Un enseignant turc suspendu pour avoir critiqué le culte d’Ataturk

Publié le par Famagouste

Ankara, Turquie. – Une université turque a suspendu l’un de ses professeurs pour des remarques faites à propos du fondateur révéré de la Turquie, Mustafa Kemal Ataturk, selon un responsable officiel, lundi.

L’affaire met en lumière l’ambivalence continue de ce pays candidat à l’Union européenne, concernant le soutien à la liberté d’expression.

L’université Gazi d’Ankara a suspendu le professeur Atilla Yayla la semaine dernière, après que ce spécialiste des sciences politiques ait critiqué Ataturk lors d’une conférence dans la ville d’Izmir, sur les rives de la mer Egée, selon un responsable de cette université d’Etat, qui a requis l’anonymat à cause des lois qui interdisent aux fonctionnaires de parler à des journalistes sans autorisation préalable.

D’après les reportages, l’enseignant a été suspendu après s’être référé à « cet homme », ce militaire homme d’Etat, avoir critiqué les statues et les représentations d’Ataturk qui décorent les bâtiments gouvernementaux et les écoles, et avoir déclaré que la période du parti unique sous Ataturk avait conduit à « une régression plutôt qu’à un progrès ».

La demande d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne apparaît considérablement embarrassée au vu de ce que les autorités européennes qualifient de ralentissement dans les réformes, y compris la liberté d'expression, et du refus de la Turquie d’ouvrir ses ports et ses aéroports à Chypre, membre de l’Union européenne. La Commission européenne a recommandé la semaine dernière que l’Union européenne gèle ses négociations sur 8 des 35 dispositions politiques dans les discussions sur l’adhésion de la Turquie, qui ont commencé en octobre 2005.

Ataturk a fondé une Turquie sécularisée et qui regarde vers l’Ouest sur les cendres de l’Empire ottoman en 1923, après avoir sauvé son pays de l’invasion des puissances occidentales. Des règlements imposent que ses portraits soient accrochés dans les bâtiments gouvernementaux et les écoles, mais l’affection des Turcs est si grande que beaucoup accrochent aussi son portrait chez eux, dans leurs magasins et leurs bureaux par respect pour leur chef.

Son image est restée la même malgré sa mort en 1938 d’une cirrhose du foie, mais de plus en plus de Turcs questionnent son héritage et la rigidité avec laquelle certains de ses successeurs – les kémalistes purs et durs dans l’armée, la bureaucratie et l’appareil judiciaire – interprètent ses principes pour s’opposer aux réformes libérales et au changement.

« Ils [les Européens] nous demanderont pourquoi les portraits et les statues de cet homme se trouvent partout », aurait déclaré M. Yayla à un groupe de jeunes gens appartenant au parti islamiste du Premier ministre, M. Recep Tayyip Erdogan.

Le recteur de l’université a maintenu lundi sa décision de suspendre temporairement M. Yayla, jusqu’à ce que l’enquête soit achevée.

Un professeur « n’est pas obligé d’aimer Ataturk, mais je ne puis permettre à quelqu’un qui est opposé aux principes fondamentaux de notre République, d’enseigner à nos étudiants. » a déclaré M. Yamac au journal Vatan dans un entretien publié lundi.

Les commentaires de M. Yayla ont divisé l’opinion publique turque. Un groupe de manifestants lui a envoyé un paquet contenant une bande adhésive ce week-end, afin qu’il puisse « bâillonner des professeurs ». D’autres ont envoyé une pétition à l’université déclarant que M. Yayla ne devrait pas être autorisé à enseigner.

http://www.yevrobatsi.org/st/item.php?r=1&&id=2337

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Publié dans Dans la presse

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