La visite du Hamas en Turquie fait resurgir la question du génocide des Arméniens

Publié le par Famagouste

Un dirigeant du Hamas, Khaled Mechaal, s’est félicité jeudi 16 février des « recommandations » reçues de la part des autorités turques au cours d’une visite surprise à Ankara, tandis qu’un responsable israélien a fustigé cet accueil d’une délégation islamiste palestinienne.

« Nous avons reçu ici le même soutien que celui des pays arabes », a déclaré M. Mechaal à la presse à l’issue d’une rencontre avec des dirigeants du Parti de la Justice et du Développement (AKP, issu de la mouvance islamiste, au pouvoir).

« Des recommandations utiles nous ont été faites, nous entendons tirer profit de ces recommandations importantes pour l’avenir du peuple palestinien (...) Nous remercions le gouvernement turc », a-t-il souligné.

M. Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, accompagné de quatre collaborateurs, était arrivé jeudi matin à Ankara pour des discussions menées à sa demande, selon le ministère turc des Affaires étrangères.

La délégation s’est entretenue avec des diplomates turcs avant de se rendre au siège de l’AKP pour une réunion à laquelle a également participé le chef de la diplomatie Abdullah Gül.

M. Mechaal a expliqué que l’objectif principal de son mouvement, vainqueur des législatives palestiniennes, était d’instaurer « une véritable indépendance et la suprématie de l’État de droit » dans les territoires palestiniens et de mettre fin à l’occupation israélienne.

« La Turquie est un modèle de démocratie pour nous », a-t-il ajouté.

Dés l’annonce en janvier de la victoire du Hamas aux législatives, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait annoncé que son pays était prêt à servir d’intermédiaire entre Israël et le Hamas, misant sur les bonnes relations qu’Ankara entretient avec les deux parties.

La Turquie, pays musulman mais laïque, est le principal allié d’Israël dans la région depuis 1996, mais elle soutient aussi la revendication des Palestiniens à avoir un État.

Un diplomate turc a précisé que « les parties américaine et israélienne ont été informées mercredi soir de cette visite » d’une délégation du Hamas, ce qui n’a pas empêché des réactions véhémentes de la part d’Israël.

Dans un communiqué, la diplomatie turque avait indiqué que « les attentes de la communauté internationale seront transmises de la manière la plus claire » aux personnalités palestiniennes, c’est-à-dire concernant une renonciation de cette organisation à la violence.

Réactions véhémentes de la part d’Israël

« C’est une grave erreur, cette visite pourrait avoir des conséquences sur nos relations, qui seront difficiles à réparer », a déclaré jeudi 16 février un porte-parole de la présidence du Conseil israélien, Raanan Gissin, sur la chaîne NTV.

Israël a catégoriquement exclu toute discussion avec le Hamas aussi longtemps que celui-ci prône la destruction de l’État hébreu et cherche à prévenir tout accueil d’une délégation du Hamas par des pays d’Europe.

"Je me demande ce que penseraient les autorités turques si nous invitions Abdullah Ocalan (chef des séparatistes kurdes de Turquie emprisonné en Turquie) pour des entretiens en Israël", a dit le responsable à la chaîne turque NTV.

Selon M. Gissin, le Hamas est une organisation "terroriste" et discuter avec ce mouvement ne contribuerait pas à relancer le processus de paix au Proche-Orient. "Au contraire ce serait asséner un coup à ce processus".

Le chef de la diplomatie israélienne, Mme Tzipi Livni, a pour sa part minimisé l’importance de la visite de M. Mechaal : "Nous n’avons pas été surpris par l’invitation (turque). (Le ministre turc des Affaires étrangères) Abdullah Gül m’a informé que cette rencontre aurait lieu".

De son côté Alon Liel, ancien conseiller en politique étrangère d’Ehud Barak et ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien et président du conseil des affaires israélo-turques a déclaré au journal turc Zaman que " des discussions entre parties étaient normales cependant la Turquie devrait revoir sa situation internationale après avoir reçu le Hamas" ajoutant que les relations israélo-turques pourrait se détériorer si la Turquie continue ses relations avec le Hamas si ce dernier ne change pas de position. Alon Liel a conclut son intervention en indiquant que certains cercles en Israel pourrait désormais jouer la carte kurde ou du génocide arménien.

Appel de Steinmeier

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a estimé pour sa part que les Turcs devraient faire passer un message de fermeté au Hamas. "Semblables pourparlers ne peuvent avoir lieu que s’ils servent à envoyer un message clair : reconnaissance (d’Israël), renonciation à la violence", avait dit le ministre, qui s’est entretenu cette semaine avec Gül lors d’une halte à Ankara.

Jeudi, la Russie, membre du "quartet" international sur le Proche-Orient, avait annoncé avoir donné son accord de principe pour la venue à Moscou début mars d’une délégation du Hamas. Ce projet a fait également grincer des dents aux Etats-Unis et en Israël.

Erdogan renonce

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, autre membre de l’AKP a renoncé pour sa part à son projet de recevoir cette délégation de cinq membres.

Erdogan semble en cela avoir cédé à de fortes pressions exercées par Israël comme par l’Occident.

Le chef de la diplomatie turque a quitté le siège de l’AKP, où il s’était entretenu pendant une heure trente avec les dirigeants du Hamas, sans faire aucune déclaration à la presse.

Le ministère turc des Affaires étrangères, selon des diplomates occidentaux en poste à Ankara, a été embarrassé au final par la visite du Hamas, qui semblerait avoir été organisée par les services du Premier ministre, et a souhaité en minimiser l’importance.

Mais, soucieux apparemment de ne pas irriter Israël et Etats-Unis avec cette visite du Hamas, le ministère turc des Affaires étrangères a assuré qu’elle se déroulait à l’initiative du mouvement intégriste.

Selon les chaînes d’information NTV et CNN-Türk, le Hamas a été invité en Turquie par le parti au pouvoir, celui de la Justice et du Développement (AKP, issu de la mouvance islamiste).

Méchaal a déclaré aux journalistes après la rencontre que sa délégation avait pris au sérieux les conseils donnés par le gouvernement turc, conseils dont il n’a pas donné les détails. Des responsables turcs ont, en aparté, déclaré qu’ils appelaient le Hamas à renoncer à la violence et à reconnaître l’Etat d’Israël.

"Nous avons reçu le même soutien du gouvernement turc que celui reçu de gouvernements arabes", a ajouté Méchaal, dont les propos risquent aussi d’embarrasser la Turquie, qui entretient d’étroites relations avec Israël.

M. Gül a estimé que le processus de paix au Proche-Orient devait se poursuivre après la victoire électorale des islamistes palestiniens, mais que le Hamas devait fournir les réponses correctes à la situation, en allusion à l’arrêt de la violence réclamé par la communauté internationale.

« Deux États indépendants, Israël et la Palestine, devraient pouvoir coexister en paix », a estimé M. Gül lors d’une conférence de presse avec son homologue tchèque Cyril Svoboda en visite à Ankara.

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Publié dans avant.garde

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