Un journaliste turc d'origine arménienne abattu à Istanbul

Publié le par Famagouste

Un inconnu a tué de quatre balles le journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink devant le siège de son journal Agos à Istanbul. Ses articles sur le génocide arménien en avaient fait la bête noire des milieux nationalistes turcs.

Le journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Agos, a été abattu devant les locaux de son journal à Istanbul, rapporte la télévision turque. Selon les premiers éléments concernant son assassinat, le journaliste aurait reçu quatre balles, dont deux en pleine tête. La police rechercherait un jeune homme coiffé d'un béret blanc et vêtu d'une veste en jean.

Vives réactions

Tandis que le principal indice de la Bourse turque a chuté à l'annonce du meurtre, le Premier ministre turc Tayyip Erdogan a réagi en dénonçant une attaque contre la paix et la stabilité de la Turquie. Il a déclaré lors d'une conférence de presse convoquée en toute hâte que deux hommes avaient été arrêtés dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Dink. Le ministère turc des Affaires étrangères a publié un communiqué affirmant qu'il "condamne avec force et maudit cette attaque abominable".

Muharrem Gotuzok, propriétaire d'un restaurant proche du journal, a dit que l'agresseur, âgé d'une vingtaine d'années, portait des jeans avait crié avant de prendre la fuite: "Je tire sur le non-Musulman". "Hrant était la cible parfaite pour ceux qui veulent entraver la démocratisation de la Turquie et son accession à l'Union européenne", a déclaré un journaliste d'Agos, Aydin Engin.

"Cette balle a été tirée contre la Turquie (...), une image a été créée d'une Turquie où les citoyens d'origine arménienne ne sont pas en sécurité", a renchéri Taha Akyol, rédacteur en chef de CNN Türk. Sur place, des manifestants scandaient "le gouvernement meurtrier paiera" et "tous ensemble contre le fascisme".

La bête noire des nationalistes turcs

L'an dernier, Dink avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour un article évoquant des thèses nationalistes arméniennes. Ses prises de position sur les massacres d'Arméniens sous l'empire ottoman, qu'il qualifiait de "génocide", en avaient fait la bête noire des nationalistes turcs, et notamment de l'extrême droite.

Lors de son procès, le tribunal avait estimé que ces propos allaient à l'encontre de l'article 301 du code pénal turc révisé, qui autorise les poursuites pour insulte à l'identité turque et évocation du génocide arménien. Dink avait alors déclaré: "Il se peut que j'en paie le prix mais la démocratie turque y gagnera, je l'espère." Ce verdict a été vivement critiqué par l'Union européenne, à laquelle la Turquie aspire à adhérer. S'agissant de la Turquie, il déclarait en juillet dernier: "Je ne quitterai pas ce pays. Si je partais, j'aurais le sentiment de laisser seuls les gens qui luttent pour la démocratie dans ce pays. Ce serait les trahir. Je ne pourrais jamais faire cela".

Risques politiques


Cet attentat risque de faire monter les tensions politiques en Turquie où toute la classe politique courtise les nationalistes en prévision de l'élection présidentielle de mai et des législatives qui doivent se tenir d'ici novembre.

Les milieux laïcs redoutent que le parti AK au pouvoir, qui puise ses racines dans l'islam, fasse élire le Premier ministre Erdogan à la présidence. Les laïcs, en particulier l'armée, très puissante en Turquie, redoutent que, s'il est élu président, Erdogan tente de réduire la séparation entre la religion et l'Etat.

L'Express.fr - 20 janvier 2007

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Publié dans Dans la presse

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