Plainte contre l'eurodéputé Lagendijk classée sans suite

Publié le par Famagouste

La justice turque a classé sans suite vendredi une plainte déposée par des avocats nationalistes turc contre le député européen Joost Lagendijk pour insultes à l'armée turque et entrave à la justice, annonce l'agence Anatolie.

Cette décision épargne au gouvernement turc une situation embarrassante au moment où des voix contestent son adhésion à l'Union européenne en arguant du non-respect par les autorités turques de la liberté d'expression.

Joost Lagendijk, vice-président du comité parlementaire Turquie-Union Européenne, était accusé par les plaignants d'insultes à l'armée turque et de tentatives de pression sur la justice, pour des propos tenus à Istanbul lorsqu'il était venu soutenir Orhan Pamuk durant son procès en décembre.

M. Lagendijk (Pays-Bas, groupe des Verts) avait déclaré lors d'une conférence de presse que les militaires turcs provoquaient des conflits avec les rebelles séparatistes kurdes dans le sud-est de la Turquie.

Il avait également critiqué le procès d'Orhan Pamuk, poursuivi pour atteinte à l'identité nationale turque.

Au terme d'une enquête préliminaire, le procureur en charge du dossier a déclaré qu'il n'avait pas trouvé d'éléments susceptibles d'accuser Joost Lagendijk d'avoir "insulté l'identité nationale turque, la République ou les institutions ou organismes de l'Etat".

Il a également souligné qu'il n'avait pas relevé d'éléments permettant de conclure à une "tentative d'influer sur le cours de la justice", précise l'agence Anatolie.

Le groupe d'avocats, qui a signé la pétition contre l'eurodéputé, est le même qui était à l'origine de la plainte contre Orhan Pamuk.

Pamuk, l'un des plus célèbres écrivains turcs contemporains, était poursuivi pour une interview accordée début 2005 à une revue suisse, dans lequel il exprimait son opinion sur les massacres d'Arméniens pendant les dernières années de l'empire ottoman.

Le procès d'Orhan Pamuk a été interrompu la semaine dernière à la suite d'une intervention du ministère de la Justice.

Plusieurs écrivains turcs peuvent être traduits en justice pour des accusations similaires du fait d'un article du code pénal turc que les Etats-Unis et l'Union européenne ont demandé à la Turquie d'amender.

"Il est clair que la Turquie doit combler comme il se doit certaines faiblesses de son code pénal actuel qui laisse une trop grande latitude à des interprétations abusives et restrictives concernant les limites de la liberté d'expression", a souligné Olli Rehn, commissaire européen à l'élargissement, dans un communiqué la semaine dernière.

Le gouvernement turc a réaffirmé quant à lui qu'il ne lui appartenait pas d'interférer dans l'action de la justice tout en soulignant qu'il n'était pas opposé, si nécessaire, à un amendement du code pénal. (AFP, 3 février 2006)

Douste-Blazy appelle la Turquie à accentuer ses réformes

Le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a appelé mercredi la Turquie à accentuer son effort de réformes si elle veut entrer dans l'UE, son homologue turc Abdullah Gül demandant de son côté aux Français de ne pas "exploiter" politiquement ce dossier sans attendre le résultat des négociations d'adhésion.

"Il est important de mieux faire connaître les progrès impressionnants déjà accomplis en Turquie, mais il est nécessaire d'aller plus loin et plus vite sur les sujets les plus sensibles pour les opinions européennes", a déclaré le chef de la diplomatie française, en visite à Ankara, au cours d'une conférence de presse.

M. Douste-Blazy a notamment cités la liberté d'expression, les droits des femmes et des minorités, le respect des obligations en vertu de l'union douanière avec l'UE ou le règlement de la question de Chypre, parmi les domaines où des progrès étaient attendus.

L'opinion publique française est largement hostile à une entrée de la Turquie dans l'UE, pour laquelle des négociations ont débuté en octobre 2005. Ce sujet divise également profondément le gouvernement.

M. Douste-Blazy a reconnu que "ce rapprochement avec l'UE va être long, parfois difficile" et que son résultat était "incertain", allusion voilée au fait que les Français devront se prononcer par référendum sur l'entrée de la Turquie.

Son homologue turc Abdullah Gül a pour sa part mis en garde contre un débat prématuré dans l'opinion et la classe politique française sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, alors que le résultat des négociations est loin d'être connu.

"Ce n'est pas le problème d'aujourd'hui. On ne sait pas dans combien d'années cette question sera à l'ordre du jour, une fois que les négociations seront achevées", a-t-il souligné. Lorsqu'elle sera prête à rejoindre l'UE "la Turquie sera extrêmement différente", a-t-il ajouté.

"Nous ne pouvons pas comprendre que l'on puisse exploiter dès aujourd'hui des problèmes qui existent", a déclaré M. Gül, en ajoutant qu'il ne fallait pas "nuire aux relations franco-turques" ni "créer dès aujourd'hui des entraves aux négociations" d'adhésion.

AFP - 1er février 2006

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Publié dans Dans la presse

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