L’agression d’une femme en bikini par des islamistes trouble la Turquie laïque

Publié le par Famagouste

Une jeune femme turque, en bikini sur une plage, a été prise à partie par des islamistes dénonçant sa tenue, une agression qui illustre pour certains une dérive islamiste de la société turque, pays musulman mais république laïque.

L’incident, qui s’est produit la semaine dernière à Karaburun, une station d’été située près d’Izmir, aurait pu passer inaperçu, mais la victime, qui a saisi la justice, est la fille d’une journaliste du quotidien à gros tirage Hürriyet, qui n’a pas manqué de rapporter l’affaire en dénonçant une atteinte aux principes laïques de la République.

La jeune femme, qui avait prié des femmes en tchador de ne pas souiller le sable avec les langes sales de leurs bébés, a été traitée de "prostituée" car elle portait un bikini et a par la suite été molestée par les hommes du groupe.

L’agression a défrayé la chronique dans le pays où, depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 du parti aux origines islamistes de la Justice et du Développement (AKP), la puissante hiérarchie pro-laïque, dont l’armée, ne cesse de déplorer une islamisation galopante de la société.

Des hôtels de luxe ont fait leur apparition ces dernières années sur les côtes turques, imposant de strictes règles islamiques et offrant à leurs clients des piscines et plages séparées pour hommes et femmes.

La vente des "hasema", des maillots de bain qui recouvrent les femmes voilées de la tête aux pieds et auxquels s’ajoutent une capuche, va bon train. Une nouvelle raison pour les défenseurs de la laïcité d’affirmer que les valeurs instaurées par le père fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), prennent l’eau sous les coups du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et de son parti.

"Les partisans de l’AKP ne doivent pas agir avec la mentalité de ceux qui se croient tout permis parce que leur parti est au pouvoir", affirme Ertugrul Özkök, rédacteur-en-chef de Hürriyet, qui évoque une "impertinence sociale" des cercles ultra-musulmans.

Ce comportement pourrait, selon lui, provoquer un "sentiment de revanche" au sein de l’establishment pro-laïque pour lequel le port du voile islamique est un défi aux principes d’Atatürk et constitue un signe ostensible d’appartenance à l’islam politique.

Les épouses de la plupart des cadres de l’AKP sont voilées, dont celle de M. Erdogan. Le parti avait promis d’abolir l’interdiction du port du voile dans les universités et la fonction publique mais a dû, à chaque tentative, faire marche arrière.

Le responsables du tourisme se sont aussi dit inquiets.

Le président de l’association des investisseurs du tourisme (TYD), Oktay Varlier, a affirmé que l’incident nuirait au secteur qui a rapporté 18,1 milliards de dollars (14,1 mds d’euros) au pays en 2005.

"C’est un acte isolé mais il ternit l’image du pays à l’étranger", a-t-il dit.

Les journaux ont rapporté entre-temps d’autres incidents sur les plages impliquant les islamistes.

Les Rufai, une secte orthodoxe, ont installé un camping sauvage à Sile (nord-ouest), près d’Istanbul, empêchant pendant deux long mois les vacanciers de se promener sur une portion de la plage publique en raison de la présence des femmes du groupe, indique Radikal.

Les tentes du complexe ont été démontées mercredi soir à la suite de plaintes, ajoute le journal.

Et enfin, dernier épisode en date, un danseur du ballet d’Ankara a été agressé par des islamistes dans une crique de Seferihisar (ouest) car il a osé se baigner alors que des femmes voilées se détendaient dans les environs, rapporte Cumhuriyet.

Publicité

Publié dans Dans la presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article