Chypre et Famagouste...

Publié le par Famagouste

1192-1194 : Règne de Guy de Lusignan. Il distribue des fiefs à plusieurs centaines de chevaliers de Terre sainte, et établit ainsi le régime féodal.

1194-1205 : Règne d’Amaury de Lusignan.

1196 : Amaury s’adresse au pape Célestin III et lui demande d’établir dans l’île l’Église latine en vue de convertir les autochtones, fidèles de l’Église grecque. L’Église latine est constituée à la fin de l’année, avec trois évêchés à Famagouste, Limassol et Paphos et un archevêché à Nicosie. Les terres et les biens donnés au clergé latin sont prélevés sur ceux de l’Église grecque.

Septembre 1197 : Amaury de Lusignan reçoit dans la cathédrale de Nicosie la couronne royale de Chypre des mains du chancelier impérial Conrad (au nom de l’empereur Henri VI) et du légat du Pape. La présence du représentant de l’empereur germanique s’explique par le fait que Richard, prisonnier de ce dernier, a acheté sa liberté en lui abandonnant les droits qu’il conservait sur Chypre après avoir vendu l’île à Guy de Lusignan. Il se marie en secondes noces avec Isabelle, reine douairière de Jérusalem veuve d’Henri de Champagne, et fonde ainsi le « royaume de Chypre et de Jérusalem ». Il régnera jusqu’en 1205 mais fonde une dynastie appelée à durer trois siècles. Il doit briser la révolte du Chypriote Kanakès mais réussit à imposer son autorité. L’administration est organisée sur le modèle des Assises de Jérusalem. L’assemblée des chevaliers, la Haute Cour, est l’autorité suprême du royaume mais le souverain n’en dispose pas moins de pouvoirs étendus. Le latin est la langue officielle sous Guy et Amaury de Lusignan avant d’être remplacé par le français mais la fin de la dynastie verra le retour de l’emploi de la langue grecque.

1204 : La prise de Constantinople par les croisés de la quatrième croisade contraint le patriarche grec à fuir à Nicée et entraîne un affaiblissement de l’ensemble de l’Église grecque.

1205-1218 : Règne d’Hugues Ier de Lusignan. Fils aîné d’Amaury qui vient de mourir à Acre, il n’a que onze ans quand il succède à son père. Couronné en 1211, il meurt au cours d’un voyage en Syrie.

1218-1253 : Règne d’Henri Ier. Il n’a que neuf mois à la mort de son père et sa mère Alix exerce la régence. Elle se mariera ensuite avec le prince d’Antioche et partira pour la Syrie, quittant ainsi Chypre sans avoir pu éviter les luttes opposant les factions chevaleresques dont celle de la famille d’Ibelin qui contrôle la charge de bailli du royaume.

1219 : Le pape Innocent III envoie à Nicosie le légat Pélagius pour y renforcer l’Église latine.

1222 : Le concile latin réuni à Famagouste établit la supériorité de l’Église romaine sur l’Église grecque. Les évêchés grecs qui étaient au nombre de dix ne sont plus que quatre et leurs sièges sont écartés des villes de résidence des évêques latins. L’Église latine se réserve également le droit de fixer le nombre des moines relevant de l’Église grecque et d’approuver les consécrations des évêques grecs. L’archevêque grec de Famagouste, qui proteste contre ces décisions, est exilé et se réfugie à Nicée, capitale temporaire de l’Empire byzantin. Malgré la médiation de la régente Alix, le conflit se durcit avec l’exécution de moines grecs qui sont accusés d’hérésie et brûlés vifs.

1228 : Visite de l’empereur Frédéric II à Chypre. Il enlève à Jean d’Ibelin sa charge de bailli et escompte marier au jeune roi sa nièce Alix de Montferrat.

1233 : Les Ibelin réaffirment leur autorité sur l’île. Chypre exerce durant cette période une sorte de tutelle sur ce qui subsiste du royaume de Jérusalem.

Septembre 1248-mars 1249 : Séjour de saint Louis à Chypre.

1253-1267 : Règne d’Hugues II. Il n’a que quelques mois à la mort de son père Henri Ier. C’est le cousin de la veuve d’Henri, tante paternelle du défunt, qui assure la régence et qui lui succède quand il meurt prématurément. Avec lui, c’est la famille de Poitiers, établie depuis 1163 dans la principauté normande d’Antioche, qui succède à celle des Lusignan, mais en abandonnant son nom patronymique pour relever celui de la dynastie éteinte.

1260 : Par sa Bulla Cypria, le pape Alexandre IV confirme les décisions prises en 1222 au concile de Famagouste. Les évêques grecs doivent prêter un serment de fidélité à l’archevêque latin et sont interdits de résidence dans les villes. Une part de leurs revenus est affectée à la dîme versée aux prélats latins et les tribunaux ecclésiastiques latins sont seuls habilités à régler les différends entre Grecs et Latins.

1267-1284 : Règne d’Hugues III, qui prend en 1269 le titre de « roi de Jérusalem » – ce qui ne correspond plus qu’au pauvre royaume d’Acre. Il participe à plusieurs expéditions en Terre sainte et impose son autorité aux Templiers établis dans l’île.

1284-1285 : Règne de Jean Ier, fils d’Hugues III.

1285-1324 : Règne d’Henri II, frère de Jean disparu prématurément. Ce sont ses frères, Guy et Amaury, qui exercent en réalité le pouvoir, notamment quand Henri Ier sera prisonnier en Arménie de 1306 à 1310.

1324-1359 : Règne d’Hugues IV, cousin d’Henri II. Son règne voit l’apogée économique de la Chypre médiévale. Après la chute d’Acre reprise aux croisés en 1291, Chypre demeure le seul pays de la Méditerranée orientale aux mains des chrétiens latins. Famagouste est alors le premier port et le premier centre commercial de l’Orient.

1359-1369 : Règne de Pierre Ier. Il entend donner la priorité à la lutte contre les Turcs ottomans qui apparaissent de plus en plus menaçants. Héritier du vieil esprit chevaleresque, Pierre Ier veut ranimer l’idéal de la croisade. Il prend Adalia et Gorycos sur les côtes d’Asie mineure et impose le paiement d’un tribut à plusieurs émirs turcs de la région. Il réussit même à s’emparer d’Alexandrie mais ne peut pousser au-delà et doit abandonner sa conquête. Ses projets de croisade ne rencontrent pas l’écho espéré en Occident et il est finalement assassiné à la faveur d’une rébellion nobiliaire.

1369-1382 : Règne de Pierre II qui est couronné en 1372. La rivalité entre Vénitiens et Génois dégénère rapidement et l’île se transforme en champ de bataille entre les deux colonies rivales.

1374 : Les Génois s’emparent de Famagouste, en réponse à un incident les ayant opposés aux Vénitiens lors du couronnement de Pierre II. Il ne s’agit d’abord que d’une prise de gage en vue du paiement d’une indemnité mais l’annexion complète intervient en 1382, avec la signature d’un traité conclu avec son successeur.

1382-1398 : Règne de Jacques Ier soutenu par les Génois.

1398-1432 : Règne de Janus.

1426 : Les Mamelouks d’Égypte attaquent l’île, remportent le 7 juillet la victoire de Khirokitia (Chéroidie pour les Francs), s’emparent du roi Janus et l’emmènent prisonnier au Caire avant de le libérer contre une forte rançon et le paiement d’un tribut annuel.

1432-1458 : Règne de Jean II.

1458-1487 : Règne de Charlotte, fille de Jean II, qui se marie à son cousin Louis de Savoie.

1460-1473 : Règne de Jacques II, fils naturel de Jean II qui revendique le trône et se rend en Égypte pour y chercher le soutien du sultan mamelouk. Il s’empare en 1460 de Larnaca et reçoit l’appui de la population grecque. Charlotte doit se réfugier à Cyrénie. Jacques II se fait couronner à Nicosie comme « roi de Chypre, de Jérusalem et d’Arménie » et reprend Famagouste aux Génois. Exilée à Rome, Charlotte, qui n’a pas d’enfants, transmet ses droits à la maison de Savoie dont est issu son mari. Jacques II réagit en cherchant l’appui de Venise et en sollicitant la main de Catherine Cornaro en même temps que l’alliance de la République des doges. Le mariage est célébré par procuration à la cathédrale Saint-Marc et Catherine part pour Famagouste. En quelques années, les Vénitiens imposent leur autorité dans l’île sous la direction de l’amiral Pierre Mocenigo et d’André Cornaro, l’oncle de Catherine. Ce dernier est même soupçonné d’avoir empoisonné Jacques II, mort en 1473. Catherine donne naissance ensuite à un fils posthume, Jacques III qui ne vivra qu’un an.

1467 : Accord avec le pape vénitien Paul II garantissant l’autonomie que l’Église de Chypre avait acquise vis-à-vis de la papauté depuis l’époque du Grand Schisme d’Occident.

1468 : Reprise de Famagouste aux Génois.

1473-1474 : Règne de Jacques III. Après la mort de cet enfant, les adversaires des Vénitiens offrent le trône à Alphonse, fils naturel du roi Ferdinand de Naples et assassinent André Cornaro ainsi qu’un autre oncle de Catherine qui demeure reine de l’île jusqu’à sa cession à Venise.

1474-1489 : Règne de Catherine Cornaro. Elle ne dispose que d’une liberté d’action limitée et, dès 1487, le drapeau de la République de Saint-Marc est hissé à Nicosie.

1489 : Cession de Chypre à la République de Venise après l’abdication de Catherine, obtenue lors d’un voyage à Venise. Les Vénitiens ont pris soin auparavant de déporter et de confiner à Padoue les fils et la fille illégitimes de Jacques II, qui avaient pourtant été reconnus par leur père et déclarés aptes à la succession. Les nouveaux maîtres de l’île continuent à payer un tribut aux Mamelouks d’Égypte. Trois « recteurs » nommés par Venise gouvernent désormais Chypre.

1522 : Prise de Rhodes par les Turcs. À l’exception de Chypre pour laquelle Venise paie un tribut au sultan, la Méditerranée orientale est devenue un lac ottoman.

1538 : Limassol est occupée et détruite par les Turcs.

1565 : Les Vénitiens doivent faire face à Nicosie à une émeute de la faim.

1570 : Le sultan Sélim II, qui s’est emparé de Chio et de Naxos en 1566 et 1567, demande à Venise qu’elle lui remette Chypre, mais sans succès.

1er juillet 1570 : Les Ottomans débarquent un corps expéditionnaire à Larnaca, qui est occupée sans difficultés, les Vénitiens entendant résister à Nicosie, Famagouste et Cérynie.

9 septembre 1570 : Nicosie capitule après plusieurs semaines de résistance. Le massacre des chrétiens est général et la cathédrale est convertie en mosquée.

Avril 1571 : Les Turcs entament le siège de Famagouste défendue par Marc Antoine Bragadino. Le 1er août, les assiégés négocient une reddition honorable, avec le droit de partir pour la Crète et la promesse de laisser aux chrétiens leur liberté de culte. En réalité, Lala Mustafa, le commandant de l’armée turque, fait exécuter les défenseurs et écorcher vif leur chef. Chypre tombe alors pour plus de trois siècles sous la domination ottomane.

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