Un responsable de l'UE dénonce la place de l'armée en Turquie
a Turquie ne parviendra pas à s'aligner sur les normes démocratiques de l'Union européenne tant que ses forces armées continueront d'exercer une influence sur les questions civiles et d'échapper à tout contrôle, a déclaré vendredi à Ankara un haut fonctionnaire de l'UE.
"Le contrôle de toutes les institutions publiques est un élément clé dans les systèmes démocratiques", a déclaré Hansjoerg Kretschmer, le représentant de la Commission européenne en Turquie, cité par l'agence de presse Anatolie.
Estimant que l'armée turque était exemptée d'un tel contrôle, M. Kretschmer en a déduit que "les forces armées en Turquie ne respectent pas l'ordre légal et institutionnel".
Le responsable européen a souligné que l'armée turque donnait son opinion sur nombre de sujets relevant du domaine civil tels que l'éducation religieuse ou les droits culturels des minorités, les assimilant à des questions relevant de la sécurité nationale.
Reprochant aux militaires d'influencer l'opinion publique, M. Kretschmer a insisté sur la nécessité pour la Turquie, dans son processus d'adhésion à l'Union européenne, de placer l'armée sous le contrôle des civils.
La Turquie, qui a entamé en octobre des négociations d'adhésion avec le bloc européen, a déjà mis en oeuvre des réformes limitant les pouvoirs de l'armée, que le fonctionnaire européen a salué tout en indiquant qu'il ne s'agissait là "que d'un début" et que le gouvernement devrait "faire preuve de courage".
L'armée a joué un rôle central dans la politique turque pendant des décennies. Elle a mené trois coups d'Etat en 1960, 1971 et 1980 et poussé en 1997 le premier chef de gouvernement islamiste de l'histoire turque à la démission.
Les militaires se considèrent comme les gardiens du régime laïque en vigueur en Turquie et entretiennent des relations difficiles avec l'actuel gouvernement, issu de la mouvance islamiste.
AFP - 22 Septembre 2006