A Bruxelles, la fête du Mouton a parfois tourné au cauchemar

Publié le par Famagouste

Un carnage affreux, dénoncent des témoins. L'Aïd-el-Kebir, la fête du Mouton, s'est transformée en cauchemar, mardi. Les sacrificateurs peu expérimentés n'ont pu faire face aux 3.000 moutons à égorger en un jour. L'eau manquait au début, l'électricité a déposé les armes pendant l'après-midi, mais ce ne sont que détails face à l'horreur qui a envahi les abattoirs.

Des moutons à moitié égorgés tentant de fuir la gorge tranchée, d'autres décédés d'une crise cardiaque, des rivières de sang...

Les policiers ont dû prêter main-forte aux sacrificateurs. Excédés, certains fidèles en sont venus à menacer au couteau agents et organisateurs.

D'autres ont été vus en train d'égorger eux-mêmes leur mouton sur le sol, parfois dans la boue. Il n'y a eu ni procès-verbal ni arrestation malgré les bagarres.

La police de Bruxelles-Ixelles a envoyé, hier, un rapport aux bourgmestres de la zone, Willy Decourty et Freddy Thielemans, et au procureur du Roi. La décision de porter plainte pour maltraitance  des animaux revient au procureur. Gaia, l'association de défense des animaux, a décidé de déposer plainte contre X pour maltraitance animale.

Le secrétaire d'État bruxellois à la Propreté publique, Emir Kir (PS), dresse un bilan plus que mitigé de l'initiative régionale :
« Je souhaite faire part de mes regrets à tous les fidèles musulmans qui se sont rendus à l'abattoir régional. Malgré tous nos efforts, les conditions étaient loin d'être idéales. » Une canalisation d'eau a rompu vers 10 heures. Les musulmans étaient censés aider les sacrificateurs, mais ne le savaient pas. Enfin, le nombre de sacrificateurs et d'habilleurs était insuffisant, sans compter que certains n'étaient pas suffisamment formés.

Environ 350 personnes ont exigé d'être remboursées.

Mais Kir se veut positif sur le nombre total d'abattages. Il estime que ces sacrifices légaux ont triplé par rapport à l'an passé. Si l'on prend en compte les sites d'abattage communaux (Molenbeek, Anderlecht et Schaerbeek) et le site régional, près de 3.700 moutons ont été sacrifiés. Un chiffre qui doit encore être revu à la hausse puisque Molenbeek laissait son site ouvert hier encore.

En 2005, seules 1.291 bêtes étaient passées par les sites officiels, sur un total de 15.000 à 18.000 sacrifices.

Malgré cette progression de la légalité, la polémique reste vive.

De nombreux musulmans sont sortis fâchés du site régional.

Pour le président de l'Exécutif des musulmans, Cozkun Beyazgul,
« il y a eu certes quelques dysfonctionnements, mais, dans l'ensemble, il faut se réjouir de l'amélioration de la participation par rapport à l'an passé. Je suis sûr qu'il y a des solutions pour améliorer le site régional pour l'an prochain. »

Au-delà de cet échec, la fête du Sacrifice pose aussi la question des déchets. Il est probable que des bêtes ont encore été égorgées à domicile, dans l'illégalité, et des déchets risquent fort de réapparaître.

Des containers ont été placés à Saint-Gilles, Molenbeek, Schaerbeek et l'Agence Bruxelles-Propreté. Selon un responsable de l'agence, 12.000 têtes de moutons abattus seraient encore « dans la nature ». Hier, dix plaintes contre des dépôts clandestins ont été déposées à Bruxelles-ville et les carcasses ont été retrouvées.

À Anderlecht :
« Nous avions mis sur pied des planques pendant la nuit de mardi à mercredi. Mais nous n'avons rien remarqué. Peut-être ont-elles eu un effet dissuasif », explique Philippe Debry, échevin de la propreté.

« Des contrôleurs tournent pour repérer les dépôts et on pourra dresser un bilan définitif dans quelques jours »,
dit-on à Bruxelles-Propreté. Les gens pourraient aussi opter pour le sac-poubelle, afin de se débarrasser des restes, mais ces détritus ne peuvent être incinérés . « Pour les peaux et les abats, il y a une filière particulière, avec des mesures hygiéniques et des techniques spécifiques. Des sociétés spécialisées s'en occupent. »

Le Soir - FANNY BOUVRY - ÉMILIE HAQUIN - 12 janvier 2006

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Publié dans avant.garde

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