Necmettin Erbakan
Né en 1926 à Sinop, fils de cadi (juge musulman), Necmettin Erbakan a très tôt été un militant de l'Islam. Il fait des études en ingénieur mécanique à Istanbul et à Aix-la-Chapelle et devient, en 1953, à 27 ans, professeur à l'Université d'Istanbul. Il travaille l'année suivante comme ingénieur pour la firme allemande Deutz sur des projets concernant le char "Léopard". De retour en Turquie, il poursuit sa carrière académique et devient président du département "industries" de l'Association des Chambres de Commerce turques.
Sa carrière politique débute en 1969 lorsqu'il est élu député indépendant de Konya. Il crée alors un parti islamisant, le Parti de l'Ordre National (MNP), interdit lors du coup d'Etat de 1971. Ensuite, après un court exil en Suisse, il fonde le Parti du Salut National (MSP) qui remporte 12% des voix aux législatives de 1973, ce qui lui permet de participer à un gouvernement de coalition mis sur pied en 1974 avec le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) de Bülent Ecevit et où N. Erbakan devient Vice-Premier ministre. De 1975 à 1977, Erbakan participe encore en tant que Vice-Premier ministre à deux gouvernements dit de "Front nationaliste" dirigé par Suleyman Demirel, leader du Parti de la Justice (AP). Le MSP est dissout suite au coup d'Etat militaire du 12 septembre 1980 et Erbakan est jeté en prison. En 1987, il est autorisé à la suite d'un referendum à réintégrer la vie politique et devient le chef du Parti de la Prospérité, le Refah (créé en 1983), d'obédience islamiste. Lors des élections municipales de mars 1994, le Refah conquiert 17 villes dont Ankara et Istanbul. Ce parti obtient, lors des élections législatives de décembre 1995, 21,4% des voix, devenant ainsi le premier parti de Turquie. Un accord de coalition gouvernementale est conclu en juin 1996 avec le Parti de la Juste Voie (DYP) de Tansu Ciller, qui prévoit la rotation au poste de Premier Ministre, fonction qu'Erbakan exerce le premier (en principe pour deux ans), tandis que Tansu Ciller est alors Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires Etrangères. Bien qu'ayant parfois utilisé durant sa campagne électorale une rhétorique dure - à propos de la constitution laïque qu'il voulait abolir ou de l'Europe qu'il qualifiait de "club de Chrétiens voulant réduire la Turquie en esclavage" -, son sens du pragmatisme l'amène, alors qu'il est au pouvoir, à adopter des positions plus ouvertes. Il se dit alors prêt à respecter les engagements internationaux auxquels la Turquie est partie prenante - comme l'union douanière conclue avec l'UE - et à poursuivre l'intégration de son pays dans l'ensemble européen. Il n'a par ailleurs pas pu empêcher la conclusion d'un deuxième accord de coopération militaire avec Israël - le premier a été signé en février 1996 - ou le renouvellement du mandat de l'opération Provide Comfort qui permet notamment aux Américains et à leurs alliés au sein de l'Otan d'intervenir en Irak à partir du territoire turc. A contrario, afin de repositionner son pays dans le monde musulman, il effectue à l'automne 1996 une série de visites dans des pays comme l'Iran (avec lequel il a conclu à cette occasion un accord gazier de $23 milliards) ou la Libye, malgré l'irritation des Etats-Unis. Contestant sur le plan symbolique la laïcité officielle de l'Etat et se trouvant dès lors en butte à l'establishment militaire, qui se veut garant du dogme kémaliste, son gouvernement de coalition tombe en avril 1997 sous la pression de l'armée qui lors de la réunion du Conseil national de sécurité (MGK) du 28 février 1997 lance un processus visant à saper toute influence du Refah et des islamistes dans les institutions officielles, l'enseignement, etc. Mesut Yilmaz lui succéde au poste de Premier ministre. En janvier 1998, la Cour Constitutionnelle dissout le Parti de la Prospérité et interdit Erbakan de toute activité politique pour une période de cinq ans. Cela n'empêche pas Necmettin Erbakan de diriger alors, en coulisse, le Parti de la vertu (Fazilet), créé pour remplacer le Refah. Le Fazilet est interdit à son tour sur décision de la Cour constitutionnelle en juin 2001. Le conflit latent entre "vieille garde" (soutenue par Necmettin Erbakan) et "rénovateurs" (incarnés notamment par Recep T. Erdogan et Abdullah Gül) débouche alors sur une division du courant islamiste turc entre le Parti de la justice et du développement (AKP, aujourd'hui au pouvoir) et le Parti du Bonheur (Saadet) dirigé officiellement par Recai Kutan mais contrôlé en sous-main par Necmettin Erbakan. En février 2003, les cinq ans d'interdiction d'activité politique de Necmettin Erbakan arrivent à échéance. En mars 2003, lors du Congrès du Parti Saadet (qui n'a réalisé qu'un score de 2,48% lors des élections législatives de novembre 2002) Erbakan est élu président du parti. Institut Européen de Recherche sur la Coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe