Mise en cause du régime d'isolement dans les prisons turques

Publié le par Famagouste

Un avocat turc, Me Behic Asci, mène depuis plus de deux cents jours, à Istanbul, ce qu'il appelle un "jeûne jusqu'à la mort" pour dénoncer les conditions de détention, en Turquie, de certains de ses clients. Emprisonnés dans des établissements dits de "type F", ils sont soumis à un isolement quasi complet.

Son combat a été relayé à Bruxelles par deux membres du barreau belge, Me Georges-Henri Beauthier et Me Jan Fermon. Ils viennent de rendre un rapport sur ce conflit après avoir effectué eux-mêmes une mission sur place, les 21 et 22 octobre, pour le compte de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), la Ligue belge des droits de l'homme et l'Association internationale des juristes démocrates. Leur rapport détaille une situation qui, pour l'instant, selon eux, semble indifférer tant les autorités turques que les institutions européennes.

Me Asci et des organisations turques, citées dans le rapport, appellent à une mobilisation du Parlement européen et du Conseil de l'Europe pour faire cesser une pratique qui, estiment-ils, pourrait être un autre obstacle à l'entrée de la Turquie dans l'Union.

"Vie en danger"

Selon eux, c'est en 2000, à l'issue d'une série d'incidents violents, que le gouvernement turc a décidé d'interner des prisonniers - souvent des condamnés pour délit politique - dans des prisons de "type F", conformes, selon Ankara, aux standards des prisons européennes. Dans ces centres, les détenus sont soumis à un régime strict d'isolement, ne pouvant se retrouver, brièvement, qu'à la bibliothèque. Une discipline militaire est appliquée et les contacts entre gardiens et prisonniers sont rares. L'interdiction des visites familiales est un moyen de rétorsion souvent utilisé.

Deux mille prisonniers, au total, seraient soumis à ce régime que Mes Beauthier et Fermon décrivent comme contraire à l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui porte sur le respect de la vie privée et familiale. 122 personnes seraient mortes, depuis six ans, pour avoir fait la grève de la faim en vue de dénoncer cette situation. Fin 2000, une révolte des détenus a été matée violemment, causant la mort de vingt-huit d'entre eux.

Les avocats turcs, les défenseurs des droits de l'homme et l'ordre des médecins d'Istanbul - qui veut enquêter sur les effets de l'isolement sur la santé - se heurtent au silence des autorités. Ces dernières ont refusé de rencontrer la mission belge.

Dans leur rapport, les deux avocats se distancient de la méthode de combat utilisée par Me Asci mais, expliquent-ils, les organisations internationales qui les ont mandatés "ne peuvent rester indifférentes devant la détermination d'un avocat qui met sa vie en danger pour protester contre les conditions de détention de ses clients". Me Asci demande pour ceux-ci des cellules de deux personnes, un accès aux espaces communautaires et un contact social avec un nombre raisonnable de personnes. 

Le Monde - Jean-Pierre Stroobants - 20 novembre 2006

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Publié dans Dans la presse

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