un officiel de Turquie, le pays organisateur, pour être invité à remettre le trophée au vainqueur. » Le responsable chypriote grec a condamné « l’exploitation à des fins politiques d’un événement sportif », ajoutant que la République de Chypre porterait cette affaire devant les instances dirigeantes de la Fédération Internationale de Sport Automobile (la FISA). Chypre-Nord n’est pas membre de la FISA, a-t-il fait observer, alors que la République de Chypre l’est bel et bien.
La presse turque fait ses choux gras de cette affaire. Hürriyet écrivait en une, au lendemain de la course, que Mehmet Ali Talat « a été présenté comme “président de la République Turque de Chypre du Nord” à 2 milliards et demi de gens originaires de 203 pays ». En page intérieure, dans un papier intitulé ironiquement “Formule République Turque de Chypre du Nord”, le quotidien turc révèle que le cerveau de ce coup de pub est Rifat Hisarciklioglu, le président de l’Union des Chambres Turques d’Import-Export. Une information confirmée par le quotidien Vatan, lequel souligne qu’en retardant jusqu’au dernier moment l’annonce concernant le leader chypriote turc, les autorités turques n’ont laissé d’autre choix que d’accepter le fait accompli.
Seule note discordante : Yilmaz Özdil, du quotidien Sabah, qui n’a visiblement pas apprécié la manœuvre. « Si l’on peut faire cela dans un Grand Prix de Formule 1, alors pourquoi Michaël Schumacher (le célèbre pilote allemand) ne serait-il pas le ministre des Affaires étrangères d’Allemagne ? ».

La Chine intéressée par la ligne ferroviaire Kars-Akhalkalak-Tbilissi-Bakou.
La construction de la ligne de chemin de fer Kars-Akhalkalak-Tbilissi-Bakou débutera en 2007, a assuré le week-end dernier Binali Yildirim, le ministre turc des Transports, en compagnie duquel Zaman est revenu sur la construction de cet ouvrage très controversé.
Un ministre turc qui révèle que le Kazakhstan et la Chine se seraient joints au projet. « Lorsqu’il sera achevé, l’ouvrage sera une version moderne de la Route de la Soie, permettant à un individu vivant à Kars d’atteindre Shanghaï ou Hong-Kong via le Kazakhstan. Des trains relieront la Grande-Bretagne à la Chine via la Turquie. » Selon le ministre, la construction de la ligne Kars-Akhalkalak-Tbilissi-Bakou durera deux ans, et une fois terminée, la ligne ferroviaire permettra de transporter 20 millions de tonnes de marchandises par an.
Binali Yildirim déplore que les mauvaises relations entre la Turquie et l’Arménie aient gelé le projet pendant des années, mais prédit que la réalisation de cet ouvrage modifiera dans une large mesure le visage de la région. « Le projet permettra d’établir un lien direct entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, explique le ministre turc. Il est crucial que tous les chargements dans la région atteignent l’Europe et l’Asie via la Turquie. »
La Turquie doit construire sur son territoire un tronçon de 76 km qui ira jusqu’à la frontière géorgienne. Coût pour la partie turque : 200 millions d’euros.

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