En Turquie, une archéologue poursuivie pour avoir déclaré que le voile était lié à l'origine à des rites sexuels
Le procès de Muazzez Imiye Cig, 92 ans, doit s'ouvrir mercredi à Istanbul. Cette archéologue turque à la retraite, spécialiste de la civilisation sumérienne en Mésopotamie, est poursuivie pour avoir écrit que l'origine du voile, remontait à plus de 5.000 ans, bien avant la naissance de l'Islam, et qu'il était alors porté par des prêtresses initiant sexuellement de jeunes hommes.
Ce nouveau procès commence une semaine avant la remise d'un rapport crucial de l'Union européenne sur les progrès de la Turquie vers l'adhésion, qui s'annonce critique envers Ankara.
Muazzez Imiye Cig doit comparaître après la plainte d'un avocat qui s'est dit insulté par les propos tenus par Muazzez Imiye Cig dans son dernier livre, un essai politique intitulé "Mes réactions de citoyennes". Elle y explique notamment que le port du foulard est apparu à l'époque sumérienne, quand les prêtresses se voilaient pour initier de jeunes hommes, ce qui avait indigné les milieux islamistes.
Son procès fait suite à ceux d'écrivains, journalistes et universitaires, dont les écrivains Orhan Pamuk et Elif Shafak, qui ont suscité des protestations internationales. Les charges contre le prix Nobel de littérature 2006 Orhan Pamuk, poursuivi pour avoir évoqué le génocide arménien, ont été abandonnées tandis que la romancière Elif Shafak a été acquittée.
Contrairement à Orhan Pamuk ou Elif Shafak, poursuivis dans le cadre de l'article 301 du code pénal turc, qui prévoit des sanctions pour insulte à la République turque, ses institutions ou l'identité turque, l'archéologue est accusée d"'incitation à la haine religieuse". Elle risque un an et demi de prison si elle est reconnue coupable.
Muazzez Imiye Cig, qui défend la laïcité, s'était distinguée en écrivant à Emine Erdogan, l'épouse du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, pour lui demander de retirer son voile. Elle lui demandait de donner ainsi l'exemple dans ce pays laïc, à majorité musulmane, où de plus en plus de femmes portent le voile pour manifester leur piété.
La Turquie possède des lois strictes sur la laïcité, interdisant le foulard à l'école et dans la fonction publique. Erdogan, dont le parti est enraciné dans le mouvement islamique turc, n'a pas caché son souhait d'assouplir la loi sur le foulard islamique. Mais soucieux de ne pas heurter les cercles laïcs, y compris la puissante armée turque, il a dit vouloir prendre le temps de réfléchir à cette question.