Polémique en Turquie autour de la fortune du Premier ministre

Publié le par Famagouste

Une violente polémique a éclaté en Turquie sur l'origine de la fortune du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, l'opposition réclamant qu'il dévoile son patrimoine dans un pays où la classe politique est rongée par la corruption.

L'affaire remonte à la semaine dernière, lorsqu'un député du parti républicain du peuple (CHP - opposition social-démocrate) a déclaré à un journal que la fortune en liquide du Premier ministre s'élevait à 1,8 millions de livres turques (1,12 million d'euros).

Outre cet argent, M. Erdogan posséderait de nombreuses propriétés à Istanbul et Ankara, estimées à plusieurs millions de dollars.

De Davos (Suisse) où il se trouvait pour le Forum économique mondial, M. Erdogan a immédiatement déclaré aux journalistes qu'il ferait mardi "des déclarations à ce sujet" devant ses députés.

Mais il est revenu sur ses propos le lendemain, affirmant que ses déclarations ne porteraient par sur sa richesse.

Mardi, les télévisions ont retransmis en direct son discours hebdomadaire devant le groupe parlementaire de son parti de la Justice et du Développement (AKP - conservateur aux origines islamistes) dans l'espoir qu'il déclare publiquement ses avoirs.

Mais, dans un pays qui a entamé en octobre des négociations d'adhésion à l'Union européenne et où la corruption est encore endémique malgré certains progrès, M. Erdogan n'a rien dit et, tout au contraire, n'y est pas allé de main morte contre le CHP et les médias, les accusant de vouloir le discréditer.

"Nous ne nous engagerons jamais avec qui que ce soit dans une lutte dans la  boue qui ternira la politique", a-t-il notamment dit.

Mercredi, le chef du CHP, Deniz Baykal a répliqué en lui demandant: "Quelle était la fortune d'Erdogan avant son élection à la mairie d'Istanbul et quelle est sa fortune d'aujourd'hui?"

M. Erdogan, 51 ans, un homme politique charismatique, a été maire de la première métropole turque avant d'être Premier ministre.

Plusieurs procès lui ont été intentés dans le passé sur l'origine de sa fortune et a chaque fois il a été blanchi.

Son ancien confident à la municipalité d'Istanbul et son actuel ministre des Finances, Kemal Unakitan, très critiqué pour des prétendues faveurs à des firmes possédés par ses enfants, est également éclaboussé par cette polémique.

Selon une loi qui date de 1990, les ministres, les présidents des partis politiques et certains fonctionnaires sont tenus de faire une déclaration de leur patrimoine.

Selon cette loi, tout ministre, élu, magistrat ou fonctionnaire public doit remplir au début et à la fin de son mandat un formulaire détaillé portant sur ses biens meubles et immeubles, bijoux et autres avoirs.

Les intéressés doivent aussi préciser la manière dont ils sont entrés en possession de ces biens et déclarer leurs revenus annuels, ainsi que ceux de leurs conjoints et de leurs enfants.

Mais de nombreux hommes politiques semblent avoir trouvé les moyens de contourner cette loi en affirmant, comme Erkan Mumcu, chef du petit parti conservateur Anap, que c'est "mon frère qui s'occupe de mes finances".

Cinq anciens ministres et un ex-Premier ministre conservateur, Mesut Yilmaz, sont actuellement jugés pour des accusations de corruption. M. Erdogan avait fait campagne contre la corruption lors des législatives de 2002 qu'il a remportées haut la main.

Pour la presse libérale, en refusant de dévoiler sa fortune, M. Erdogan a raté une bonne occasion de se disculper.

"M. Erdogan a fait une erreur colossale hier (mardi) (...) Il a rendu légitime le débat sur la corruption", estimait mercredi un éditorialiste du journal Hürriyet.

AFP - 1er février 2006

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Publié dans Dans la presse

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