Le transport des moutons à sacrifier peut favoriser la grippe aviaire
Le transport de moutons à travers la Turquie pour le sacrifice rituel de la fête qui marque la fin du pèlerinage à la Mecque pourrait favoriser l'extension de la grippe aviaire dans ce pays, a prévenu le président de l'ordre des médecins d'Istanbul.
Bien que les moutons et le bétail ne soient pas affectés par la grippe aviaire, les animaux qui ont vécu à proximité d'oiseaux malades peuvent porter le virus sur leur peau ou leurs pieds, a-t-il précisé devant la presse selon l'agence Anatolie.
"Les animaux en provenance de l'est et du sud-est constituent un danger potentiel" a-t-il déclaré, ajoutant que les moutons et le bétail vivaient dans le même environnement que le gibier d'eau de la région.
Deux enfants, contaminés par le virus mortel H5N1, ont trouvé la mort la semaine dernière dans l'hôpital de la ville de Van (est) tandis que deux autres sont malades de la grippe aviaire.
L'épidémie de grippe aviaire s'est déclarée dans sept zones des régions particulièrement pauvres de l'est et du sud-est de la Turquie où l'élevage constitue la principale ressource des populations.
Des milliers de moutons, vaches et taureaux en provenance de ces régions sont vendus dans les grandes villes turques en prévision de l'Aïd al-Adha (fête du sacrifice), l'une des plus importantes fêtes de l'islam, marquant la fin du pèlerinage à la Mecque, qui commence mardi.
Beaucoup de questions, peu de réponses
Les experts dépêchés en Turquie après le décès d'enfants contaminés par la grippe aviaire doivent répondre à ces questions essentielles : comment les victimes ont-elles contracté le virus et est-ce bien la souche asiatique du H5N1 qui a causé la mort ?
Vendredi, alors qu'un troisième enfant venait de mourir à l'hôpital de Van, dans la région contaminée par l'influenza aviaire dans l'est de la Turquie, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève appelait à ne pas céder à la panique.
L'infection est "circonscrite dans une province", placée sous quarantaine, et "il n'y a aucune raison d'avoir peur", a déclaré à la presse Fadéla Chaïb, porte-parole de l'OMS à Genève.
Les autorités turques ont recensé six foyers avérés ou suspects dans les élevages de volailles de la région, après avoir affirmé avoir éradiqué la maladie en décembre après une première contamination de volatiles dans l'ouest du pays.
Une fille, âgée de 11 ans, est morte tôt vendredi. Il s'agit du troisième décès imputé à la grippe aviaire en Turquie, où semblent tomber les premières victimes humaines de la maladie hors d'Asie du Sud-Est.
Les trois enfants, décédés en l'espace de cinq jours, sont membres de la même fratrie.
Un laboratoire londonien du réseau OMS a décelé chez deux victimes la souche asiatique du virus H5N1, celle qui a tué 74 personnes et des millions de volailles en Asie du Sud-Est depuis 2003, a indiqué un responsable du ministère turc de la Santé.
Cette même souche a été trouvée chez une troisième personne. Les autorités sanitaires ne donnaient vendredi soir aucune explication sur le troisième décès. Aucun détail n'a été transmis sur le nombre de prélèvements négatifs parmi les patients hospitalisés.
Vingt-six personnes, selon les autorités turques, étaient traitées vendredi à l'hôpital de Van pour des symptômes semblables à ceux de la grippe aviaire. Trois d'entre elles étaient dans un état grave.
Les malades sont soignés au Tamiflu, le seul médicament antiviral susceptible d'être efficace contre la grippe aviaire s'il est administré dès l'apparition des symptômes.
Une équipe de cinq experts (un virologue, un épidémiologiste, un vétérinaire épidémiologiste, un spécialiste du contrôle des épidémies et un expert de la santé publique) devait atteindre Van dans la journée de vendredi, a indiqué l'OMS.
Ils devaient tenter de déterminer comment toutes ces personnes ont pu être contaminées dans un laps de temps aussi court.
"La première hypothèse de travail, c'est que les enfants ont touché, ont joué avec des poulets malades et ont été infectés de cette façon-là", a estimé la porte-parole de l'OMS.
Dans cette région pauvre de la Turquie, extrêmement froide en hiver, les familles vivent souvent sous le même toit que la volaille. C'est par les excrétions des volatiles malades (salive, fientes) que se transmet le virus.
La transmission d'animal à humain semblait jusqu'à présent très difficile: on relevait en effet seulement 142 cas d'infections humaines au 30 décembre 2005, pour des millions de volailles atteintes. Les scientifiques n'ont pas réussi à établir pourquoi certaines personnes sont contaminées, tandis que la majorité d'entre elles reste indemne.
Les experts examineront aussi l'éventualité d'une contamination inter-humaine, qui signalerait une mutation du virus en une forme adaptée à l'humain et le début d'une épidémie potentiellement catastrophique. Il faut pour cela des analyses très poussées sur la structure génétique du virus.
Les scientifiques attendent également la première preuve que c'est bien le H5N1 qui a entraîné mort d'homme. Jusqu'à présent, en Asie du Sud-Est, les circonstances ne se sont pas prêtées à des recherches d'autres agents pathogènes dans le corps des victimes.
AFP - 6-7 janvier 2006