La Turquie ouvre une enquête judiciaire contre un parlementaire européen
Le Parquet turc a ouvert une enquête mardi pour déterminer s'il y a lieu de juger en Turquie un membre néerlandais du Parlement européen (PE), qui aurait insulté l'armée turque et tenté de faire pression sur le système judiciaire du pays, a rapporté l'agence Anatolie.
Plusieurs avocats de la mouvance nationaliste ont déposé plainte contre Joost Lagendjik, co-président du comité parlementaire conjoint turco-européen, à la suite des remarques qu'il avait faites à l'ouverture début décembre du procès de l'écrivain turc le mieux connu à l'étranger, Orhan Pamuk.
M. Lagendijk, qui faisait partie d'une délégation parlementaire européenne présente à l'ouverture du procès, avait déclaré dans une conférence de presse que les militaires turcs provoquaient des affrontements avec les rebelles séparatistes kurdes dans le sud-est du pays et avait critiqué le procès d'Orhan Pamuk.
Le Parquet va enquêter pour savoir si le parlementaire néerlandais a violé les dispositions du code pénal turc qui punit "toute insulte à l'identité nationale turque, à la République, à l'Etat et aux institutions de la Turquie", et si ses propos constituent une pression "de nature à porter atteinte au caractère équitable du procès" de M. Pamuk, a précisé Anatolie.
L'augmentation récente de procès contre des intellectuels à l'intiative de procureurs zélés fait planer des doutes sur la sincérité de l'engagement de la Turquie à respecter la liberté d'expression, peu de temps après l'ouverture le 4 octobre des négociations en prévision de l'adhésion de ce pays à l'Union européenne.
Le même groupe d'avocats qui a déposé plainte contre M. Lagendjik est à l'origine de celle ayant conduit à l'ouverture du procès d'Orhan Pamuk accusé d'avoir insulté l'identité nationale turque avec ses propos sur le "génocide arménien" sous l'empire ottoman, publiés par un magazine suisse en février.
Ce groupe est également à l'origine d'une décision de justice en septembre interdisant une conférence d'universitaires contestant la version officielle d'Ankara au sujet des massacres perpétrés pendant la Première Guerre mondiale et qui ont été qualifiés de génocide par plusieurs pays.
La conférence a quand même eu lieu mais avec un jour de retard et dans un lieu différent de celui prévu initialement.
Lundi, 169 écrivains, artistes, journalistes et universitaires turcs ont adressé une pétition au gouvernement lui demandant d'abroger les lois limitant la liberté d'expression.
AFP - 27 décembre 2005