AI: La torture est toujours pratiquée en Turquie
"Il y a certes eu des réformes mais la mise en oeuvre fait nettement problème"
Malgré les réformes engagées par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan dans la perspective d'une adhésion à l'Union européenne, la torture est toujours pratiquée en Turquie, selon une étude d'Amnesty International Allemagne publiée jeudi.
"Il y a certes eu des réformes, dans la perspective des négociations d'entrée dans l'Union européenne, débutées en octobre 2005. Mais la mise en oeuvre fait nettement problème", a déclaré Wolfgang Grenz, responsable du service des réfugiés politiques, lors d'une conférence de presse à Berlin.
"Il ne faut pas que, pour des raisons politiques - l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne -, on dépeigne la situation plus belle qu'elle n'est", s'est inquiétée Jutta Hermann, avocate qui a exercé en Turquie de 1995 à 2000.
Les aveux obtenus sous la torture continuent à être considérés comme des éléments de preuves devant un tribunal, a-t-elle dit.
"La Turquie a signé la convention contre la torture des Nations Unies, et renforcé les lois correspondantes en juin 2005", a rappelé Helmut Oberdiek, qui a réalisé l'étude en octobre 2005.
Mais des cas comme celui du procès de l'islamiste Metin Kaplan alias le "Calife de Cologne", expulsé vers la Turquie en 2004, montrent que des condamnations lourdes se fondent encore sur des dépositions qui auraient été obtenues sous la torture, selon M. Oberdiek.
M. Grenz a plaidé pour que les fonctionnaires turcs soient mieux informés et aient une définition claire de ce qu'est la torture.
Le ministère allemand des Affaires étrangères doit revoir son évaluation à la lumière de ces éléments, a affirmé M. Grenz.
Celui-ci a fait valoir que de l'appréciation du ministère dépendent non seulement les politiques en matière d'immigration et de réfugiés, mais aussi les décisions des tribunaux sur les demandes d'asile.