Paris et Berlin proposent un nouveau calendrier pour les négociations
Paris et Berlin ont proposé mardi que les 25 adoptent un nouveau calendrier pour les négociations qu'ils mènent avec la Turquie en vue de son adhésion à l'Union européenne, renonçant de facto à leur proposition de "clause de rendez-vous".
Ce calendrier s'ouvrirait en novembre 2007 avec les élections turques et la publication du rapport annuel de la Commission européenne sur les négociations d'adhésion avec Ankara, et se refermerait aux élections européennes du printemps 2009.
Tirant les conclusions de l'échec du protocole d'Ankara, qui concerne notamment l'ouverture des ports turcs aux bâtiments chypriotes et qui conditionne l'adhésion de la Turquie, les deux capitales avaient suggéré l'idée d'une "clause de rendez-vous".
Celle-ci, que Berlin avait repoussée à 18 mois, était destinée à se laisser le temps de faire le point sur les avancées du processus de négociations.
Mais la Commission européenne s'est montrée réticente à cet égard, appelant mardi la France et l'Allemagne à ne pas chercher à imposer de délais rigides à la Turquie pour qu'elle remplisse ses obligations vis-à-vis de Chypre, soulignant que dans le passé de telles contraintes "n'avaient produit aucun résultat".
Cette idée d'une date-butoir a également provoqué la colère des dirigeants turcs, estimant qu'une telle éventualité serait une "erreur historique".
Mardi, à l'occasion du sommet du Triangle de Weimar réunissant l'Allemagne, la France et la Pologne à Mettlach (sud-ouest de l'Allemagne), la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Jacques Chirac ont proposé un nouveau calendrier, moins rigide.
"Nous oeuvrerons pour que la Commission établisse un rapport entre les élections en Turquie et les élections européennes" sur l'état de ces négociations, a indiqué Mme Merkel lors d'une conférence de presse.
Durant cette période, "la Commission pourra alors dire encore une fois comment on va pouvoir aller de l'avant", a dit la chancelière.
"Il ne s'agit pas de fixer une échéance ferme", a-t-elle insisté, soulignant notamment que la proposition de la Commission était "une bonne base" pour le Conseil européen.
La Commission doit publier en novembre 2007 son rapport annuel sur ces négociations, et "Paris et Berlin proposent que les Etats européens se resaississent de cette question à l'occasion de ce rapport, et ce jusqu'aux élections européennes du printemps 2009", a expliqué un diplomate.
"Dans ce laps de temps, et sans notion de date-butoir, les Européens examineront les progrès" éventuels réalisés par la Turquie, selon cette source.
"Nous sommes d'accord pour tirer les conclusions de l'absence de progrès sur le protocole d'Ankara, nous regrettons cette absence de progrès", a souligné M. Chirac en conférence de presse, précisant que "la position de la France est exactement la même que celle que vient d'exprimer la chancelière".
Celle-ci a assuré que ce nouveau calendrier ne visait pas à rendre plus sévères les conditions d'adhésion de la Turquie, mais, a-t-elle rappelé, "notre but est que le protocole d'Ankara soit mis en oeuvre".
De son côté le président polonais Lech Kaczynski a déclaré que l'adhésion de la Turquie "tenait à coeur à la Pologne". Il a adressé une critique implicite à ses alliés européens: "les normes doivent certes être observées, mais également de la part de l'Union européenne", a-t-il dit.
La Commission a recommandé la semaine dernière aux 25 une suspension formelle d'une partie des négociations d'adhésion à l'UE lancées avec la Turquie en octobre 2005 en raison du refus d'Ankara d'ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions de la République chypriote grecque qu'Ankara ne reconnaît pas.
AFP - 5 décembre 2006