18 mai : Craintes sur les intérêts français en Turquie

Publié le par Famagouste

Les entreprises françaises implantées en Turquie s’attendaient vendredi 12 mai à un véritable Waterloo commercial en cas d’adoption par le Parlement français d’une proposition de loi prévoyant des sanctions pénales contre toute personne niant l’existence du génocide arménien.

En 2001 déjà, le vote par les députés français d’une loi reconnaissant le caractère génocidaire des massacres d’Arméniens commis en Anatolie entre 1915 et 1917 avait suscité l’ire d’Ankara, qui admet que des massacres ont été commis mais réfute catégoriquement le terme de génocide.

Plusieurs entreprises françaises comme Thomson ou Alcatel avaient alors été exclues d’appels d’offres publics, tandis que se multipliaient les appels au boycott contre les produits hexagonaux. Le Parlement français doit cette fois discuter une proposition de loi déposée par des députés socialistes (opposition), qui prévoit cinq ans d’emprisonnement et 45.000 euros (57.000 dollars) d’amende pour les auteurs de déclarations niant le "génocide arménien".

Et la Turquie a déjà prévenu que les relations bilatérales pourraient souffrir de "dommages incalculables".

"En 2001, les effets de la loi sur le génocide ont été dilués par le fait que la Turquie entrait dans une grave crise économique", qui aurait de toute façon fait chuter les échanges bilatéraux, a expliqué à l’AFP le directeur de la mission économique française à Istanbul, François Sporrer.

La valeur des exportations françaises vers la Turquie avait alors plongé de 3,53 milliards de dollars en 2000 à 2,28 milliards de dollars en 2001, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique (TUIK).

Mais cinq ans plus tard, la Turquie affiche des records de croissance (5,9% en 2003, 9,9% en 2004, 7,6% en 2006), et se sont désormais au moins 9,6 milliards de dollars d’échanges bilatéraux qui sont en jeu, si l’on s’en tient aux résultats enregistrés en 2005.

"Cette fois, les conséquences seront plus grave. Le gouvernement est mieux organisé et il se sent plus fort, surtout depuis que nous sommes devenus officiellement (en octobre, ndlr) des candidats à l’entrée dans l’Union européenne", estime Esref Hamamcioglu, directeur pour la Turquie de la société de restauration collective française Sodexho.

L’opinion est partagée par Yves-Marie Laouënan, président de la Chambre de commerce française en Turquie et dirigeant de la société de conseil LDS Consulting.

"Le plus grave en 2001, c’était le boycott sournois pratiqué par des individus dans l’administration, notamment les douanes, qui prenaient à leur compte la défense de l’honneur national, (...) et puis aussi tous nos interlocuteurs qui nous en ont terriblement voulu", commente l’entrepreneur.

"Mais ce sera pire cette fois. Si la proposition de loi passe, aller en France faire des déclarations disant qu’il n’y a pas eu de génocide sera comme un brevet de patriotisme, et ces affaires constitueront autant de piqûres de rappel" relançant l’hostilité anti-française, prévoit-il.

Pour éviter le désastre, la Chambre de commerce, forte de 430 adhérents, a multiplié les appels aux dirigeants hexagonaux, dont une lettre au président Jacques Chirac, les enjoignant d’empêcher le vote du projet de loi.

"Tous les acteurs économiques ici sont en train d’agir auprès des autorités françaises" pour éviter une situation qui "mettra en péril pour longtemps les relations" franco-turques, résume Raphael Esposito, directeur de la Chambre de commerce, qui fait déjà état de baisses des ventes chez certaines entreprises.

"Il existe peu de pays connaissant un boom économique comparable à celui traversé par la Turquie", rappelle pour sa part Luc de Noirmont, directeur du distributeur Carrefour, avant d’appeler les parlementaires français à "laisser la raison l’emporter".

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Publié dans avant.garde

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