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Publié le par Famagouste

« L’interruption à l’Assemblée, le 18 mai, de la discussion de la proposition socialiste de pénaliser la négation du génocide perpétré contre les Arméniens par les Turcs en 1915 n’est pas scandaleuse en raison de l’astuce de procédure qui l’a provovoquée. Le scandale réside dans le fait que, pour justifier le report de la discussion, l’argument des menaces de rétorsion commerciale avancées par la diplomatie turque l’ait emporté de très loin sur le débat contre les lois “mémorielles” lancé par des historiens de droite et de gauche au début de cette année. (…) La vraie question, posée par les historiens, est de savoir si la loi peut intervenir pour trancher de questions où la liberté de chercher et d’expliquer est d’autant plus nécessaire que cette connaissance a un impact plus passionnel. L’obstination du régime turc à nier la réalité du génocide sera mieux vaincue par le travail des historiens, y compris turcs, que par une loi d’un pays étranger imposant une vérité officielle sous la contrainte de la prison et de l’amende. A cette question s’en ajoute une autre, non moins fondamentale, qui est la menace que les lois, incluant la loi Gayssot, qui multiplient les reconnaissances de droits subjectifs font peser sur les libertés publiques dans leur ensemble. (…) La loi n’a pas à brider la liberté de penser et de parler, elle n’a pas à normaliser les comportements, mais à sanctionner le dommage causé à autrui, quand celui-ci fait l’objet d’une plainte.

(SOURCE : Alain-Gérard Slama, « Historiens, causez toujours », in « Le Figaro » du 22/05/06.)

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