Tayyip Erdogan stigmatise la décision de l'UE
ANKARA (Reuters) - Le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan, a dénoncé mardi la décision des Européens de geler partiellement les négociations d'adhésion avec la Turquie, mais il a promis de poursuivre les réformes destinées à préparer l'intégration turque à l'UE.
De son côté, la Finlande, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, a formulé l'espoir d'une relance des négociations avec la Turquie d'ici la fin de l'année.
Les discussions pourraient porter sur le chapitre des affaires économiques et monétaires, a dit un haut responsable de l'UE. Ce serait une façon de tester la volonté de Chypre de cesser de bloquer l'ensemble des négociations, ainsi qu'elle l'a fait depuis septembre.
Lundi, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Cinq se sont mis d'accord pour geler huit des 35 chapitres de la négociation engagée avec Ankara - les plus importants puisqu'ils portent sur des dossiers comme l'agriculture ou la libre circulation des services.
La Commission européenne a salué la décision des ministres des Affaires étrangères. "La Commission considère qu'il s'agit d'une base saine et claire pour la gestion des futures négociations d'accession avec la Turquie", a dit lors d'un point de presse Pia Ahrenkilde-Hansen, porte-parole de la Commission.
"Cette décision est injuste pour la Turquie", s'est en revanche insurgé Erdogan. "En dépit de nos efforts, les relations Turquie-UE traversent une grave épreuve", a-t-il déclaré à des membres de l'AKP, parti au pouvoir.
"Notre processus de réforme se poursuivra avec la même détermination", a-t-il ajouté dans un discours diffusé en direct par la télévision turque.
Revenant apparemment sur une proposition formulée la semaine dernière pour sortir de l'impasse, Erdogan a dit que la Turquie ne prendrait aucune mesure unilatérale sur la question des relations commerciales avec Chypre.
LES MARCHES SOULAGÉS
La semaine dernière, la Turquie avait indiqué qu'elle pourrait ouvrir un port sans condition aux navires chypriotes, pour une durée d'un an, à titre d'essai.
Quelques instants avant son Premier ministre, le chef de la diplomatie turque, Abdullah Gul, avait estimé que la suspension partielle des négociations témoignait d'un manque de vision.
La Turquie n'entretient pas de relations diplomatiques avec Chypre, membre de l'UE depuis 2004. Elle soutient la République séparatiste chypriote turque du nord de l'île, qui n'est pas reconnue par la communauté internationale.
Ankara dit ne pas être en mesure d'ouvrir ses ports aux Chypriotes grecs tant que les sanctions commerciales imposées par l'UE aux Chypriotes turcs ne sont pas levées. Chypre s'oppose à la levée de ces sanctions.
Deniz Baykal, chef du Parti populaire républicain (CHP, opposition de centre gauche et nationaliste), a accusé le gouvernement de mal gérer le dossier de l'adhésion.
"Alors que ce gouvernement était prêt à toute sorte de concession dans les relations avec l'UE, nous sommes arrivés dans une impasse (...) Des tas de discussions nous ont conduits à un divorce rapide", a-t-il dit.
Les marchés financiers turcs étaient en hausse mardi, les investisseurs étant soulagés de voir que l'UE n'avait pas arrêté de sanctions plus sévères.
La Turquie a entamé des discussions d'adhésion à l'UE l'an dernier, mais on ne s'attend pas à une intégration avant plusieurs années, si toutefois elle intervient jamais.
Chypre est divisée selon des clivages ethniques depuis que la Turquie a envahi la partie nord de l'île, en 1974, à la suite d'un bref coup d'Etat de Chypriotes grecs soutenus par la junte militaire alors au pouvoir en Grèce.