Le Hamas "très satisfait", Israël "très faché" des entretiens à Ankara
Le dirigeant du groupe islamiste radical palestinien Hamas, Khaled Mechaal, s'est dit vendredi "très satisfait" de ses entretiens avec les autorités turques à l'issue d'une visite à Ankara, qui a été vivement critiquée par Israël.
"Mes frères du Hamas et moi-même nous sommes très satisfaits de notre visite", a déclaré à la presse Khaled Mechaal dans une brève déclaration à son hôtel avant de repartir pour l'aéroport d'Ankara.
"Nous saluons le peuple turc. Nous espérons que la Turquie va avancer et pouvoir jouer un rôle dans la région à l'avenir", a ajouté M. Meshaal, dont les propos étaient traduits.
La délégation, composée de cinq membres du Hamas, a rencontré jeudi des diplomates turcs et des fonctionnaires du parti au pouvoir, le Parti de la Justice et du Développement (AKP), formation conservatrice issue de la mouvance islamiste.
Ces entretiens devaient, selon Ankara, permettre de faire pression sur le Hamas pour l'amener à renoncer à la violence et à reconnaître Israël comme le demande la communauté internationale.
Cette visite en Turquie a été vivement condamnée par Israël qui exclut catégoriquement tout pourparler avec le Hamas tant que le groupe continue de souhaiter la destruction de l'Etat hébreu.
"C'est une grave erreur, cette visite pourrait avoir des conséquences difficilement réparables sur nos relations" avec la Turquie, a déclaré jeudi Raanan Gissin, un porte-parole du gouvernement israélien sur la chaîne de télévision d'information turque NTV.
La Turquie a regretté vendredi des propos tenus la veille par un responsable israélien qui dénonçait la visite à Ankara du dirigeant du Hamas, Khaled Mechaal, en établissant un parallèle entre le mouvement islamiste palestinien et les séparatistes kurdes de Turquie.
"C'est une déclaration très malencontreuse. Les comparaisons faites sont très déplacées et erronées", indique un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.
Le "mécontentement" de la Turquie a été transmis à la partie israélienne, ajoute le document.
La Turquie est le principal allié d'Israël dans la région depuis 1996, lorsque les deux pays ont conclu un traité de coopération militaire, mais elle a aussi des liens étroits avec les Palestiniens et elle soutient leur revendication à disposer d'un Etat.
La visite du Hamas en Turquie est la première étape d'une tournée dans le monde musulman pour obtenir des soutiens après sa récente victoire aux élections législatives dans les Territoires palestiniens.
La destination suivante de la délégation n'était pas immédiatement connue.
Visite du Hamas à Ankara: des ennuis pour la Turquie
La presse turque estimait dans son ensemble vendredi que la visite à Ankara d'une délégation du mouvement islamiste palestinien Hamas, allait plutôt nuire à la Turquie.
"A quoi va servir cette invitation" formulée au chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal, se demandait l'éditorialiste du grand journal Hürriyet.
Selon Ertugrul Özkök, Ankara a "fait hier (jeudi) l'un des pas les plus futiles et déplacés de l'histoire de la diplomatie" en acceptant Mechaal et ses quatre collaborateurs.
"Ce show diplomatique nuit à la Turquie (...) Il y aura un prix à payer pour cette démarche insignifiante", souligne l'éditorialiste.
Pour le journal libéral Radikal, la volonté du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan de servir d'intermédiaire entre Israël et le Hamas, misant sur les bonnes relations qu'Ankara entretient avec les deux parties, est tombée à l'eau en raison de la réaction véhémente de l'Etat hébreu à l'arrivée de M. Mechaal.
"Peut-il y avoir de médiation unilatérale?", s'interroge le journal.
Selon les journaux, il avait été prévu dans un premier temps que les dirigeants du Hamas rencontrent M. Erdogan mais cet entretien aurait été annulé en raison des "pressions internationales".
La délégation dirigée par M. Mechaal a rencontré des diplomates turcs et des dirigeants du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste, au pouvoir).
Le ministère des Affaires étrangères n'a pas été utilisé pour ces rencontres afin de ne pas donner un caractère officiel à la visite.
La plupart des journaux établissaient un parallèle entre le Hamas et les rebelles séparatistes kurdes du PKK (parti des Travailleurs du Kurdistan), deux organisations qualifiées de terroristes par la Turquie, l'Union européenne et les Etats-Unis notamment.
"L'AKP sur le sable mouvant", titrait ainsi le journal d'expression anglaise The new Anatolian, indiquant que la visite du Hamas a attiré les foudres des Etats-Unis et d'Israël.
AFP - 18 février 2006