Erdogan dénonce l'"injustice" faite à la Turquie par l'UE
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a jugé mardi que l'Union européenne avait traité son pays de manière inéquitable, au lendemain de la décision des ministres européens des Affaires étrangères d'imposer un gel partiel des négociations sur l'adhésion de la Turquie à l'UE.
Les chefs de la diplomatie des Vingt-Cinq ont pris cette décision avant le Conseil européen de Bruxelles à la fin de la semaine et en raison du refus d'Ankara d'ouvrir l'ensemble de ses ports et aéroports aux navires et avions chypriotes.
Les dirigeants de l'UE devraient désormais entériner lors de leur réunion, qui débute jeudi, la décision prise lundi par leurs chefs de la diplomatie.
S'adressant aux députés de son parti, l'AKP, Erdogan a souligné que l'insistance de l'UE sur l'ouverture des ports et aéroports turcs à Chypre était "une injustice envers la Turquie".
Après 10 heures de débats houleux, les chefs de la diplomatie de l'UE sont tombés d'accord lundi pour geler huit des 35 "chapitres" des négociations d'adhésion, relatifs aux transports et au commerce, ce qui va avoir pour effet de ralentir sensiblement les pourparlers.
"Les relations entre l'UE et la Turquie sont mises à rude épreuve, malgré tous nos efforts pour régler le blocage", a ajouté Erdogan.
Mais il a dit la Turquie déterminée néanmoins à poursuivre la mise en oeuvre des réformes nécessaires à son entrée dans l'Union européenne. "Dans la période qui s'ouvre, nous savons très bien que nous devons mener nos réformes avec la même détermination".
De son côté, le chef de la diplomatie turque Abdullah Gul a lui déploré "l'absence de vision" de ses homologues européens.
L'île méditerranéenne de Chypre est divisée en deux depuis l'invasion turque de la partie nord en 1974, en riposte à un bref coup d'Etat de Chypriotes grecs soutenus par le régime des colonels en Grèce. Si la Chypre grecque est internationalement reconnue, la République turque de Chypre Nord (RTCN, autoproclamée) est soumise à un embargo et n'est reconnue que par Ankara, qui y compte quelque 40.000 soldats déployés.
Chypre est entrée dans l'UE en 2004 après l'échec des efforts onusiens en vue de la réunification. Les Chypriotes-turcs avaient voté pour le plan de réunification de l'ONU, rejeté par les Chypriotes-grecs.
Jugeant l'UE incapable de résoudre la querelle, Erdogan en a appelé à l'ONU: "l'Union européenne ne sera jamais le lieu d'une solution globale à la question de Chypre. Nous sommes favorables à une solution juste et durable qui vienne des Nations unies". AP