ECEVIT, Bülent

Publié le par Famagouste

Homme politique turc et journaliste né en 1925 à Istanbul dans une famille appartenant à la classe moyenne. Il a débuté sa carrière politique en 1957 comme parlementaire du Parti Républicain du Peuple (CHP), parti de centre-gauche.

En 1961, il devient ministre du Travail dans le gouvernement d'Ismet Inonü, le président du CHP jusqu'en 1965. Ecevit gravit alors rapidement les échelons au sein du parti: élu secrétaire général en 1966, il oriente le parti davantage à gauche. Pour lui, le "socialisme démocratique" est la meilleure manière pour la Turquie de se défendre de la menace du communisme.

En mars 1971, Bülent Ecevit démissionne de son poste en réaction au soutien accordé par son parti au nouveau gouvernement de Nihat Erim après que Süleyman Demirel eut été forcé de quitter ses fonctions à la suite d'un coup d'Etat militaire "light". Ecevit protestait ainsi contre l'intervention constante des militaires dans les affaires de l'Etat.

Un an plus tard, Ecevit remplace Inonü comme président du CHP et mène le parti au succès lors des élections législatives de 1973. En 1974, il forme avec le Parti du salut national (MSP, islamiste) de Necmettin Erbakan, une coalition gouvernementale de courte durée qui supprime l'interdiction de la production d'opium (mesure qui venait d'être introduite sous la pression américaine) et, surtout, qui envoie, en juillet, des troupes à Chypre pour y protéger la minorité turque après le coup d'Etat intervenu en Grèce. L'armée turque prend alors le contrôle du nord de l'île. Cette coalition n'est cependant pas viable et Ecevit se retire en novembre de la même année, cédant sa place à Demirel.

Populaire, Ecevit forme un autre gouvernement en janvier 1978, promettant de mettre un terme à la crise économique et à la montée de la violence politique. Son gouvernement adopte sans succès un programme de stabilisation économique préparé avec le FMI. L'inflation et le chômage poursuivent cependant leur progression tandis que la violence politique et ethnique continue sur fond d'affrontement entre l'extrême droite et l'extrême gauche. Ecevit se retire en octobre 1979 et est une nouvelle fois remplacé par Süleyman Demirel.

Suite au coup d'Etat militaire du 12 septembre 1980, les partis politiques, dont le CHP, sont interdits. Bülent Ecevit est autorisé en 1987 à reprendre une activité politique. Il prend alors la tête du nouveau DSP (Parti de la Gauche Démocratique, créé en 1985 et présidé jusque-là par son épouse, Rahsan Ecevit). Le DSP devient le principal parti de gauche. Se distinguant par une approche nationaliste sur les dossiers grec, chypriote et kurde, le DSP est surtout le parti du couple Ecevit qui y maintiennent une discipline de fer entièrement tournée autour de leurs deux personnes.

Le DSP participe à la coalition gouvernementale avec le Parti de la mère patrie (ANAP, centre-droit) de juillet 1997 à novembre 1998. Bülent Ecevit est alors vice-Premier Ministre. Il est ensuite appelé à former un gouvernement pour diriger le pays jusqu'aux élections législatives du 18 avril 1999. Son gouvernement (le sixième que connaissait la Turquie depuis les élections de 1995) minoritaire - composé uniquement du DSP - obtient une majorité parlementaire grâce au soutien de l'ANAP et du DYP.

Bülent Ecevit bénéficie des retombées politiques de l'arrestation, le 16 février 1999, d'Abdullah Ocalan, le chef du PKK. Lors des élections d'avril 1999, le DSP passe de 14,6 à 22% des voix et devient le premier parti de Turquie, suivi du Parti de l'Action Nationale de Devlet Bahceli (extrême-droite), du Parti de la Vertu (Fazilet, islamiste, qui a succédé au Refah) et du Parti de la Mère Patrie (ANAP) de Mesut Yilmaz.

A la suite de ces élections, Ecevit forme un gouvernement de coalition avec le MHP et l'ANAP et bénéficie ainsi d'une majorité confortable au parlement (351 sièges sur 550) pour faire adopter les réformes économiques recommandées par le Fond Monétaire International. Il devient lui-même Premier Ministre et, le 9 juin 1999, son gouvernement obtient le vote de confiance du Parlement avec une écrasante majorité. Dans ce gouvernement, le DSP obtient le porte-feuille des Affaires Etrangères (Ismaïl Cem), alors que la MHP occupe le siège de la Défense (Sabahattin Cakmakoglu) et l'ANAP l'Intérieur (Saadettin Tantan).

La coalition DSP-MHP-ANAP sera secouée par la crise économique et par diverses crises politiques que Bülent Ecevit, régulièrement malade, peine à gérer. Le DSP, dont la direction n'est plus que le monopole exclusif du couple Ecevit, connaît des dissenssions débouchant sur la défection d'Ismail Cem qui décide de créer son propre parti (le Parti de la nouvelle Turquie, YTP) qui n'obtiendra que 1,14% des suffrages lors des élections législatives du 3 novembre 2002.

Alors que Bülent Ecevit, très affaibli par l'âge et la maladie, s'accroche au pouvoir, le DSP s'effondre lors des élections du 3 novembre 2002 obtenant à peine 1,22% des voix, signant ainsi de façon pathétique la fin de la longue carrière politique de Bülent Ecevit.

 Institut Européen de Recherche sur la Coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe

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