Deux reporters accusées de fabriquer des cocktails Molotov risquent la prison à vie

Publié le par Famagouste

Reporters sans frontières exprime sa profonde inquiétude quant au sort de deux reporters de l’agence prokurde DIHA, Evrim Dengiz et Nesrin Yazar, arrêtées le 15 février 2006 par la police antiterroriste à Mersin (300 kilomètres au sud d’Ankara). Les deux femmes ont été interpellées alors qu’elles venaient de couvrir la manifestation commémorant le septième anniversaire de la détention du leader séparatiste kurde du PKK/Kongra-Gel, Abdullah Öcalan.

Leur véhicule a été stoppé par un minibus, d’où sont sortis des hommes armés. Les forces spéciales les ont éloignées de la voiture pour procéder à la fouille. Un policier aurait alors trouvé des cocktails Molotov dans le véhicule, accusant les journalistes de les avoir fabriqués pour la manifestation. Le juge a classé l’affaire secret-défense et le procureur de Mersin réclame la prison à vie en vertu de l’article 302-1 du code pénal, pour « atteinte à l’unité de l’Etat et l’intégrité du territoire ».

« Nous sommes extrêmement inquiets des accusations portées contre les journalistes de l’agence DIHA et de la sévérité de la peine requise par le Procureur. Les circonstances de leur arrestation sont particulièrement confuses et ne permettent pas d’établir clairement leur culpabilité. Les autorités judiciaires doivent faire toute la lumière sur la provenance des cocktails Molotov, seul élément à charge contre les journalistes. La décision du juge de classer le dossier secret est hâtive et empêche toute transparence sur l’affaire », a déclaré Reporters sans frontières.

Evrim Dengiz et Nesrin Yazar ont été interrogées pendant deux jours, avant d’être incarcérées, le 17 février, à la demande du procureur de Mersin. Comme l’affaire a été classée secret-défense, les avocats des victimes n’ont aucun accès au dossier et peuvent difficilement construire leur défense.

L’article 302-1 du code pénal invoqué par le procureur est particulièrement sévère puisqu’il prévoit la prison à vie, sans recours à la loi d’amnistie, pour toute personne qui commet un « acte qui porte atteinte à l’unité de l’Etat (...) ou qui affaiblit son indépendance ».

D’après un membre de l’Association des droits de l’Homme IHD, Nesrin Yazar aurait déjà été menacée par les forces de police qui lui auraient demandé de ne plus travailler pour l’agence DIHA, la menaçant de représailles.

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Publié dans Dans la presse

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