La visite du Hamas en Turquie creuse le fossé entre laïques et islamistes
La visite à Ankara, le 16 février 2006, d'une délégation du Hamas dirigée par Khaled Mashaal, a suscité une vive controverse dans les médias turcs, creusant le fossé entre laïques et islamistes.
Selon des rapports de médias turcs, l'architecte de la visite n'était autre que le député Ahmet Davutoglu, membre de l'AKP (parti de la justice et du développement) et conseiller pour les affaires étrangères du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Ahmet Davutoglu est favorable au resserrement des liens avec les pays islamistes. Il convient de noter que l'invitation a été lancée par l'AKP en tant que parti politique – avec l'approbation d'Erdogan – et non par le gouvernement turc.
Les principaux médias laïques ont reproché au gouvernement AKP d'affaiblir les positions turques fermement anti-terroristes en ayant affaire à une organisation terroriste.
De l'autre côté, les médias islamistes se sont félicités de la visite. Les chroniqueurs islamistes ont reproché aux médias laïques leurs critiques, les accusant d'être proaméricains, pro-israéliens, les qualifiant de "lobby de traîtres". Le Premier ministre Erdogan et le ministre des Affaires étrangères Gul se sont faits l'écho de ces critiques en accusant "certains organes médiatiques" d'être "ouverts aux influences des diplomates et des agents étrangers." Ces commentaires ont provoqué de vives critiques de la part de différentes associations de presse, qui ont appelé Gul et Erdogan à présenter des preuves pour appuyer leurs déclarations. Gul est revenu sur son utilisation de l'expression "agents étrangers", déclarant avoir "dit plus" que ce qu'il "avait eu l'intention de dire".
Si les médias ont largement couvert la désapprobation des Etats-Unis, de l'Union européenne et d'Israël face à la visite, le Premier ministre Erdogan et le ministre des Affaires étrangères Gul ont affirmé que les Etats-Unis et Israël étaient au courant de la visite et lui étaient favorables.
NEMRI - N°1114 - 27 Mars 2006